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Dans "Face au doute", une infirmière est au coeur de batailles éprouvantes

"Face au doute" [Nutprodukce / CT / arte]
Ecrans – "Face au doute" / Six heures - Neuf heures, le samedi / 6 min. / le 17 septembre 2022
Hana, infirmière glaciale et sans cœur, est accusée d’avoir tué une patiente. Offerte à la meute, elle mène une bataille juridique et psychologique éprouvante. Inspirée de faits réels, la mini-série tchèque "Face au doute" ausculte les eaux troubles d’un État de droit vacillant.

Hana est infirmière depuis dix-neuf ans dans le même service hospitalier. Sa principale caractéristique: elle fait la tête en permanence et n'est pas aimable du tout. C'est aussi une mère célibataire, qui considère sa profession comme un métier ingrat, épuisant et mal considéré. Hana espère mieux pour sa fille Tereza.

Lorsque cette dernière annonce qu’elle a décidé de plaquer ses études et de partir au Cap-Vert pour travailler dans un hôtel avec son copain, Hana s'emporte, au point que sa fille quitte la maison sur-le-champ. Quelques jours plus tard, pendant une garde de nuit, une patiente sans antécédents cardiaques meurt d’un AVC aussi soudain qu’inattendu. Hana, qui s’était occupée de la perfusion de la dame, est aussitôt soupçonnée d’avoir volontairement voulu la tuer. C'est là que surgit le doute, problématique intimement liée à la culpabilité, qui traverse toute la mini-série tchèque.

Révélateur d'une justice à deux vitesses

Hana est pathologiquement insoumise à la diplomatie comme à la démonstration d’un minimum de chaleur humaine, une attitude qui accélère sa réputation de monstre insensible. De plus, l’infirmière nourrit une vieille et puissante rancune contre la hiérarchie de l’hôpital qui l’emploie, ou plutôt, selon Hana, qui l’exploite, ce qui la désigne évidemment comme la coupable idéale.

Imaginez, une infirmière vieillissante, qui ne roule pas sur l’or, épuisée par des cadences infernales qu’elle ne supporte plus. Une infirmière qui, en plus de son sale caractère, refuse de s’"arranger". Hana fait office de révélateur du machisme ambiant et d’une justice à deux vitesses. A travers le parcours judiciaire de l'infirmière, "Face au doute" dépeint un État de droit tchèque qui, s’il ne s’écroule pas complètement, se délite amplement.

>> A voir: le premier épisode de "Face au doute"

Performances d’actrices et d’acteurs

Librement inspiré par le cas réel de Vera Maresova, infirmière accusée du meurtre de six patients en 2015, "Face au doute" est une coproduction d’Arte et de la Télévision publique tchèque qui s’est retrouvée cette année dans la sélection "Berlinale Series".

Elle révèle aussi de grandes performances d’actrices et d’acteurs: Miroslav Hanus, qui offre à son personnage d’avocat intègre une émouvante consistance, empêtré qu’il est dans un système politique qui s’effondre à cause de la corruption, Klara Meliskova, qui, à force de tension permanente, fait glisser le personnage de Hana de la banalité quotidienne à l’aura d’une héroïne de tragédie grecque et Denisa Baresová, qui interprète tout en finesse une Tereza écartelée entre le rejet d’une mère insupportable et son amour pour elle, renforcé par la mise au pilori générale d’une coupable potentielle.

Sujet radio:Pascal Bernheim

Adaptation web: olhor

"Face au doute", mini-série écrite par Stepan Hulik en quatre épisodes disponible sur Arte.tv, jusqu'au 30 septembre.

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