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Avec "Sugar Dance", la répétition devient spectacle de danse

Rendez-vous culture: Marie-Caroline Hominal, danseuse et chorégraphe genevoise, présente "Sugar Dance" [RTS]
Rendez-vous culture: Marie-Caroline Hominal, danseuse et chorégraphe genevoise, présente "Sugar Dance" / 12h45 / 10 min. / le 27 octobre 2020
La chorégraphe romande Marie-Caroline Hominal explore les moments d’avant un spectacle dans "Sugar Dance", avec neuf interprètes qui vont du cirque à l’opéra et de la danse à la musique. Il y a du Fellini sur ce plateau à découvrir à Genève jusqu’à dimanche.

Un spectacle d’avant le spectacle. La scène est un décor qui serait encore en chantier. C’est l’heure de l’échauffement, de la répétition, des exercices et des bouts d’essai. Les costumes sont incomplets, en attente d’être peaufinés ou enfilés. Il y a déjà du glamour, des miroirs, de la paillette, du ridicule et de la pompe. Mais tout reste à l’état d’ébauches.

Nous voici dans un show un peu Frankenstein. On y trouve des musiciens, des clowns, des danseuses, une contorsionniste, une drag-queen, une catcheuse, un breaker, un garçon de piste, une cantatrice, un ambianceur... Cirque, foire aux monstres, cabaret grivois, opéra, plateau de cinéma, c’est tout à la fois.

Début du spectacle déroutant

"Sugar Dance" donne à voir ce qui normalement ne se voit pas. A moins de faire partie de la troupe ou d’être concierge de la salle. Chorégraphe, performeuse, danseuse, Marie-Caroline Hominal aime les feux de la rampe et les plateaux scintillants. Elle avoue aussi une curiosité pour les loges et les couloirs, là où le bel éclairage cède la lumière au néon blafard. Son "Sugar Dance" bascule entre les deux univers.

Imaginez vous sur un tournage de cinéma. Ce pourrait être du Fellini, "Les clowns" ou "La répétition d’orchestre". Vous pourriez aussi être chez Wim Wenders et ses "Ailes du désirs". Instant volé entre deux scènes alors que les artistes du cirque berlinois attendent de savoir si leur chapiteau ne vas pas définitivement plier bagage. Dans "Sugar Dance", on entend une Passion de Bach interprétée en live, moment de pur bonheur. On attrape aussi des bribes de Mylène Farmer, cette bonne muse des travestis. On frémit enfin au son du fouet et d’une basse tellurique qui rappellera les Bad Seeds de Nick Cave, naguère invités sulfureux de ce même film berlinois et hanté signé Wenders.

Mélange plateau et coulisse

Oui, le début de "Sugar Dance" est déroutant. Nous voici dans une salle de spectacle, billet en poche, et le spectacle semble ne jamais commencer. Il bégaie, se cherche, hésite, tire encore et encore son rideau cramoisi comme pour vérifier que les attaches tiennent bon. Il boitille à l’instar du touchant Sandro Rossetti, fanfaron en uniforme rouge accroché à sa grosse caisse de bateleur d’estrade. Et puis, petit à petit, les pièces du puzzle s’emboîtent, les neuf personnages dont la chorégraphe se trouvent. Ils forment troupe, suscite mouvement, élan, spectacle. Et on découvre que la représentation d’une répétition peut être aussi touchante qu’un spectacle classique.

Officiellement reconnue "danseuse exceptionnelle" par l’Office fédéral de la culture qui lui a décerné ce titre l’an passé, Marie-Caroline Hominal, née à Montreux et depuis longtemps globe-trotteuse de Shangaï à Vegas, n’a de cesse d’explorer le monde de la nuit, ses rituels, ses fonctionnements plus ou moins cachés. Dans ses spectacles, il n’est pas rare que coulisse et plateau se rejoignent. Que l’on assiste à l’habillement d’une taxi-dancer où à la confession de l’artiste en pleine solitude. "Sugar Dance" poursuit cette quête et offre au final une ode aux arts de la scène et à leurs artistes et artisans.

Thierry Sartoretti/olhor

"Sugar Dance", à l'ADC, Genève, jusqu’au 1 novembre (spectacles maintenus). Puis Arsenic, Lausanne, du 19 au 22 novembre. Au vu des mesures sanitaires et des jauges réduites, il est prudent de réserver sa place.

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