Publié le 12 novembre 2017

Kraftwerk, quand le son des machines représentait le futur

Percussionniste de Kraftwerk dès 1975, Karl Bartos est l’un des membres "nucléaires" du groupe.
Percussionniste de Kraftwerk dès 1975, Karl Bartos est l’un des membres "nucléaires" du groupe. [Katja Ruge - karlbartos.com]
Karl Bartos, percussionniste de Kraftwerk pendant près de 16 ans, publie son autobiographie (inédite en français) dans laquelle il se remémore le son et l'apparition des légendaires hommes-machines.

Chemises rouges, cravates noires et maquillage androgyne, les membres de Kraftwerk chantaient l’histoire d’un joli top-modèle inconnu, d’une autoroute ou encore du Trans-Europ-Express.

De 1975 à 1990, Karl Bartos était le percussionniste du groupe électro-pop Kraftwerk, dont l’influence se fait sentir aujourd’hui encore. S’inspirant de l’avant-garde, de l’art et du jazz, Kraftwerk a établi un pont culturel entre l’art et la pop dès 1970.

Un son fait main

Dans son autobiographie "Der Klang der Maschine" ("Le son de la machine", inédit en français), Karl Bartos dresse le bilan de son parcours artistique. Il raconte, quelque peu nostalgique, les années passées au Kling-Klang Studio de Düsseldorf.

Ralf Hütter et Florian Schneider, les fondateurs du groupe, avaient aménagé ce lieu comme un atelier de production: c’est là qu’est né le son de Kraftwerk, un mélange de musique faite à la main et d’instruments sophistiqués.

Debout, formant un demi-cercle, Kraftwerk y faisait de la musique comme une formation de jazz, flirtant avec les styles "Krautrock" et d’avant-garde. Karl Bartos a appris à jouer de la batterie électronique avec des baguettes semblables à des aiguilles à tricoter pour donner au groupe ce son distinctif, requérant beaucoup de sagacité.

>> A écouter dans "Vertigo":

Kraftwerk en concert.
Vertigo - Publié le 17 juillet 2013

Une expérience visuelle

Le visuel a toujours compté. Peu à peu, le projet expérimental Kraftwerk est devenu une performance scénique bien spécifique.

S’ensuivent des pochettes de disque dans le style des années 60 puis d’étranges slogans tels que "Soutenons l’économie, célébrons Noël plus souvent" projetés sur les murs.

Lors du légendaire concert Computer World au Metropol-Theater de Berlin en 1981, point culminant de Kraftwerk, l’image du groupe a alors bien changé. Il s’agissait à la fois de se remémorer la vénération des années 20 pour les machines et, selon Karl Bartos, d’exprimer un enthousiasme naïf pour la technique.

Le chef-d’œuvre de Fritz Lang "Metropolis" a servi de toile de fond à un art vintage qui percevait de manière euphorique le technicisme de la société. Peu après ce concert, les musiciens au visage figé sont devenus des figures artistiques cultes.

Pochette du mythique album de Kraftwerk, "Trans-Europe Express", sorti en 1977.
Pochette du mythique album de Kraftwerk, "Trans-Europe Express", sorti en 1977. [kraftwerk.com]

Être dans l’air du temps

Cette apparence inaccessible, dissimulée derrière des écrans d’ordinateurs, des projections vidéo et des sons de machines, était animée par l’envie d’expérimenter: avec de nouvelles idées et formes musicales et avec l’image énigmatique et ironique donnée par ces musiciens androïdes et complexes, qui ne rentrent dans aucun moule.

Les enregistrements de leurs sessions nocturnes ont donné lieu à leurs plus grands titres: Trans-Europ-Express, Autobahn, The Model et Computer World.

>> A voir:

 

Arrêt brutal

Aujourd’hui, Kraftwerk est un projet multimédia mené par Ralf Hütter, unique membre historique restant. Une édition DVD, Blu-Ray et CD est sortie récemment, rassemblant l’œuvre Kraftwerk sous forme de remix pompeux.

Pour Karl Bartos, il s’agit en quelque sorte d’une trahison de l’esprit des musiciens de Kraftwerk à leurs débuts, qui ont atteint leur apogée dans les années 80 et mis en scène le jeu de "l’homme-machine".

Rien que des souvenirs

A la fin de son livre, Karl Bartos rend les clés du célèbre Kling Klang Studio et quitte la sphère hermétique de ces orfèvres du son créée par Ralf Hütter et Florian Schneider.

L’aventure finit aussi rapidement qu’elle avait commencé en 1975, alors que la scène artistique de Düsseldorf ouvrait la voie à un groupe qui, quelques années plus tard, manquerait de peu l’occasion de collaborer avec Michael Jackson.

Pour Karl Bartos, Kraftwerk appartient désormais à l’histoire électro-pop. Un souvenir d’une époque où les idées étaient à l’origine de la musique et non les apparences, piège auquel Kraftwerk a fini par succomber.

Aujourd’hui, Karl Bartos n’assisterait plus à un concert de Kraftwerk, même s’il se considère toujours comme appartenant au groupe. "Karl Bartos fait partie de Kraftwerk et Kraftwerk fait partie de Karl Bartos", résume-t-il avec aplomb.

Sven Ahnert (SRF)/mcc

"Der Klang der Maschine" de Karl Bartos, Eichborn Verlag, 2017.

Diffusion: Radio SRF 2 Kultur, Kultur kompakt, 6.11.2017, 7h20

Publié le 12 novembre 2017