Modifié le 10 septembre 2019 à 13:47

La philosophie en chanson, c'est le top of the pop!

Le spectacle "Concours européen de la chanson philosophique" de Massimo Furlan & Claire de Ribaupierre.
Concours européen de la chanson philosophique Vertigo / 7 min. / le 16 septembre 2010
Strass, paillettes, émotions, caméras, écrans géants. Et puis les refrains pop, le jury et ce duo glamour pour animer la cérémonie… Bienvenue au "Concours européen de la chanson philosophique". A découvrir à Vidy-Lausanne jusqu'au 14 septembre.

"Bonsoir Pino Grigio!", "Bonjour Mina Mortadella!", "Bonsoir cher public!" Le ton est donné: charme et humour second degré. Il porte smoking. Elle arbore une brillante robe de soirée. Micro à la main, ils sont tout sourire d'aisance et de bienveillance, jetant à peine un rapide coup d'œil sur leurs fiches de présentation. L'orchestre est prêt, le jury attentif sur son podium mobile, l'applaudimètre vient d'être testé, nous voici plongés, en live, dans la cérémonie de ce premier Concours européen de la chanson philosophique. Générique, s'il vous plaît!

Imaginé et conçu par le duo de metteurs en scène, et ici acteurs, Massimo Furlan & Claire de Ribaupierre, voici un spectacle enthousiaste, populaire, international, polyglotte, rassembleur, dans le pur esprit pop et bon enfant de l'Eurovision, la mère de toutes les compétitions de chant. Et de l'esprit, il y en a à revendre dans ce projet dingue qui mêle ambition, réflexion, malice et pur plaisir de la mélodie de variété.

Des tubes de philosophes

Qui dit concours dit candidats. Ils sont onze, venus de dix pays européens interpréter leur chanson originale. On entend des ballades, des airs plus rock, pop, techno ou folk, des musiques parfois inspirées par la culture du pays d'origine. Ces tubes potentiels ont tous été écrits par… des philosophes. Onze penseuses et penseurs liés aux plus prestigieuses universités, auteurs et autrices de nombreux ouvrages de référence, invités à composer non pas un essai ou une recherche de plus, mais une chanson pop en format de trois minutes.

Chaque texte est composé dans la langue originale du pays d'origine et se retrouve interprété en live avec la complicité des élèves-musiciens de la Haute école de musique de Lausanne (HEMU). Pour les départager: l'applaudimètre du public et un jury de quatre esprits aguerris en matière philosophique ou sociale. Les nations participantes: la France, l'Italie, l'Allemagne, le Portugal, la Lituanie, la Slovénie, l'Espagne, la Flandre et la Wallonie (et oui, dans ce concours, la Belgique s'éclate…), la Norvège et enfin la Suisse.

Le spectacle "Concours européen de la chanson philosophique" de Massimo Furlan.
Le spectacle "Concours européen de la chanson philosophique" de Massimo Furlan. [vidy.ch]

Les chansons: "Voir les lucioles briller dans le noir", "Canção dos Intelectuais", "La Ballade des hommes infâmes", "Gumppe Oappa Sisgeahččastat" ou encore "Romance del ser y no ser" et "Jesus ist ein Fussballfeld". Côté suisse, c'est un duo qui occupe la scène: les Valaisans Hans Jörg Staubli et Lucie Pannatier avec leur chanson "Du goût de l'autre, chanson cannibale". Paroles de l'anthropologue Mondher Kilani. Le résultat? Inattendu, bluffant, drôle, enthousiasmant.

Un objet théâtral complètement fou

Imaginez les codes et la qualité pop (pour peu, bien sûr, que l'on aime ce genre musical, plaisir coupable qu'avoue l'auteur de ces lignes) d'un concours de l'Eurovision, croisés avec un bon débat de vulgarisation philosophique, anthropologique ou sociologique. La musique et les airs restent dans la tête, les costumes des interprètes surprennent (la candidate française et sa robe de soirée en sacs poubelles, le candidat norvégien déguisé en arbre…), les paroles (traduites en simultané sur écran géant) interpellent et les propos du jury sont autant de nourriture éclairante et de pensées aussi lumineuses que le light show de la soirée.

Le spectacle "Concours européen de la chanson philosophique" de Massimo Furlan.
Le spectacle "Concours européen de la chanson philosophique" de Massimo Furlan. [vidy.ch]

Bref, cette première édition du Concours européen de chanson philosophique est non seulement réjouissante, mais elle s'avère l'objet théâtral le plus fou de ce début de saison. Ah, oui, j'ai oublié de vous le mentionner: ça aussi, c'est du théâtre. Qui fait du bien à celles et ceux qui le vivent.

Thierry Sartoretti/ld

Vidy-Lausanne jusqu'au 14 septembre. Puis en tournée: Genève, la Comédie, du 24 au 29 septembre. Villars-sur-Glâne, Nuithonie du 23 au 24 janvier 2020. Sierre, TLH, du 6 au 7 mars 2020. Puis en tournée européenne avec à chaque fois un jury local.

Publié le 06 septembre 2019 à 13:38 - Modifié le 10 septembre 2019 à 13:47

Un amour sincère pour l'Eurovision

En matière de chansons, Massimo Furlan & Claire de Ribaupierre sont des récidivistes. Performeurs, metteurs en scène, dramaturges, ils ont déjà proposé sur les scènes de théâtre le spectacle "1973". Une recréation du concours Eurovision de cette fameuse édition qui avait vu triompher l'immortel et cependant oublié "Tu le reconnaîtras" de la candidate luxembourgeoise Anne-Marie David. Déguisé, Massimo Furlan interprétait tous les rôles.

Pourquoi cet engouement? "Enfant d'immigré italien, ce carrousel de nations rassemblées autour de la chanson me fascinait. C'était la seule soirée de l'année où l'on veillait très tard en espérant voir gagner l'Italie. L'Eurovision, c'est un événement populaire et rassembleur. Or tout ce qui peut rassembler m'intéresse. C'est aussi un événement lié à la construction européenne. Il ne faut pas confondre populaire et populiste: le premier rassemble, le second divise et stigmatise, notamment la réflexion et les intellectuels." Et Massimo Furlan & Claire de Ribaupierre d'imaginer ce formidable antidote aux dérives hargneuses et simplificatrices: un concours de chanson populaire dédié à la pensée. Pari gagné de Vidy-Lausanne à Lisbonne en passant par Gand, Paris, Vilnius ou Bologne.