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"Havre" ou comment surmonter un deuil impossible

Une photo du spectacle "Havre".
Théâtre: Havre Vertigo / 5 min. / le 08 février 2019
A Genève, le Théâtre de Poche propose jusqu'au 17 mars un très beau texte de la jeune auteure canadienne Mishka Lavigne. La fine mise en scène est signée Anne Bisang.

Elsie et Mats ne se connaissent pas. Ils vivent dans l'Ontario. Ils vont se rencontrer autour d'un trou béant: un effondrement de chaussée juste en face de la maison d'Elsie. Avec son équipe d'ouvriers, Mats l'ingénieur doit évaluer et réparer les dégâts.

Elsie et Mats vont donc se rencontrer et découvrir qu'ils abritent eux-aussi un trou béant. Gamin adopté, Mats Hamidovic n'a aucun souvenir de sa première vie d'enfant dans les rues de Sarajevo et pas plus d'informations sur ses parents. Fille d'une célèbre romancière dont le dernier best-seller se déroule en Bosnie, Elsie vient de perdre sa mère, disparue sans laisser la moindre trace dans l'Océan pacifique.

Rassembler les pièces du puzzle

Ensemble, ils vont tenter de combler les vides et rassembler les pièces de ce puzzle. Elsie existait à peine dans l'ombre de sa mère célébrissime. Mats aimerait bien trouver ne serait-ce qu'une minuscule trace sur internet de ses parents engloutis par la guerre d'ex-Yougoslavie.

Texte de théâtre tout frais sorti d'impression, "Havre", de la jeune Canadienne Mishka Lavigne touche par son sujet et son efficacité narrative. Mise en scène menée dans l'urgence par Anne Bisang, "Havre" emporte la mise par le jeu très incarné et à fleur de peau des comédiens Baptiste Coustenoble et Rébecca Balestra. Le premier donne toujours cette impression de fauve prêt à bondir, la seconde oscille entre l'ironie provocatrice et la mauvaise humeur protectrice.

Rebecca Balestra et Baptiste Coustenoble dans la pièce "Havre" de Mishka Lavigne, mise en scène signée Anne Bisang.
Rebecca Balestra et Baptiste Coustenoble dans la pièce "Havre" de Mishka Lavigne, mise en scène signée Anne Bisang. [Samuel Rubio - poche---gve.ch ]

Le deuil impossible

Dans un décor sobre de formes géométriques blanches et asymétriques, les deux protagonistes s'adressent au public tel des narrateurs ou dialoguent avec la méfiance mutuelle de deux êtres écorchés. Comment accomplir son deuil? Comment vivent les enfants de parents célèbres? Et ceux qui au contraire n'ont plus qu'un nom de parents sans même un visage sur une photographie?

"Havre" file comme un scénario de cinéma. Efficace et touchant, humain et direct. Une belle découverte parmi le flux de nouveaux textes contemporains que présente le Théâtre de Poche de Genève au fil de ses saisons.

Thierry Sartoretti/mh

>> "Havre", Théâtre de Poche à Genève, jusqu'au 17 mars.

Publié le 12 février 2019 à 16:36 - Modifié mercredi à 08:33