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Dom Juan, façon clown (très) méchant au Théâtre du Crochetan

Jean Lambert-Wild dans "Dom Juan ou Le festin de Pierre". [DR]
Théâtre: Dom Juan, façon clown / Vertigo / 4 min. / le 7 janvier 2020
A Monthey (VS), au Théâtre du Crochetan, Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra présentent "Dom Juan ou le festin de Pierre" jusqu'au 9 janvier, classique de Molière revisité façon folie vaudou et cirque maudit. Luxuriant.

Il arbore une tête enfarinée de Pierrot surmontée par une tignasse rouge pétante. Il porte un pyjama, c'est qu'il ne sort guère de chez lui. Il pourrait prêter sa plume, mais ce clown nommé Grand Blanc n'est pas généreux pour un sou. Ce qu'il aime, c'est parjurer, humilier, utiliser, jeter, boire jusqu'à plus soif et baiser tout ce qui passe à sa portée. Un libertin? Pire, un prédateur et ce n'est peut-être pas un hasard si son nom évoque un requin.

Le comédien français Jean Lambert-wild est Gramblanc. Et Granmblanc joue Dom Juan, le grand classique de Molière, co-mis en scène par Lorenzo Malaguerra et Jean Lambert-wild. Que celles et ceux qui rêvent d'un séducteur qui porte beau, passent leur chemin: ce Dom Juan clownesque et déséquilibré évoque plutôt le Joker de Batman ou feu le comédien allemand Klaus Kinski dans ses errances tropicales et cinématographiques, déchargeant son revolver sur son orchestre personnel, juché tant bien que mal sur une estrade. On peut s'étonner que des filles puissent succomber à pareil monstre… mais après tout, les goûts et les couleurs…

Un Dom Juan proche du Grand Guignol

Dom Juan festoie dans un drôle de palais. Il tient de l'hôtel décati en pleine jungle. Entièrement réalisé en tapisserie d'Aubusson, pourvu d'un escalier en colimaçon tout en porcelaine de Limoge, ce décor imaginé par le bédéiste et plasticien Blanquet évoque les croquis des premiers explorateurs du Brésil. Quelques crânes et squelettes apportent une touche morbide à l'ensemble. Nous voici au temps des colonies et ce Grand Blanc Dom Juan pourrait être un planteur-esclavagiste sadique qui noie son nihilisme dans le rhum. Tout au long du spectacle, on se surprend à être captivé par ce décor qui vibre et "chante" au gré des changements de lumières.

Pas de Dom Juan sans Sganarelle, son fidèle valet. Surprise, Sganarelle est une femme, la comédienne Yaya Mbilé Bitang, qui porte pour l'occasion, le noir et squelettique costume du Baron Samedi, sinistre personnage du culte vaudou. Il y a peu, ce "Dom Juan" créé d'abord à Limoges comprenait le comédien Steve Tientcheu, mais l'immense succès du film "Les Misérables" (où Tientcheu joue le rôle du "maire") est venu bousculer la distribution. A cette nouvelle première montheysanne, la troupe reconstituée cherchait peut-être encore ses marques dans un jeu très énergique et proche du Grand Guignol ou de la farce.

Au final, ce "Dom Juan" intrigue et promet beaucoup. L'hypocrite abject sera bien sûr puni par le Ciel et son bras armé, le Commandeur. Et comme spectateur, on regarde son personnage comme on traverserait le tunnel d'un train fantôme. Amusé, (un peu) effrayé parfois, mais sans trop d'empathie pour sa folie. Après l'affaire Weinstein et #MeToo, ce Dom Juan tient plus du monstre que du courageux athée qui défierait les hypocrisies de son temps.

Thierry Sartoretti/ld

"Dom Juan ou le festin de Pierre" à voir au Théâtre du Crochetan de Monthey jusqu'au 9 janvier.

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Un clown pour chaque usage

Le clown élisabéthain
On en trouvait sur les tréteaux de théâtre anglais au XVe, soit au temps de Shakespeare. Son rôle: semer la pagaille et la confusion, en général sous les traits d'un valet balourd.

Le clown classique
Sur les places, dans la rue puis sous chapiteau. En littérature c'est Rémi l'enfant trouvé de "Sans famille" qui joue, là encore, le rôle du valet plus idiot que les animaux de son maître. Plus tard, il aura des partenaires, rejoindra les équilibristes du cirque pour faire patienter le public à chaque changement d'installation. Ces clowns vont souvent par trois: le clown blanc ou Pierrot (sérieux et autoritaire), l'Auguste (impertinent et farceur) et le Contre-Pitre (incapable de comprendre quoi que ce soit et donc semeur involontaire de chaos). Les clowns d'hôpitaux font partie de cette noble tradition.

Le clown triste
Le cinéaste Fellini les a dépeints comme des artistes désabusés, fatigués et obligés de faire rire les enfants. Plus près de nous, le clown jaune et russe Slava veut d’abord se pendre sur scène, avant de trouver enfin joie et sérénité entouré d’une bande de clowns verts et farceurs.

Le clown maléfique
Venu de la BD américaine avant de conquérir les écrans de cinéma, le Joker de Batman mène le bal. C’est un Auguste, imprévisible et ennemi public. Dérivés: Grippe-Sou, le clown "Alien" de "Ca", un roman de Stephen King porté au cinéma. Ou encore le "paillasse" de la "Ballade de la trompette triste", film espagnol du réalisateur Alex de la Iglesia, totalement délirant: un clown mutilé massacre des cohortes de franquistes.

Le clown rebelle
Il porte un nez rouge, tape sur un tambour ou bloque un pont. Il arbore un gilet jaune, proteste contre la Haute Finance ou lutte en faveur de l'environnement. Son arme: la dérision et le chaos. Le phénomène est aujourd'hui mondial.