Modifié le 31 mai 2019 à 14:58

"L’espace et nous", théâtre immersif pour préparer la fin du monde

La chronique culturelle (vidéo) - "L’espace et nous" ou comment se préparer à la fin du monde
La chronique culturelle (vidéo) - "L’espace et nous" ou comment se préparer à la fin du monde La Matinale / 2 min. / le 31 mai 2019
Spectacle immersif guidé par le comédien Alain Borek au Théâtre 2.21 à Lausanne, "L'espace et nous" imagine à quoi ressemble la fin du monde. Une expérience politique, anthropologique et philosophique déconcertante.

Imaginez: la Terre n’est plus viable et il vous reste 2h30 pour vous préparer à la quitter, aux côtés d’une trentaine de survivants inconnus. Que faites-vous? Qu’emportez-vous, quels aliments, quels souvenirs, quelles images, quel film, quelle musique, quel livre, quel savoir? La place est réduite, il va falloir sélectionner.

Et surtout collaborer, pour décider également des valeurs que vous voulez garder, du modèle politique, social, éducatif que vous souhaitez appliquer dans la nouvelle civilisation que vous aurez à créer sur votre future planète.

Les spectateurs sont guidés par des comédiens qui interagissent et convoquent la fiction pour cadrer et alléger la mission confiée au public. On n'est pas loin de l'idée d'atelier ou du jeu de rôles.

Et moi, et moi, et moi?

"L’espace et nous", imaginé et guidé par le comédien et metteur en scène Alain Borek, est un spectacle de théâtre immersif, mais c'est aussi une expérience politique, anthropologique, philosophique déconcertante. Divertissante aussi.

"J'avais envie de questionner le vivre-ensemble, la communauté en général. J'ai envie de faire des spectacles politiques, parce que la politique de nos choix et de nos actions de tous les jours m'importe beaucoup. Je n'aime pas fustiger ou critiquer, j'aime offrir des espaces de propositions aux spectatrices et spectateurs", dit-il à la RTS. 

>> A écouter: L'interview du metteur en scène Alain Borek

Alain Borek, metteur en scène et comédien
2.21/DR
Nectar - Publié le 27 mai 2019

L'époque des escape games

On parle d'une nouvelle tendance avec le théâtre immersif, où le spectateur devient acteur. Le spectacle "Close" qui promet "une expérience immersive dans le Paris de 1917", ou encore "DAU", un voyage dans la Russie stalinienne.

Pour Alain Borek ce type de dispositif théâtral fonctionne car nous vivons l'époque des escape games, qui permettent une forme d'expérience totale. "C'est peut-être la fin des écrans,  de la passivité. C'est l'inverse de se gaver de séries, sans bouger de chez soi", explique-t-il.

>> A lire aussi: "DAU", expérience immersive géante au coeur de l'Union soviétique

Pour les comédiens, le théâtre immersif implique aussi beaucoup d'inattendu. L'énergie dépend de celle que les spectateurs y amènent. Il y a souvent des "pôles" qui s'affrontent, explique Alain Borek. "Si les idéalistes avancent des valeurs générales et souhaitent le bien-être du groupe, il y a toujours un autre camp qui se demande 'qu'est-ce qui se passe si ça se passe mal dans le vaisseau et sur la planète?'"

Il faut choisir

Chaque soir l'expérience est vécue différemment et le public fait des choix très variés. Parce qu'il faut choisir. Par exemple, un soir, des spectateurs ont inventé un système décisionnaire de dictature tournante au hasard, avec une bouteille au milieu du groupe qui permettait d'élire le prochain dictateur.

Les solutions proposées, les différents choix faits par le public, sont réunis dans une base de données consultable, histoire de documenter cette expérience, à chaque fois unique. 

Le spectacle nous rappelle que lorsque nos agendas surchargés et nos défenses psychologiques de tout poil nous empêchent de nous confronter aux réalités, on peut compter sur la fiction, heureusement.

Sujet radio: Anne-Laure Gannac/Adaptation web: Miruna Coca-Cozma

"L’espace et nous", jusqu'au 2 juin, Théâtre 2.21, Lausanne.

Publié le 31 mai 2019 à 14:40 - Modifié le 31 mai 2019 à 14:58