Modifié le 11 janvier 2019 à 11:41

A quoi pense une comédienne lorsqu'elle monte sur scène?

Julie-Kazuko Rahir (à gauche), dans "Le dernier métro" de Dorian Rossel.
Nectar Nectar / 53 min. / le 08 janvier 2019
Que se passe-t-il dans la tête d'une actrice de théâtre lorsqu'elle joue face au public? Est-elle à 100% dans son jeu ou a-t-elle des pensées pour les spectateurs présents? Réponses avec la comédienne Genevoise Julie-Kazuko Rahir.

Visualisons d'abord la situation. Nous sommes au théâtre, calés dans nos fauteuils côté public. Sur scène, voici les comédiens. La pièce commence dans une salle bien éclairée. Nous les regardons jouer et ils nous regardent parfois les regardant. A cet instant, que se passe-t-il dans leur tête?

Sont-ils toujours Alceste et Célimène plongés dans leur dialogue orageux? Ou l'un d'entre eux a-t-il eu une pensée pour ce spectateur qui déballe un bonbon au deuxième rang? Ou cet autre qui s'avère un ami cher ou au contraire le plus pète-sec des critiques de théâtre griffonnant nerveusement sur son carnet des notes que l'on peut craindre assassines? Et cette autre qui quitte la salle en faisant lever un rang entier pour lui céder le passage? Ou encore ce ronflement sonore qui monte du quatrième rang?

Une relation intime

Pour exister pleinement, un spectacle a besoin de spectateurs. Dès que le rideau s'ouvre, il se joue alors une histoire parallèle à celle contée dans la pièce: la relation intime, physique entre les comédiens et leur public. Impossible de s'ignorer dans cette salle où chacun se concentre sur le même récit. Et chacun d'avoir une sensibilité personnelle et des réactions différentes. Les uns rient, se mouchent, pleurent, d'autres toussent dans les instants dramatiques. Il y en a parfois qui soupirent ou jettent un coup d'œil sur leur portable pour vérifier qui l'heure qui un éventuel message des enfants restés à la maison.

Comment réagir à ces signes? Comment jouer avec ces impulsions et ces énergies venues de la salle? Pour Julie-Kazuko Rahir, qui a bien voulu ouvrir ses pensées et réflexions de comédienne sur un plateau, l'important est "de ne pas avoir de préjugés sur le public. Il est venu pour écouter une histoire qu'il ne connait pas encore. A nous de nous adresser à lui avec bienveillance."

Un lien parfois ambivalent

Et lorsque quelqu'un quitte la salle en plein spectacle? "Ça ne veut pas forcément dire qu'il est fâché. Cela m'est arrivé personnellement alors que j'aimais la pièce. J'étais simplement enceinte et mon dos me faisait trop mal", raconte Julie-Kazuko Rahir qui tourne actuellement dans les salles de France et de Suisse avec "Le dernier Métro", une mise en scène de Dorian Rossel adaptée du célèbre film de François Truffaut.

Particularité de cette mise en scène contemporaine: la troupe débute le spectacle au milieu du public, présente dans le foyer et les travées alors que les spectateurs s'installent. Le lien est immédiat. Ambivalent également: les comédiens sont-ils encore eux-mêmes ou déjà leur personnage? Peut-on les saluer comme on saluerait l'ouvreuse?

S'adapter à son public

"Nous ne percevons jamais le public de la même manière. Certaines salles ont une mauvaise architecture et on ne le sent pas. Au contraire, il peut être très présent, très réactif, par exemple dans le cas des spectacles pour enfants. Et si je tombe sur un visage que je connais et qui me trouble (en mal ou en bien), je me sers de mon partenaire de jeu pour retrouver ma concentration et la justesse de mon jeu", explique Julie-Kazuko Rahir.

Un instant particulièrement difficile dans une carrière de comédienne de théâtre? "Sans doute se trouver nue pour la première fois sur scène devant ma maman. Pas facile de jouer face à ses parents. On veut tout donner pour leur plaire, être parfaite à leurs yeux… C'est complexe et illusoire", sourit la comédienne.

Thierry Sartoretti/ld

"Le dernier Métro", mise en scène de Dorian Rossel, d'après François Truffaut. À Berne, Stadttheater le 28 janvier. A Bienne, salle Nebia, le 22 février.

Publié le 11 janvier 2019 à 09:43 - Modifié le 11 janvier 2019 à 11:41