Grand Format

Claude François, ce bien-aimé

Introduction

Retour sur le parcours plein de succès de Claude François, décédé par électrocution voilà quarante ans le 11 mars 1978. "De belles, belles, belles", premier succès en 1962, à l'épilogue de sa carrière en 1978, le chanteur français aura écrit plus de 300 chansons, dont quantité d'adaptations de tubes anglo-saxons. A ce jour, Cloclo reste un poids lours de l'industrie musicale, avec plus de 65 millions d'albums vendus. Des ventes qui devraient encore croître avec la sortie d'une intégrale et d'un documentaire.

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L'idole rentable

Plus de 65 millions d'albums vendus à ce jour, dont 35 millions de son vivant depuis son premier succès en 1962 avec "Belles, belles, belles", adaptation française d'une chanson des Everly Brothers. Claude François, disparu aussi tragiquement qu'idiotement le 11 mars 1978, à 39 ans, reste l'archétype de l'idole bonhomme, mais aussi rentable.

Quarante ans après sa mort, ce Cloclo qui a achevé sa vie prisonnier de son public reste surtout une marque qui continue de rapporter gros. Près de 200'000 disques et quelque 100'000 DVD s'écouleraient ainsi encore chaque années, selon ses héritiers. Et l'appellation contrôlée générerait entre 12 et 15 millions de francs par an, selon Flèche Productions, garante du patrimoine du chanteur français.

Une intégrale discographique de ses albums en studio, agrémentée de perles plus méconnues, vient cette année réalimenter cette machine à tubes qui avait enregistré plus de 300 chansons entre 1962 et 1978. Et dont le plus grand succès demeure évidemment "Comme d'habitude" que reprendront tour à tour Paul Anka et Franck Sinatra sous l'intitulé "My Way".

>> A voir: Dans cette archive de la RTS datée novembre 1976, le chanteur explique qu'il a toujours su qu'il accomplirait une carrière exceptionnelle...

Claude François en 1976.
Mosaïque - Publié le 17 novembre 1976

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Les premiers pas

Après une brève expérience d'employé de banque, Claude François rêve de réussite et commence à rechercher quelques cachets dans les orchestres des grands hôtels monégasques.

Après des cours de violon et de piano, il s’intéresse à l’univers des percussions et la rythmique lui donnera en premier lieu la possibilité de s’exprimer. En 1957, il est engagé dans l’orchestre de Louis Frozio qui se produit à l’International Sporting Club. Comme le directeur de l'établissement ne veut pas le laisser chanter, le futur Cloclo se tourne vers l’Hôtel Provençal de Juan-les-Pins, puis se fait connaître dans les boîtes de nuit de la région. Avant de monter à Paris, fin 1961.

Le début des années 1960 correspond au début de l'ère "Salut les copains", émission de radio célèbre, ainsi que celle des reprises en français de grands tubes américains, du twist et autres yé-yé.

Claude François se fait engager dans la formation les Gamblers et sort un 45 tours intitulé "le Nabout twist" (sorte de twist oriental) sous le nom de Koko. Un premier disque qui est un échec mais qui sera rapidement effacé par le succès de "Belles, belles, belles" en 1962, mis sur orbite par "Salut les copains".

Claude François réalise enfin son rêve de chanter. Il est pris en mains par Paul Lederman (futur imprésario de Coluche ou Thierry Le Luron) et part en tournée en 1963, en première partie des Chaussettes Noires d'Eddy Mitchell, tout en publiant d'autres chansons à succès comme "Marche tout droit" ou "Dis-lui".

Le chanteur français Claude François lors d'un concert en 1964.
Le chanteur français Claude François lors d'un concert en 1964. [NB - AFP]

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La lumineuse idée des Clodettes

En décembre 1966, Claude François créé les Clodettes, une équipe de quatre danseuses qui vont désormais faire office de faire-valoir scénique au chanteur. Il y en a eu plus de quarante. Elles étaient belles, blondes, brunes, blanches, noires, bouclées et dansaient à demi nues sur les plateaux de télévision ou durant les tournées d'été, vêtues de strass, de strings et de bottes à talons.

Claude François a eu l'idée de ces créatures en assistant à un concert de James Brown à l'Olympia de Paris début 1966. Le chanteur américain était alors accompagné d'énergiques danseuses dont les chorégraphies dopaient encore son explosive prestation.

>> A voir: Claude François et les Clodettes à la RTS, en novembre 1977

Claude François et ses Clodettes en 1977.
Mosaïque - Publié le 30 novembre 1977

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"Le mal-aimé" qui vit pour ses fans

Très soucieux de préserver son image d'icône populaire, au point de ne pas révéler l'existence de ses enfants naturels, Cloclo aura entretenu des rapports quasi sadomasochistes avec son public.

Il suffit de réécouter «De ville en ville» pour se persuader de ce tyrannique sacerdoce qui aura encore permis de générer toute une mystique Claude François.

>> A voir: Une archive de la RTS qui montre que la présence de Claude François à l'Expo nationale de 1964 provoque une émeute

Dédicaces de Claude François en 1964.
Carrefour - Publié le 24 août 1964

Vivre à ce point pour et par ses fans a amplifié la dramaturgie autour de la figure d'un chanteur ayant réchappé à plusieurs accidents et attentats rocambolesques.

Des tragédies peut-être bénies pour l'interprète de "je suis le mal-aimé", dont le sens de la mise en scène innervait tout un pan de répertoire: du "Chanteur malheureux" à "Comme une chanson triste" via le climax que reste "Le téléphone pleure".

Le chanteur français et ses Clodettes lors de l'enregistrement de l'émission TV "Numéro un", le 9 octobre 1976.
Le chanteur français et ses Clodettes lors de l'enregistrement de l'émission TV "Numéro un", le 9 octobre 1976. [Alain Liennard / Ina - AFP]

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La Suisse accueille Cloclo peu avant sa mort

Alors qu'il s'électrocute le 11 mars 1978 dans la baignoire de son appartement à Paris, au 46, boulevard Exelmans, Claude François revenait en fait tout juste d'un séjours à Leysin, en Suisse, où il a passé deux jours, le 9 et le 10 mars, pour y enregistrer un show destiné à la télévision britannique, la BBC.

A ses côtés dans l'émission figurent les Jackson Five, Bonnie Tyler, Sheila ou encore Charles Aznavour. L’idole, qui avait décidé de conquérir le marché anglo-saxon, venait alors de graver plusieurs chansons en anglais, dont "The Vagabond" et "Bordeaux rosé". A Leysin, pour la BBC, il interprété les deux, ainsi que "Alexandrie, Alexandra", "Daydreamer (Le mal-aimé)" et "I Believe In Father Christmas".

>> A voir: Claude François interprète "Daydreamer", la version anglaise du "Mal-aimé"" à Leysin le 10 mars 1978

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L'homme d'affaires

Véritable bête de travail, dépeint à l'envi comme tyrannique et mégalomane, le chanteur né en Egypte comme Dalida, autre star posthume rentable, s'était constitué un petit empire. Dès 1967, le héros familier a rationalisé sa carrière en homme d'affaires averti.

Il rachète d'abord les disques Flèche, puis le magazine Podium en 1972 qui alimentera le culte de sa personnalité ou encore une agence de mannequins. Cloclo avait mis au point un système d'adaptation infaillible des tubes anglo-saxons (75% de son répertoire), avec suivi des hit-parades internationaux ou antenne spéciale pour capter les radios britanniques.

Le chanteur français Claude François dans les bureaux du magazine "Podium", le 21 mai 1974.
Le chanteur français Claude François dans les bureaux du magazine "Podium", le 21 mai 1974. [Jean-Pierre Couderc / Roger-Viollet - AFP]

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Journée spéciale Cloclo sur Option Musique

Le chanteur français inonde les ondes d'Option Musique en cette journée du 11 mars commémorant les 40 ans de son décès.

Crédits

  • Texte et réalisation web Olivier Horner

    RTS Culture mars 2018