Modifié le 25 novembre 2019 à 09:51

"Pièces de guerre en Suisse", du théâtre pour secouer la politique

Les acteurs de la pièce de théâtre "Pièces de guerre en Suisse".
Théâtre: Pièces de guerre en Suisse Vertigo / 7 min. / le 18 novembre 2019
C’est quoi, être suisse? Au théâtre de Vidy-Lausanne puis en tournée romande, cette pièce signée Antoinette Rychner et mise en scène par Maya Bösch réveille les consciences du public, qu’il soit de gauche, de droite ou d’ailleurs.

Sur la scène de Vidy-Lausanne, sept comédiens et comédiennes au jeu énergique et décidé arpentent une sorte d’échafaudage géant. Le sommet culmine à 5 mètres. Ils et elles discutent d’un bout à l’autre de cette montagne de fer. "Pièces de guerre en Suisse", c’est un débat en direct. C’est quoi, être Suisse? Du bobo gauchiste au militant UDC en passant par le poncif anti-migrants au slogan patriotique, chacun son avis. Il y a même un Français pour dire tout le bien qu’il pense de ce pays où l’on ne se tape pas dessus. A la fin de la pièce, la Suisse protège non pas ses frontières, mais ses glaciers alpins… ou ce qu’il en reste.

Humour et l’autodérision

La Suisse connaît des conflits sociaux, des conflits politiques… mais pas la moindre guerre à l’horizon depuis le Sonderbund en 1847. Alors, qu’est-ce que ce titre qui flanque la trouille: de la science-fiction, du catastrophisme ? Le titre est en réalité un hommage au dramaturge anglais Edward Bond (sans lien avec l’agent secret) qui imagine dans les années 80, ses glaçantes "Pièces de guerre". Il y est question de guerre froide, d'apocalypse nucléaire ou encore de perte des valeurs humaines.

Quarante ans plus tard, Antoinette Rychner signe ses "Pièces de guerre en Suisse". Si l’inquiétude persiste, le ton a changé. Au pessimisme s’ajoutent l’humour et l’autodérision. Après tout, la Suisse qui envisageait naguère d’acquérir fissa l’arme nucléaire pour se protéger de l’Union soviétique discute aujourd’hui inlassablement de la nécessité d’acheter quelques avions de combat, une décision qui sera soumise au peuple. Les enjeux de la guerre semblent devenus bien petits. Pourtant les Suisses creusent dans la montagne, aménagent la moindre cave et scrutent l’ennemi intérieur pacifiste.

Les Suisses sont tous des prisonniers, mais également tous des gardiens, afin qu'ils se sentent libres.

Friedrich Dürrenmatt

La Suisse d'hier et d'aujourd'hui

Les "Pièces de guerre en Suisse" dissèquent la démocratie directe, en particulier les initiatives populaires qui permettent de lancer des idées en contradiction avec les droits de l’Homme les plus élémentaires. Par exemple, un parti d’extrême droite lance l’initiative suivante: pour ou contre le rétablissement de la peine de mort pour les délinquants sexuels? On y parle du passé – la tradition, la fondue ou encore les combats de reine –, mais aussi du présent: comment interpréter le recul électoral de l’UDC?

Vous l'aurez compris: la pièce dénonce les idées d’extrême-droite ou l’hypocrisie des bobos-gauchistes. Les blagues sont souvent drôles, parfois attendues. Et puis au détour d’un dialogue, on se retrouve surpris, interloqué, forcé de se positionner.

Thierry Sartoretti/ms

A Vidy-Lausanne jusqu’au 22 novembre. A la Comédie de Genève du 28 novembre au 6 décembre. Au Théâtre Benno-Besson d’Yverdon-les-Bains du 10 au 11 décembre. Au TPR de la Chaux-de-Fonds le 13 décembre. Plus d'infos ici

Le texte des "Pièces de guerre en Suisse", d’Antoinette Rychner, est paru aux éditions Solitaires intempestifs.

Publié le 20 novembre 2019 à 09:59 - Modifié le 25 novembre 2019 à 09:51