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"Du Ciel tombaient des animaux", une drôle d'apocalypse à l'heure du thé

Yvette Théraulaz dans une scène du spectacle "Du ciel tombaient des animaux" au Théâtre de l'Orangerie. [Jeanne Quattropani - DR]
Du Ciel tombaient des animaux / Vertigo / 8 min. / le 29 juillet 2020
Une pièce anglaise tient le haut de l'affiche cet été dans deux théâtres romands simultanément: à Benno Besson à Yverdon et à l’Orangerie à Genève. Pas tout à fait un hasard tant ce spectacle acide colle à l'époque actuelle.

Quatre dames boivent le thé dans un jardin. Ça parle de tout, ça ne parle de rien. Quelques piques, des réflexions banales et soudainement l'abîme: la première a des visions d'apocalypse terrifiantes, la deuxième révèle sa phobie des chats, la troisième plonge dans des trous de noirceur et la quatrième a connu la prison pour avoir tué son mari violent.

Singulière pièce de théâtre que "Du Ciel tombaient des animaux". Une pièce very british avec son humour acide et son ton flegmatique. Y aurait-il du LSD dans la tisane pour que Mrs Jarrett reçoive de pareilles révélations, si grotesques et folles qu'elles feraient passer les visions de Cassandre pour le journal des bonnes nouvelles?

Une pièce qui colle à nos préoccupations

On doit ce texte à l'autrice anglaise Caryl Churchill, 82 ans et pas près de s'assagir. Sa pièce fut créée dans son pays voici quatre ans. "Escaped alone" (titre original) a connu une traduction francophone il y a quelques mois et c'est d'ores et déjà un succès. Malgré le coronavirus. Ou peut-être grâce au coronavirus.

Début janvier "Du Ciel tombaient des animaux" tenait l'affiche du théâtre du Rond-Point à Paris. On parlait alors d'une critique en mode comédie grinçante de notre société de consommation. Pandémie et confinement sont arrivés, bouclant notamment les théâtres et plus particulièrement le clapet de ces quatre dames. Aujourd'hui, les théâtres rouvrent – en Suisse du moinset voici qu'en plein été, la Suisse romande connaît deux adaptations simultanées de ce spectacle. Ce n'est pas tout à fait un hasard.

En parlant de catastrophe, en évoquant le temps bouleversé, la pièce de Caryl Churchill colle parfaitement à l'humeur et aux préoccupations du moment.

Deux visions d'un même texte

A Genève, le metteur en scène Andrea Novicov dirige quatre comédiennes d'un âge certain (l'autrice recommande des interprètes septuagénaires): Mercedes Brawand, Yvette Théraulaz, Josette Chanel et Anne-Marie Yerli portent ce texte et symbolisent par leur présence le retour à la vie sociale et à la parole d'une génération que les mesures sanitaires du confinement avaient bouclé chez elle et réduite au silence. Taisez-vous, restez chez vous, on s’occupe de tout, tel était l'esprit de ce printemps.

Une scène du spectacle "Du ciel tombaient des animaux" au Théâtre de l'Orangerie. [Jeanne Quattropani - DR]Une scène du spectacle "Du ciel tombaient des animaux" au Théâtre de l'Orangerie. [Jeanne Quattropani - DR]

A Yverdon, ce sont quatre jeunes comédiennes – Lola Giouse, Valeria Bertolotto, Marie-Madeleine Pasquier et Valérie Liengme – qui se sont retrouvées et reconnues dans ce texte célébrant à sa corrosive manière le lien social et le vivre ensemble malgré tout. De rencontres sur l'application Zoom, elles sont passées à des répétitions dans un jardin. Comme les quatre ladies, Sally, Vi, Lena et Mrs Jarrett.

Deux visions d'un texte qui n'en manquent pas. Et la promesse d'un théâtre en phase avec l'instant présent.

Thierry Sartoretti/aq

"Du Ciel tombaient des animaux": Théâtre Benno-Besson, Yverdon, ve 31 juillet. Théâtre de l’Orangerie, Genève, du 5 au 19 août.

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