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La machine rock industrielle infernale de Nine Inch Nails

Le chanteur et guitariste américain Trent Reznor à la tête de ses Nine Inch Nails, sur la scène de l'auditorium Stravinski à Montreux le 9 juillet 2018. [Mehdi Benkler - RTS]
Le chanteur et guitariste américain Trent Reznor à la tête de ses Nine Inch Nails, sur la scène de l'auditorium Stravinski à Montreux le 9 juillet 2018. [Mehdi Benkler - RTS]
Depuis trente ans, Trent Reznor retranscrit sur terre sa vision de l'apocalypse rock. A la tête de son hydre de métal industriel Nine Inch Nails lundi soir au Montreux Jazz, l'Américain s'est transformé en un monstre d'efficacité calibrée et apocalyptique.

Quinze minutes pour constater à quoi peut ressembler l'enfer sur terre. En trois morceaux introductifs comme autant de coups de tonnerre de rock industriel, Trent Reznor et sa machine infernale Nine Inch Nails (NIN) laissent entrevoir des ténèbres où tout n'est que bruit et fureur. Des éclairs stroboscopiques renforcent cette apocalypse sonore où se dessinent soudain un cerbère qui a ici cinq têtes.

Nine Inch Nails annonce donc les couleurs, dans un rouge et noir enfumés évidemment, avec "The Eater of Dreams", "Me, I'm Not", "Sanctified". Un triptyque fracassant et d'une stupéfiante efficacité porté par le chant aussi grave qu'habité de Reznor qui vous essore d'emblée. Pas de répit ici, à l'inverse de la précédente tournée plus expérimentale où Reznor s'appuyait davantage sur les ambiances cinématographiques sombres et anxiogènes qu'il a fomentée pour des réalisateurs tels que David Lynch ("Lost Highway") ou David Fincher ("Gone Girl").

Bref répit dans cette orchestration du chaos

A l'auditorium Stravinski de Montreux lundi soir, les menaces, violences et oppressions des hommes et des machines que se plaît à raconter et orchestrer NIN sont passées cette fois par un chaos plus calibré. Avec mitrailles percussives, rafales de guitares saturées, bombardements électroniques. Peu de place ici pour les morceaux de bravoure moins efficaces du dernier album "Bad Witch", hormis  "Shit Mirror", "Ahead of Ourselves" et "God Break Down the Door" placés à la suite en milieu de concert et qui offriraient presque un bref répit.

Dans sa sauvagerie bruitiste, Nine Inch Nails préfère décimer son audience avec des basiques comme "Reptile", "March of the Pigs" et le fascinant "Hurt" délivré en épilogue qu'a tant aimé et chanté Johnny Cash, tous extraits de l'emblématique "The Downward Spiral" (1994) qui a marqué tant nos Young Gods helvétiques que le Britannique David Bowie. Un Bowie dont NIN reprend d'ailleurs "I'm Afraid of Americans", histoire d'entériner sa méfiance voire sa haine d'un certain genre humain. Et ce n'est pas aux déflagrations de "Metal", titre inspirant d'un Gary Numan qui a ouvert les feux de la soirée et que Reznor convie sur scène en autre digne prophète des ténèbres, que l'ambiance se détend. L'époque n'avait soudain jamais tant eu un goût de désespoir lundi soir à Montreux.

Olivier Horner

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