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"Distance", l'inespérée belle résurrection rock des Genevois Brazen

Le trio rock genevois Brazen. [DR - Aleksandr P. Thibaudeau]
"Distance", lʹinattendue et belle résurrection rock de Brazen / Vertigo / 8 min. / le 1 juillet 2024
Le trio genevois Brazen a publié "Distance" le 14 juin, un quatrième album inattendu après près de dix-huit ans de silence. Dans les années 2000, la formation avait été l’une des belles promesses suisses de la scène pop-rock et s'était produite en Europe aux côtés de Franz Ferdinand ou Nada Surf.

Un retour aussi inespéré qu’inattendu. Il y a une vingtaine d’années, Brazen avait réussi à briller et s’affirmer sur la scène indépendante avec un rock aux accents volontiers progressifs, mais qui n’oubliait jamais sa fibre pop mélodique. Les huit morceaux que comporte ce nouvel album baptisé "Distance" restent dans cette veine, avec plein de sinuosités et de mélodies à tiroir.

Si cette résurrection de Brazen constitue une magnifique surprise, le chanteur, guitariste et bassiste Thibault Schneeberger explique dans l'émission Vertigo du 1er juillet que le groupe n’était en réalité pas complètement en sommeil: "Plus qu'une résurrection, c'est l'aboutissement de nombreuses années où l'on a jamais complètement arrêté, même si on a travaillé à très basse intensité. Comme on a un batteur qui a quitté Genève pour aller en Suisse alémanique, puis à Londres et maintenant en Suède, on a travaillé de manière différente, chacun dans notre coin en s'envoyant des morceaux (....). Le processus a été long, une dizaine d'années en tout, mais plus méticuleux et confortable."

Avec son complice Robin Jossen aux guitares et Mark Blakebrough à la batterie, Thibault Schneeberger a donc patiemment échafaudé ce répertoire harmonique et mélodique, construit des morceaux qui allient des formes aérées et un propos grave parfois pour bâtir sans pression des chansons ambitieuses.

Quelques thématiques plus graves d'actualité

"Il n'y a pas eu de réflexion très intellectuelle ou d'idée maîtresse pour cet album. Pour une part des morceaux, c'est une continuité de notre travail passé avec peut-être moins de murs de guitares, plus d'acoustique, davantage de soins apportés aux mélodies ainsi que de mélanges entre guitares acoustiques et électriques tout en gardant une certaine énergie et vivacité. Et d'aboutir à des morceaux comportant une certaine narration", détaille Thibault Schneeberger.

Depuis le début des années 2000, le répertoire de Brazen aime aussi se faire l'écho des thématiques d'actualité. Actuellement coordinateur pour la Suisse romande d'Actif-TrafiC et militant aux convictions assez fortes, Thibault Schneeberger aborde ainsi sur "Arms of the Sea" les migrants naufragés en Méditerranée et la catastrophe écologique au fil de "Holocene Dies".

"Il n'y a pas de réflexion mûrie dans cette démarche, juste parfois des préoccupations qui s'imposent sur une mélodie, comme la déshumanisation générale actuelle, la montée des extrêmes droites ou la situation planétaire écologique. C'est important aussi en tant qu'artiste en 2024 de dire des choses sur la société et sur le monde", explique Thibault Schneeberger.

Le rock progressif que pratique Brazen, avec ses élans floydiens par moments, sied à merveille à cette forme de progressisme textuel qui s'achève d'ailleurs par un appel à un changement de modèle civilisationnel sur l'impétueux et puissant "Bizarre Tragic Hollow Times".

Olivier Horner

Brazen, "Distance" (Re-echo Records). Paru le 14 juin 2024.

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