Modifié le 29 novembre 2019 à 12:05

La grande évasion réussie de Karim Slama

Karim Slama dans son spectacle "L'évadé".
Humour: Karim Slama, génial évadé Vertigo / 6 min. / le 20 mai 2019
Dans son dernier spectacle, le comédien romand joue la conscience d’un homme paralysé par un AVC. Son "Evadé" est un petit bijou d’humour et de finesse. A découvrir le 24 mai au Théâtre du Jorat à Mézières puis en tournée.

Voici Karim Slama évadé, en cavale. Il marche, trottine, sautille, court, grimpe, bondit. Il est libre Slama. De quelle sombre prison, de quel sinistre camp s’est-il évadé? De son propre corps. Ne parle-t-on pas de cage thoracique ou de boîte crânienne, autant d’expressions au goût d’enfermement?

Karim Slama vit libre car il est simple conscience, pur esprit, insaisissable pensée, puissante âme d’un homme dont l’extérieur n’exprime plus rien. Sur son lit d’hôpital, le corps est endormi, absent, apparemment indifférent, paralysé par un AVC, l’accident vasculaire cérébral.

Un spectacle follement original

Karim Slama est humoriste. A la lecture du précédent paragraphe, on peut se demander si sa présence dans "L’Evadé" n’est pas une erreur de casting? Un piège? Peut-on rire de l’AVC et de la paralysie? Est-ce vraiment un spectacle drôle? "L’Evadé" vaut bien mieux qu’un spectacle drôle. C’est un drôle de spectacle. Une invention inouïe, unique, atypique, follement originale.

Oui, le sujet est effectivement grave et l’aborder ainsi s’avère audacieux. Inspiré par la lecture du livre autobiographique "Le scaphandre et le papillon" de Jean-Dominique Bauby, le traitement médico-humoristique imaginé par Karim Slama et dosé par le metteur en scène Robert Sandoz s’avère fin, subtil, tendre, drôle, salvateur y compris et surtout pour celles et ceux qui connaissent de près les réalités de l’AVC, la fragilité de ses victimes, le désarroi des plus frappés et la douleur des proches.

Un comédien monté sur ressorts

Karim Slama dans le spectacle "L'Evadé". Karim Slama dans le spectacle "L'Evadé". [Claude Dussez - Théâtre du Jorat] L’auteur de ces quelques lignes à découvert "L’Evadé" à Payerne, au Hameau Z’Arts, une salle où l’on vient en fin de semaine pour rire et se détendre. Durant les premières minutes de "L’Evadé" un grand point d’interrogation plissait les sourcils. A la fin du spectacle, c’est soulevé debout que le public ovationnait l’artiste. Une salve d’applaudissements pour un esprit.

Pas question de raconter plus en détail ce spectacle. Raconter, c’est dévoiler le plan d’évasion. Disons simplement que Karim Slama ne joue pas couché et sous perfusion. Ce comédien est monté sur ressorts, il a le verbe frénétique et reste fidèle à son hyperactivité scénique.

Karim Slama joue l’âme d’un dessinateur de BD. Cette âme a imaginé mille et un gags plus explosifs les uns que les autres. Elle s’agite, lutte, dialogue avec son maître comme dans la nouvelle de l’immense Mark Twain "Pourquoi j’ai étranglé ma conscience".

Un festival de trouvailles scéniques

Les spectateurs entendent des voix lointaines, étouffées: la famille, le personnel soignant. Ils entendent aussi la voix intérieure de ce dessinateur paralysé. Et sur scène, derrière Slama, un mur de tiroirs révèle un festival d’idées, de trouvailles scéniques, de surprises et de gags.

"L’Evadé" est un drôle de spectacle drôle. Il devrait réunir les amateurs d’humour, les fans de théâtre et même le public intéressé par les arts du nouveau cirque. Karim Slama, c’était l’homme du "pestacle" Titeuf, très familial et bienveillant, sagement collé à l’Univers du dessinateur ZEP. L’humoriste et comédien est désormais "L’Evadé". Ce rôle n’appartient qu’à lui.

Thierry Sartoretti/aq

En tournée : le 24 mai à Mézières. Du 27 au 29 septembre à Rolle. Les 28 et 29 novembre à Cossonay. Le 12 décembre au Locle. Le 13 décembre à Romont. Le 14 décembre à Treyvaux. Le 7 février à Bulle...

Publié le 22 mai 2019 à 11:21 - Modifié le 29 novembre 2019 à 12:05