Ces chanteuses et chanteurs mués en icônes gay

De Judy Garland à Madonna, de Dalida à Mylène Farmer via Chantal Goya ou George Michael, quantité de vedettes de la musique sont devenues des références culturelles revendiquées de la communauté homosexuelle.

Le panthéon gay

Depuis les années 60, la communauté homosexuelle voue un culte à de nombreuses artistes du show-business, en particulier au sein de la pop music. Diana Ross a même régné sur le début des eighties avec son tube "I’m Coming Out” instantanément devenu un hymne gay, détrônant Gloria Gaynor et son "I Will Survive" ou Donna Summer et ses "Love to Love You Baby" et "Hot Stuff".

Hétérosexuelles, féminines, féministes, lesbiennes ou engagées pour la cause LGBT (Lesbiennes Gays Bisexuel-le-s Transgenres), des vedettes telles que l'actrice et chanteuse américaine Judy Garland, icône gay absolue, Dalida, Madonna, Mylène Farmer ou Lady Gaga font ainsi partie du panthéon gay.

Mais cette vénération n'est pas uniquement dirigée vers les femmes. Les hommes aussi séduisent. A l'image des défunts chanteurs britanniques George Michael et Freddie Mercury ou de Elton John, Boy George, Ricky Martin et, dans une moindre mesure, David Bowie.

>> A écouter: Diana Ross, "I'm Coming Out

Les raisons d'une vénération

Si les chanteuses attirent plus que les chanteurs, estime Serge Hureau, directeur du Hall de la chanson cité dans Le Monde en 2007, artiste et ancien militant du FAHR (Front d'action homosexuel révolutionnaire) au début des années 1970, c'est, en particulier, à cause du "plaisir d'entendre des mots d'amour adressés à des hommes. La chanson permet le polymorphisme du désir".

Pourquoi les homosexuels ont-ils attribué à la chanteuse Dalida ce statut d’icône? "Dalida, cette belle et grande femme au brushing énorme, maquillée à outrance, fait appel au cliché de l’hyper-femme, qu’on retrouve dans les spectacles de drag-queens, de transformistes ou de personnes à l’identité hybride, entre l’homme et la femme. Par son style, elle pousse très loin les limites de la caricature", expliquait récemment à RTS Culture Guillaume Renevey, rédacteur en chef du magazine gay "360".

>> A écouter: Dalida, une icône gay

La chanteuse Dalida en 1967. [Keystone]Keystone
Vertigo - Publié le 11 janvier 2017

Des générations d'homosexuels vivant en marge de la société auraient aussi vu en Dalida et d'autres artistes l’écho de leurs propres combats pour l’acceptation. S’identifiant ainsi tour à tour à des figures tragiques à la sensibilité exacerbée comme Judy Garland, à des anticonformistes repoussant les frontières sexuelles comme Madonna ou à des excentriques parfois vulgaires comme Amanda Lear.

Et si Christine And The Queens "adorerait être une icône gay", comme elle l'a récemment confié à Télérama, force est de constater que la génération actuelle des pop stars ne trouve plus un écho aussi fort qu'auparavant auprès d'une communauté homosexuelle désormais de plus en plus visible dans la société.

Judy Garland

Judy Garland dans le film "Une étoile est née" (A Star Is Born) de George Cukor, 1954. [Photononstop/AFP]Judy Garland dans le film "Une étoile est née" (A Star Is Born) de George Cukor, 1954. [Photononstop/AFP]

L'actrice et chanteuse américaine, décédée en 1969, est restée l'une des icônes gay les plus célèbres. En particulier aux Etats-Unis. Mère de la chanteuse et actrice Liza Minnelli, Judy Garland a été propulsée star à 17 ans. Grâce à son rôle de Dorothy dans "Le Magicien d'Oz", en 1939. Elle est considérée comme la huitième meilleure actrice de légende du cinéma par l'American Film Institute.

Glamour et drame ont fait partie intégrante de sa carrière. A la fois star du box office et toxicomane notoire, Judy Garland tentera de se suicider en 1950 suite à une longue dépression. Sur scène, elle triomphe à plusieurs reprises dans les années 50 et 60, notamment au Carnegie Hall, en parallèle à ses nombreux rôles dans des comédies musicales. Sa chanson phare, "Over the Rainbow" a donné lieu au symbole du fameux drapeau arc-en-ciel. Le chanteur new-yorkais Rufus Wainwright lui a rendu hommage dans un très beau spectacle en 2007.

Madonna

Sans doute l'emblème la plus populaire d'une communauté homosexuelle dont elle a précocement défendu les droits et dénoncé la discrimination tout au long de sa carrière.

Reine des métamorphoses jusqu'au transformisme, la chanteuse américaine a fréquenté et séduit très tôt une communauté qu'elle a côtoyé régulièrement à Détroit par l'intermédiaire de son professeur de danse, Chrystopher Flynn.

"La Madone" cumule la plupart des caractéristiques constituant une icône gay, dont un désir de liberté, le sens du glamour, l'exubérance ou des formes d'androgynie. Reine de la provocation (masturbation feinte sur scène, etc), la star de la pop n'a aucun tabou dans ses chansons et évoque crûment aussi bien la sexualité que la religion ou la politique.

>> A voir: "La vraie histoire de Madonna" (2014), documentaire

Chantal Goya

Après une longue traversée du désert, la chanteuse a effectué son retour en 1996 sur la scène du Tango, une boîte de nuit parisienne qui accueille les Follivores, des soirées disco très prisées par la communauté gay. Le succès est immédiat pour l'interprète du "Lapin" qui enchaîne ensuite les spectacles.

Cinq ans plus tard, son rôle déjanté en tenue disco dans "Absolument fabuleux" assoit son nouveau statut d'icône gay. Incarnation d'une certaine forme de kitsch et de régression assumée, Chantal Goya et son destin tourmenté trouvent un réconfort neuf auprès d'une communauté décomplexée que les accents adulescents met en effervescence.

Chantal Goya sur scène durant l'un de ses spectacles peuplés d'animaux, en 1994. [Archives du 7eme Art / Photo12 - AFP]Chantal Goya sur scène durant l'un de ses spectacles peuplés d'animaux, en 1994. [Archives du 7eme Art / Photo12 - AFP]

George Michael

Figure aussi connue pour ses chansons languissantes que ses métamorphoses vestimentaires et capillaires, le chanteur britannique décédé le jour de Noël 2016 à l'âge de 53 ans s'est tardivement mué en icône gay. C'est surtout après son arrestation pour attentat à la pudeur en 1998, qui révèle enfin son homosexualité soupçonnée de long terme, que l'ex-chanteur de Wham! devient une référence pour la communauté gay.

>> A voir: le clip dansant de Wham!, "Wake me up before you go-go"

Jusque là, c'était plutôt pour ses pull roses, ses brushing de surfer, son oreille percée, son langoureux "Careless Whisper" puis son look d'aviateur que l'éphèbe George Michael brillait. Il avait surtout été le héros de la jeunesse de la génération du début des années 80 avant de se muer en star de la pop mondiale puis emblème de la communauté arc-en-ciel.

Mylène Farmer

>> A voir: le clip façon court-métrage de "Sans contrefaçon"

>> A voir: le clip de "Pourvu qu'elles soient douces"

Elle a fait du mal de vivre et des tendances suicidaires des thématiques récurrentes de ses chansons aussi stylisées qu'excessivement mises en scène. Figure à la fois forte et fragile, violente et enfantine, Mylène Farmer est aussi parvenue à savamment cultiver l'ambiguïté autour de ses préférences sexuelles. Autant d'éléments qui peuvent expliquer son statut de diva auprès de la communauté gay qui apprécie également ses talents de travestissement.

La chanteuse androgyne de "Pourvu qu'elles soient douces", où elle évoque des plaisirs sodomites, séduit définitivement la communauté gay avec des titres explicites comme "Libertine" et "Sans contrefaçon". Ce dernier y a particulièrement fait mouche avec des couplets tels que: "Tout seul dans mon placard/Les yeux cernés de noir/A l'abri des regards/Je défie le hasard" ou "Tour à tour on me chasse/De vos fréquentations", ainsi qu'un clip magistral évoquant l'exclusion.

Textes et réalisation web: Olivier Horner