Publié le 07 février 2019 à 10:56

Laurent Deshusses et sa réjouissante "Vie de courbettes"

Laurent Deshusses.
Laurent Deshusses, " Ma vie de courbettes " Vertigo / 1h29 / le 04 février 2019
De retour en solo et en forme humoristique, le comédien se bagarre sur scène avec un partenaire de taille: la Mort. A découvrir à Carouge, Théâtre Alchimic jusqu’au 17 février. Puis en tournée.

Il revient en solo. Six ans après "Laurent + Deshusses", voici "Ma vie de courbettes". Deshusses a l’œil pétillant du comédien-humoriste qui parle de lui-même, de nous, de ses principaux sujets d’enthousiasme ou d’énervement. Qu’on se rassure, ce n’est pas un véritable come-back: Laurent Deshusses n’a jamais quitté les plateaux de théâtre. Il avançait simplement masqué dans le costume du personnage, pivot de spectacles carburant à la drôlerie. Quelques pièces de théâtre au fil de sa récente actualité: "Le Bal des voleurs", "Mais qui sont ces gens?" ou encore "La Puce à l’oreille". Des tubes en Suisse romande et un acteur en pleine forme.

Laurent Deshusses nous revient donc dans son propre rôle. Celui du quinquagénaire en crise. Adieu idéaux de gauche, bonjour comportements de bourge ! Avec la Mort aux trousses et ses propres répliques pour sauver sa peau. Plus la complicité de deux coachs en énergie humoristique et théâtrale, Pierre Naftule et Sybille Blanc.

L'humour comme ultime sortie

La Mort aux trousses? Parfaitement. Elle apparaît même sur la scène du théâtre Alchimic avec sa faux et son souffle funèbre. Elle est venue le chercher et ne semble pas s’être trompée d’adresse. Belle mise en abîme du métier de comédien qui contrairement à ce qu’on pourrait penser n’a pas pour objectif ultime le trépas face public. Laurent Deshusses essaie de ruser, tente des compromis, implore des délais, envoie un pote "au bout de sa vie" le remplacer… bernique, Madame est intraitable. Dans pareille situation, ne reste que l’humour. Laurent Deshusses le dégaine en mode sulfateuse. Il arrose tous les champs possibles sur une scène où trônent trois lettres géantes, L, D et S, en piteux états, ruines d’un immense one-man show auquel il a dû renoncer "pour cause de bagarre de ses danseuses".

Tous les registres de l'ironie

En un seul gag qui traverse tous les tons et tous les registres, Laurent Deshusses nous explique le b-a-ba de l’ironie, du sarcasme, du persiflage et de la moquerie. Le comédien utilise ces divers registres; il invoque aussi Sardou (son mauvais génie), convoque ses souvenirs d’enfance (les séries télévisées et ses héros préférés), aligne quelques corps de métier et autres institutions (la RTS, les agents municipaux, les rappeurs et certains humoristes génération 2.0).

L'esprit de Genève

Il s’avère aussi et surtout un pur produit du terroir genevois: délicieusement râleur et de mauvaise foi. Un condensé de cet esprit du bout du Lac où rien ne convient jamais et tout est toujours prétexte à grogner. A Genève, l’effet miroir fait mouche. L’Alchimic se remplit jusqu’aux strapontins et le public ravi s’y bidonne de bon cœur.

Thierry Sartoretti/mcm

"Ma vie de courbettes" en tournée. Payerne, le Beaulieu le 10 avril. Genève, Casino Théâtre du 2 au 5 mai 2019

Publié le 07 février 2019 à 10:56