Modifié le 12 décembre 2019 à 08:48

"Ma revue à nous": en Valais, la revue c'est Recrosio en solo

2015. Je suis vieux (pas beaucoup mais déjà)
Ma revue à nous Vertigo / 5 min. / le 09 décembre 2019
Installée jusqu'au 31 décembre au Théâtre de Valère, "Ma revue à nous" fait rire tout un canton dans un style très différent des autres revues romandes.

C’est une revue… et pourtant ce n’est pas comme une revue. Ainsi, sur la scène du Théâtre de Valère à Sion, on ne trouve ni défilé permanent de costumes, ni miss en déshabillé, ni numéro burlesque avec imitation de politicien. Il n’y a pas de décor non plus, juste un vieux siège de bureau noir et vintage avec une tache de peinture. Uni, sobre, le fond de scène change de couleur ou sert parfois d’écran de cinéma.

Tout est dans le "ma" et dans le "nous"

Cette revue, c’est "Ma revue à nous". Le "ma" égocentriquement affirmé et assumé désigne Frédéric Recrosio. L’humoriste assure les 95% du spectacle en solo en débutant son show… par une réflexion sur son menton: il ne faut pas le photographier depuis la salle, car il apparaît toujours double, voire triple. Le "nous", c’est la foule des Valaisannes et Valaisans qui escaladent chaque soir les escaliers de la colline de Valère pour rallier d’abord la tente d’accueil (on s’y réchauffe avec l’apéro offert), puis pour remplir la salle d’un rire franc et porté sur l’auto-dérision. Le rideau tiré, la revue ne cesse pas encore: on retourne sous la tente pour y manger et y guincher. L’ambiance est nettement plus festive qu'ailleurs en Suisse romande.

Une revue centrée autour de l'autodérision

"Drame, Isérables apprend la mort de Johnny Hallyday". Assis sur son fauteuil, Frédéric Recrosio lit un numéro du Nouvelliste de l’an prochain. On y apprend qu’en 2020, la commune du district de Martigny va connaître une explosion des ventes de cassettes VHS de Johnny. Dans cette revue valaisanne, on ne se moque ni des Genevois ni des Vaudois: on le fait déjà toute l’année. On ne parle pas des frontaliers non plus. Les Alémaniques? Un peu, puisqu'ils peuplent le Haut-Valais d’où ils arbitrent les élections cantonales.

L’essentiel des blagues et l’immense majorité des piques concerne les Valaisans francophones. Un pilonnage méthodique: vallée par vallée, commune par commune, village par village. On l’aura compris, les Bedjuis et les Bedjuasses (ainsi désigne-t-on la population d’Isérables) traînent une réputation de personnes lentes et pas trop dégourdies.

Il ne s’agit pas ici de dévoiler tous les très bons gags d’une revue qui en compte énormément. La plume est adroite, le verbe acide et l’allusion délicieusement vacharde. Ce spectacle solo soutenu par les apparitions du comédien et metteur en scène Frédéric Mudry dans un numéro de Saviésanne désagréable (un pléonasme, dirait Recrosio) et passablement raciste. À sa décharge, les migrants ne sont pas plus mal traités que les Hérensards des Haudères.

"Ma revue à nous" ne se limite pas au feuilleton des événements politiques marquants de 2019. On y parle prospective, marché de Noël, euthanasie ou encore mesures en faveur de l’environnement. Et Christian Constantin? Il s’y trouve forcément, mais pas sur le terrain, trop attendu, du football.

Thierry Sartoretti/ms

"Ma revue à nous", au Théâtre de Valère, jusqu’au 31 décembre 2019.

Publié le 12 décembre 2019 à 08:39 - Modifié le 12 décembre 2019 à 08:48