Samson François, pianiste mythique

Portrait d'un artiste français qui appartient à la lignée des grands pianistes romantiques entrés de leur vivant dans la légende.

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Samson François (1924 – 1970), pianiste français mythique réputé pour la nature quasi improvisée de ses interprétations et sa quête d’émotion instantanée, a traversé la vie comme une étoile filante. Personnage hors norme, excessif, secret, tourmenté, tyrannique mais irrésistible, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier cet artiste exceptionnel, unique dans ses interprétations de Ravel, Debussy, Prokofiev ou encore Chopin.

>> A écouter une archive avec Samson François au micro de Pierre Hiegel. Il raconte sa passion pour Chopin.

Portrait de Frédéric Chopin.
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Quai des orfèvres - Publié le 09 janvier 2017

Samson François jouait dans l’instant, comme on improvise, et il ne jouait jamais la même œuvre deux fois à l’identique. Archétype de l’artiste romantique par excellence, il avait du génie au sens propre du terme. 

Enfance et études

Samson François est né le 18 mai 1924 à Francfort-sur-le-Main en Allemagne dans une famille française. La carrière instable de son père contraint la famille à beaucoup voyager. Ainsi le jeune Samson découvre-t-il avant la France des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la Yougoslavie, la Hongrie et l’Italie. Ses parents ne sont pas musiciens. Mais dès son plus jeune âge, Samson passe le plus clair de son temps au piano. Ses dons exceptionnels lui permettent de jouer un concerto de Mozart à l’âge de six ans sous la baguette de Pietro Mascagni. Au gré des nations et des villes, l’enfant change de professeurs et par conséquent de méthode.

En 1934, la famille s'installe à Nice, Samson âgé de 10 ans est admis au conservatoire de la ville. En quelques mois, il prend la tête de sa classe. Son professeur le présente alors à Alfred Cortot, qui fait une tournée d’hiver sur la Côte d’Azur. Cortot apprécie ce jeune talent et pressent qu’il y a là "des richesses en puissance, peut-être même un trésor, mais d’un seul bloc, une pépite encore dans sa gangue qui refuse de se laisser monnayer", peut-on lire sous la plume de Bernard Gavoty. Il convainc sa famille de monter à Paris et d’inscrire le jeune homme à l’Ecole normale de Musique.

Le pianiste Alfred Cortot (1877-1962).
Le pianiste Alfred Cortot (1877-1962). [ - Roger-Viollet/AFP]

Alfred Cortot confie son jeune élève aux bons soins d’Yvonne Lefébure qui le prépare à sa future carrière de concertiste. Il s’inscrit dans la tradition de l’école française de piano. Il privilégie volontiers la performance scénique et un travail libre mais profond sur la sonorité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Par les doigts s’échappe la musique. Ne jamais jouer pour bien jouer. Ne jamais chercher à réaliser une interprétation ou une performance technique, cela empêche de se mettre à l’écoute de ce que les sons nous disent."

Samson François

 

Technique et intuition

Héritier de la tradition française du piano, sa conception du clavier est à l’opposé de celles de pianistes postérieurs tels que Maurizio Pollini qui privilégient l’objectivité du texte, au détriment de la liberté d’interprétation. Samson François, au contraire, revendique clairement cette liberté d’interprétation.

Son jeu électrise les salles et enflamme la critique.

Tout en lui est charme et puissance. Ange et démon, tantôt il enchante par sa souplesse, sa légèreté aérienne, et tantôt il subjugue par sa force impérieuse. Il transfigure tout ce qu’il joue… Tout y est: l’abandon, la grâce, les sursauts félins, les tours de force accomplis comme en se jouant, la sonorité d’or et cette désinvolture dans le quasi improvisando qui nous fait croire un instant que l’art n’est pas si difficile après tout.

Presse

L’une des grandes forces de Samson François était également sa fabuleuse mémoire. Une fois qu’il s’était mis une œuvre dans les doigts, il l’y retrouvait aussitôt même sans l’avoir jouée depuis longtemps. "Les trous de mémoire ça n’existe pas" disait-il. "Ce sont des défaillances affectives".

Et comme il a dévoré des montagnes d’œuvres, il se trouve à 20 ans nanti d’un bagage considérable qui lui permet de faire face sans grand effort apparent à l’envol rapide de sa carrière. De là aussi lui est venue cette réputation de ne pas travailler. Mais tous ceux qui l’ont connu témoignent qu’il travaillait bien quatre heures par jour, avec une puissance de concentration telle qu’elles valaient bien le double.

 

 

 

 

 

 

 

 

"Je donne peut-être l’impression de la désinvolture, c’est fort possible. Ma vie est à moi et j’en use à ma guise. Mais dès qu’il s’agit de musique, je ne suis plus seul en cause et je reprends tout mon sérieux. Car je ne suis pas un pianiste de fantaisie, mais un artiste sincère"

Samson François

Répertoire romantique

Samson François était un maître du répertoire romantique. Parmi ses compositeurs de prédilection, Schumann, mais aussi Chopin dont il a enregistré l’œuvre intégrale, Mendelssohn ou Liszt. C’est d’ailleurs avec le premier concerto de Liszt qu’il donne son premier concert à la salle Pleyel au sortir de la Seconde guerre mondiale et commence sa carrière internationale.

Samson François se distingue rapidement des autres pianistes par ses interprétations souvent fantasques et rhapsodiques, portées par l’élan de l’improvisation. Il aime les œuvres fortes, porteuses d’images extra musicales. Alfred Cortot qui a été l’un de ses mentors à Paris avec Yvonne Lefébure et Marguerite Long, s’est très vite aperçu de l’impact des images sur l’imagination de son poulain et il s’est donc attaché à stimuler en son élève cet ardeur visionnaire, qui lui fera faire des prouesses étonnantes au piano.

Samson François au piano.
Louis Joyeux - Ina /AFP
Quai des orfèvres - Publié le 09 janvier 2017

Samson François s’est imposé comme un fabuleux interprète de Chopin. Il a enregistré entre 1959 et 1960 une intégrale des Nocturnes de Chopin absolument sublime qui a longtemps été saluée comme une version de référence.

 

 

 

 

 

"L’idéal dans Chopin, c’est d’improviser, c’est de retrouver les touches au fur et à mesure que la mélodie se présente à vous. Attendez-la !… Je ne marque jamais mes doigtés. Ça m’oblige à me concentrer davantage. Et puis évidemment, je change les doigtés en jouant."

Samson François

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vie privée

Chaque concert est une aventure dont je ne connais pas l'issue disait-il. Cette liberté, il la revendiquait également dans sa vie personnelle. Samson François est resté célèbre pour ses excès. Excessif, tourmenté, séducteur, généreux et cigale, il aime aller à la rencontre des hommes, de son public qui lui réserve d’ailleurs d’innombrables triomphes. Il brûle la chandelle par les deux bouts.

Victime de sa vie mouvementée, de sa fascination pour la mort qui le pousse à vivre intensément la nuit et expérimenter toutes les drogues, il fait un premier infarctus en 1968 sur scène. Il décédera deux ans plus tard le 22 octobre 1970, victime d’une crise cardiaque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Le travail est une inspiration. Je ne sais ce que vous appelez un travail ennuyeux: dès que je m'ennuie, je change d'occupation. On ne peut faire que ce qu'on aime. Tout est basé sur le plaisir."

Samson François

Artiste éminemment intuitif, il croit fondamentalement au frisson et à l’atmosphère du moment, ce qui rendait ses prestations totalement imprévisibles.

Il était capable du meilleur comme du pire et suscitait volontiers la controverse. Sa liberté de jeu pouvait aussi bien heurter la critique que l’enflammer. Son toucher était toujours très expressif et plein de poésie.

>>Ecoutez les 2 émissions de "Quai des Orfèves" consacrées à Samson François:

Le pianiste Samson François au Festival de Printemps de Prague en 1959.
Maximilien - Leemage/AFP
Quai des orfèvres - Publié le 09 janvier 2017

Le pianiste Samson François.
Gérard Landau - INA / AFP
Quai des orfèvres - Publié le 10 janvier 2017

 

Crédits

Textes: Catherine Buser

Réalisation web: Andréanne Quartier-la-Tente et Miruna Coca-Cozma