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"Des gens bien ordinaires", une mini-série sur le porno signée Ovidie

Une scène de la série "Des gens bien ordinaires". [Magneto - Lionel Jan Kerguistel. - Canal+]
Une scène de la série "Des gens bien ordinaires". [Magneto - Lionel Jan Kerguistel. - Canal+]
Dans les années 1990, un étudiant se lance dans le porno. Alors qu'il pense y trouver une nouvelle liberté, il découvre un milieu très ordinaire. C'est ce que raconte "Des gens bien ordinaires", la mini-série d'Ovidie, création de Canal+.

La mini-série d'Ovidie, "Des gens bien ordinaires", raconte l'histoire de Romain (Jérémy Gillet), 18 ans, étudiant en sociologie. Avec sa meilleure amie, Isaure (Raïka Hazanavicius), ils forment un duo d'enfants de la France pavillonnaire des années 1990 qui rêvent de refaire le monde. Mais tous les deux n'ont pas la même façon d'exprimer leur radicalité. Si Isaure se sent attirée par la clandestinité des groupes politiques qu'elle fréquente à la fac, Romain lui décide de s'exposer à la lumière des plateaux de tournages porno.

Pour le critique série de la RTS Antoine Bal, Ovidie réalise, avec "Des gens bien ordinaires", une série qui se démarque vraiment dans le paysage des séries françaises. Les épisodes sont courts, l'esthétique proche des années 1970-1980, façon anciens films porno de l'époque. "Il y a quelque chose d'assez suranné, érotico-suranné, que maîtrise parfaitement Ovidie dans la narration", explique Antoine Bal.

Une inversion des genres

"Le motif central de cette série, sur lequel Ovidie construit tout le récit, c'est une inversion des rôles de genre: les hommes sont des femmes et les femmes sont des hommes pour mieux mettre en lumière le jeu du patriarcat sur les corps et sur les gens, sur leurs ambitions professionnelles et sur les rapports de domination" explique Antoine Bal. Une inversion des rôles qui s'avère être un outil anti-discriminatoire intéressant selon le critique série RTS Yacine Nemra puisqu'il permet de "normaliser un casting qui est quasiment entièrement féminin".

Malgré une très bonne écriture des dialogues, l'inversion des rôles de genre apparaît parfois "un peu lourde et grotesque" selon Antoine Bal qui admet être tout de même "vraiment conquis par la série".

>> A voir: la bande-annonce de la série

Parler de porno sans sexe

Une série convaincante, militante même, comme l'est la réalisatrice, elle-même ancienne actrice de films pornographiques. Grâce à la fiction, Ovidie raconte ce qu'elle a vu, ce qu'elle a vécu et donne à réfléchir à la pornographie, à cet univers machiste et souvent violent, avec tous les codes actuels du féminisme.

Avec un casting impeccable (notamment Romane Bohringer dans le rôle d'une réalisatrice de films porno), la série évite la caricature, selon Yacine Nemra. "Des gens bien ordinaires" relève même un sacré défi puisque cette fiction raconte une histoire du porno sans jamais montrer de scène de sexe ni de nudité. La série raconte aussi la violence du milieu sans jamais montrer de coup, mais aussi la discrimination, le sexisme ordinaire et la stigmatisation. "Ovidie fait, pour moi, une démarche de réalisatrice et d'autrice hyper forte: on peut raconter ces histoires sans érotiser la violence, le viol, le sexe. C'est l'anti 'Game of Thrones' pour ça et c'est vraiment remarquable", souligne Pascaline Sordet, critique série RTS.

ld

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