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"Fortissima", une histoire de la musique par-delà les barrières de genre

La chanteuse Björk lors d'un concert à Vilnius en 2008. [Petras Malukas - AFP]
Musiciennes rebelles de Hildegarde de Bingen à Björk / Musique matin / 8 min. / le 14 juin 2022
Les compositrices font l’objet de plus en plus de publications qui tentent de compenser le défaut de visibilité dont souffre le répertoire composé par les femmes. A l'image du livre "Fortissima", écrit par la cheffe d’orchestre italienne Beatrice Venezi.

"Il n'y a pas de femmes compositrices!", proclamait un maestro britannique en 1920. Et Hildegarde de Bingen au Moyen Âge ou Maddalena Casulana à la Renaissance? Et Nannerl Mozart, Fanny Mendelssohn ou Clara Schumann?

Autant d'artistes venues peupler le livre de Beatrice Venezi, "Fortissima. Destins de musiciennes rebelles", récemment paru aux éditions Payot. La musicienne italienne, née en 1990, y brosse seize portraits de compositrices, interprètes, pédagogues et trace une histoire de la musique par-delà les préjugés et les barrières de genre.

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Portrait de la compositrice française Lili Boulanger (1893-1918). [Collection Roger-Viollet / Roger-Viollet - AFP]Portrait de la compositrice française Lili Boulanger (1893-1918). [Collection Roger-Viollet / Roger-Viollet - AFP]

L'égalité n'a rien d'évident

Après "Musiciennes de légende" de Marina Chiche paru en 2021 aux éditions First et "Mozart était une femme" d’Aliette de Laleu édité au printemps 2022 aux éditions Stock, "Fortissima" pourrait passer pour un livre de plus sur les femmes musiciennes et, d’une certaine façon, c’en est un. Et cela ne retire rien au fait qu’il n’y en aura jamais assez tant que l’égalité ne sera pas beaucoup plus évidente. Et à la différence des autrices françaises, Beatrice Venezi ne tient pas particulièrement à ce que l’on féminise le mot "chef d’orchestre".

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"Cela n'a pas été facile de me faire appeler 'maestro' ou 'directore' en italien, parce que l'environnement est toujours très masculin, explique à la RTS la jeune musicienne qui vit aujourd'hui à Lugano. Mais faire la différence du genre n'aide pas l'égalité dans notre métier".

En italien, 'maestra' est le nom de la maîtresse d'école, c'est un métier complètement différent. Le titre académique est seulement 'maestro'.

Beatrice Venezi, musicienne et cheffe d'orchestre

Des différences entre cultures

En Arménie, Beatrice Venezi a été la première femme à monter sur une estrade de chef. Au Japon, elle a été la première à jouer dans une tenue féminine. Et si elle constate des différences d’attitude d’un pays à l’autre, cela vaut même à l’échelle de l’ouest de l’Europe.

"Même entre l'Italie et la France, il y a beaucoup de différence. En France, la question est d'abord de savoir si l'on est un bon chef d'orchestre. Et après, si l'on est une femme. En Italie, c'est le contraire. On est d'abord une femme et on doit démontrer que l'on est un bon chef", déplore Beatrice Venezi.

Dans son livre "Fortissima", l'auteure éclate les frontières chronologiques, en présentant des compositrices qui vont de Hildegarde de Bingen à Sofia Gubaidulina, qui exerçait dans l’URSS du XXe siècle. Mais elle dépasse aussi les frontières des genres musicaux, en allant jusqu’à la chanteuse islandaise Björk.

Sujet radio: David Christoffel

Adaptation web: mh

Beatrice Venezi, "Fortissima. Destins de musiciennes rebelles", éditions Payot.

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