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"Mellizo Doble", du flamenco au-delà du flamenco

Israel Galván et Niño de Elche dans le spectacle "Mellizo Doble". [Kana Kondo - DR]
Mellizo Doble / Vertigo / 5 min. / le 5 octobre 2020
En français, le titre de ce duo inédit se traduit par "double-double". Du flamenco aux équations improbables avec deux dynamiteurs communs: le danseur Israel Galván et le chanteur-guitariste Niño de Elche. A découvrir à Vidy-Lausanne.

Virez-moi ces grandes robes à pois qu’on puisse voir le 21e siècle. "Mellizo Doble", c’est la rencontre de deux enfants terribles du flamenco andalou. Deux légendes du flamenco d’aujourd'hui. Un pied, une main dans la tradition, la tête ailleurs. Spectacle après spectacle, ils explorent, innovent, se surprennent, choquent parfois leur public, suscitant la controverse ou une adhésion absolue.

Israel Galván a grandi à Séville, rejeton d’une famille de danseurs, moitié gitan par sa mère. Niño de Elche porte son village d’origine dans son patronyme. Il a débuté comme guitariste, et rapidement confronté son flamenco au rap et au dadaïsme.

Il faut avoir vu Israel Galván danser sur du verre pilé, du béton, des cailloux, des pois cassés, des casseroles, sur tout ce qui peut faire rythme sous ses semelles et dans ses paumes. Cet homme est mi-faune, mi fauve, instinctif et imprévisible, quittant le plancher de la scène pour arpenter les couloirs et les gradins d’une salle.

Israel Gavan et Nino de Elche dans le spectacle: "Mellizo Doble". [Kana Kondo - Vidy.ch]Israel Gavan et Nino de Elche dans le spectacle: "Mellizo Doble". [Kana Kondo - Vidy.ch]

Du flamenco détroussé

Flamenco? Claro que sí! Mais retourné, retroussé, détroussé, comme un pantalon dont on aurait extrait toute la petite monnaie des poches. Israel Galván a aussi rythmé ses pas sur le free jazz de Sylvie Courvoisier ou les compositions contemporaines de Györgi Ligeti. Récemment le public genevois a pu le voir en solo, secouer les murs du Musée de l’Ariana (un lieu dédié aux œuvres en céramique!), malmenant un plancher sonorisé dont l’intensité sonore faisait passer un groupe de métal pour un quatuor à cordes. Dans un second spectacle, le danseur se travestissait en femme, avant de réapparaître en… femme travestie en homme, pour revisiter de troublante et fine manière le célèbre ballet "L’amour sorcier" de Manuel de Falla.

De son côté, Niño de Elche mélange volontiers sa voix avec des machines et fait dialoguer le flamenco avec la musique électronique. On a pu le voir, avec une tête de cochon, imprécateur, au côté de sa compatriote performeuse Angélica Liddell, expiant spectacle après spectacle la religion et le fascisme qui ont longtemps façonné l’Espagne et la famille de Liddell. On a parlé de nihilisme punk, une étiquette glorieuse pour les uns, infamante pour les autres. Qu’importe, le flamenco adore les controverses et les interminables batailles entre puristes et contradicteurs.

"Mellizo Doble", leur spectacle commun, est un menu: douze danses revisitent en deux services les rythmes classiques du flamenco. Les intitulés de ces plats promettent beaucoup de liberté et d’humour: il y a le fandango cubiste, le paso-doble du poulet, le martinete de la vérité, la seguiriya carbonique ou encore les sevillanas assises. Côté gradins, on pourra rajouter au dessert "le public ébouriffé".

Thierry Sartoretti/mh

"Mellizo Doble", Théâtre de Vidy Lausanne, du 7 au 10 octobre.

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