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"Ridley Road", une série entre flower power et néo-nazisme

L'affiche de la série "Ridley Road". [BBC/Canal+]
Ecrans : La mini-série " Ridley Road ". / Six heures - Neuf heures, le samedi / 7 min. / le 26 février 2022
Dans "Ridley Road" de Sarah Solemani, une héroïne juive s'engage contre les groupes fascistes de Londres au début des années 1960. La série est inspirée de faits réels et du roman homonyme de l'écrivaine britannique Jo Bloom.

L’histoire se déroule en 1962 au Royaume-Uni. C’est l’époque des Beatles et des Rolling Stones, et la rue londonienne Carnaby Street est en train de devenir le berceau de la mode et du "flower power", le mouvement naissant des pacifistes. Pourtant, à cinq miles de là, des sympathisants fascistes et néo-nazis se réunissent dans la rue de Ridley Road, dans l’East End londonien. Le QG du groupe 62, qui combat les activités de ces sympathisants fascistes, est caché dans l’arrière-cour d’un petit immeuble de cette même rue.

Swinging sixties et néo-nazisme

Libre adaptation du roman homonyme de Jo Bloom sorti en 2014, "Ridley Road" est une série inspirée de faits historiques réels. L'autrice a d'ailleurs mené l’enquête pour les besoins de son livre en s’entretenant avec plusieurs membres encore vivants du Groupe 62.

Colin Jordan (Rory Kinnear ) est un membre actif du parti d’extrême-droite British National Party, fondé en 1960 par l’amalgame de plusieurs partis aux visions similaires. Au fil du temps, ce nazi convaincu reproche à son parti de vouloir escamoter l’héritage du IIIe Reich allemand sous prétexte que cet héritage a mauvaise presse. Le 30 avril 1962, jour du dix-huitième anniversaire du suicide d’Adolf Hitler, il décide de fonder le Mouvement national-socialiste avec un groupe de dissidents du British National Party. Le discours de ce mouvement est antisémite, et ses membres organisent régulièrement de violentes attaques contre la communauté juive de Londres.

En 1946, des ex-militaires britanniques juifs fondent le Groupe 43, baptisé ainsi car il comptait, lors de sa réunion fondatrice, 43 personnes. Son objectif consiste à contrer les activités des groupes fascistes comme le Mouvement national-socialiste, notamment en dispersant leurs réunions et les en infiltrant. Le Groupe 62 est une évolution du groupe 43. Il doit son nom à cette fameuse année 1962, celle de la naissance du Mouvement national-socialiste anglais.

>> À regarder, la bande-annonce de "Ridley Road":

L’engagement

La série suit le personnage de Vivien Epstein (Agnes O’Casey), une jeune femme issue d’une famille juive traditionnelle de la banlieue de Manchester composée de son père, David (Will Keen), de sa mère, Liza (Samantha Spiro) et d'une cousine, Roza (Julia Krynke), recueillie après la guerre.

Le père de Vivien a arrangé le mariage de sa fille avec le père d’un garçon juif du coin. Cela n’est pas du goût de Vivien, qui est amoureuse de Jack (Tom Varey). Ce dernier doit partir à Londres, et Vivien décide de le rejoindre. Une fois sur place, elle loue une chambre chez une vieille chrétienne réactionnaire (Rita Tushingham) et trouve un emploi de coiffeuse à Soho. En retrouvant Jack, elle découvre qu’il a rejoint les rangs du Mouvement national-socialiste au côté de Colin Jordan. Déçue et malheureuse, Vivien décide de s’engager contre le fascisme. Il se trouve que son oncle, Soly Malinovsky (Eddie Marsan), chauffeur de taxi, dirige un groupe antifasciste juif.

Fiction et réalité mêlées

Si Vivien Epstein et sa famille appartiennent à la fiction, beaucoup de personnages de la série sont inspirés de la vie et de l’engagement de plusieurs membres bien réels du Groupe 62. Quant à Colin Jordan et sa maîtresse puis épouse Françoise Dior (Romane Portail), qui n’est autre que la nièce du couturier Christian Dior, ils ont bel et bien existé.

En faisant parfois fi de la vraisemblance, le scénario de "Ridley Road" prend des allures et un rythme de thriller avec rebondissements et coups d'éclats, servi par des actrices et acteurs de talent. À noter qu’Eddie Marsan, qui joue le rôle l’oncle de Vivien, a reçu des menaces et des insultes sur les réseaux sociaux pendant et après la diffusion de la série au Royaume-Uni, parce qu'il jouait le rôle d’un juif qui défendait les juifs.

Sujet radio: Pascal Bernheim

Adaptation web: Myriam Semaani

Sarah Solemani, "Ridley Road", disponible sur Canal+.

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