Modifié le 03 juillet 2018 à 11:18

Le légendaire label de jazz Blue Note, une marque sonore et visuelle

La couverture de "It's Time!" de Jackie Mc Lean- Le graphisme est signé Reid Miles.
Graphisme et pochette Blue Note Versus / 9 min. / le 27 juin 2018
Si le label de jazz Blue Note a marqué l'histoire de la musique au XXe siècle, c'est aussi une empreinte visuelle marquante que la marque laisse dans son sillage.

La pochette de "Art Blakey and the Jazz Messengers", Blue Note 4003. La pochette de "Art Blakey and the Jazz Messengers", Blue Note 4003. [Blue Note] Comprendre les pochettes Blue Note, c'est d'abord réaliser que dans les années 1950, des photos en gros plans de visages noirs étaient déjà une singularité.

Quand on demande à François Lindemann, pianiste de jazz, érudit en matière jazzistique et graphiste de formation quelle est la première pochette Blue Note qui lui vient à l'esprit, il n'hésite pas: le Blue Note 4003, avec Art Blakey et les Jazz Messengers. On y voit le grain de la peau noire d'Art Blakey, la transpiration qui fait luire son visage. Une splendide photo de Francis Wolff, un des deux producteurs juifs allemands de Blue note, émigrés aux USA pour fuir le nazisme.

Une identité visuelle

Dès leurs premières pochettes, les deux producteurs, Wolff et Lion, posent une marque visuelle forte. Ils engageront pour ce faire des photographes et graphistes de grand talent, notamment Reid Miles -- un photographe actif dans la publicité, la mode, les magazines, qui curieusement aimait le classique et pas tellement le jazz  (on raconte même qu'il allait échanger les exemplaires qu'il recevait de Blue Note contre des 33T classiques!) mais qui donnera aux pochettes des années 1950 et 1960 leur patte reconnaissable entre mille.

La pochette de Joe Henderson, "In'n Out", sorti en 1964 chez Blue Note. La pochette de Joe Henderson, "In'n Out", sorti en 1964 chez Blue Note. [Blue Note]

Il travaillera également sur la lettre, dessinant des polices de caractère ad hoc, suscitant parfois la surprise de Francis Wolff, étonné de voir la photo des musiciens disparaître derrière une typographie colorée à la très forte personnalité.

La pochette comme un bel objet

On est également frappé par le soin porté par Lion et Wolff dès le commencement à la pochette comme objet: elle se distingue par l'épaisseur du carton, l'encrage, le laminage en trois couches, ce glacis caractéristique qu'on ne retrouvera pas dans les marques européennes.

Un autre choix important: faire les photos pendant les sessions d'enregistrement. Ce sont des traces, des documents de la session. "Quand on voyait la pochette, on entendait déjà la musique qui était dedans. Cela tient au fait que les photos étaient faites pendant les séances. Et puis les choses proches du blues étaient illustrées en La pochette de "Blue Train" de John Coltrane, album Blue Note 1577. La pochette de "Blue Train" de John Coltrane, album Blue Note 1577. [Blue Note] sombre, avec des bleus foncés, des noirs - les musiques plus modernes avec des couleurs plus claires.

Des photos qui marquent

Sophie Huber, réalisatrice du film "Blue Note Records - Beyond the Notes" actuellement sur les écrans romands, le souligne elle aussi: ce sont les photos des disques de ses parents qui l'ont marquée dès son enfance.

>> A lire également: "Blue Note Records", un documentaire qui explore le jazz

Propos de François Lindemann et Yvan Ischer recueillis par Francesco Biamonte/mh

Publié le 03 juillet 2018 à 09:02 - Modifié le 03 juillet 2018 à 11:18