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"Tambour vision", le synthétisme pop et poétique de Bertrand Belin

Le chanteur et écrivain français Bertrand Belin.  [Bastien Burger  - Cinq7]
L’invité du 12h30 - Bertrand Belin présente son nouvel album "Tambour Vision" / Le 12h30 / 10 min. / le 4 mai 2022
Le chanteur français Bertrand Belin publie "Tambour vision". Un septième album pop où les synthétiseurs et boîtes à rythmes accompagnent des textes au sein desquels l'économie de mots poétiques continue de prédominer pour interroger le monde et les aléas de l'existence.

Depuis dix-sept ans déjà, Bertand Belin est un chanteur de peu de mots. Le Breton amarré à Paris, féru de littérature et poésie (Philippe Jacottet, Francis Ponge, Henri Michaux ou Kazuo Ishiguro), poursuit ainsi une quête d'épures textuelles. Son septième album, "Tambour vision", ne déroge pas à la règle sans omettre pour autant le sens, interroger la façon d'être au monde et les aléas de l'existence.

"Je n'ai pas de passion pour les tambours mais 'tambour', mot simple, incarne à la fois la musique militaire, la danse, la fête. Il recouvre des situations variées, voire opposées. Il me rappelle le plaisir de la découverte des mots du vocabulaire lorsque j'étais enfant", indique à la RTS Bertrand Belin à propos du titre percussif de son disque.

"J'écris des textes assez clairsemés"

En onze nouvelles chansons pop où synthétiseurs, boîtes à rythmes et mellotron ont pris le pas sur les guitares habituelles, Bertrand Belin évoque l'ordre des choses, la révolte, la soumission, le sexisme, l'amour, le déterminisme social, le doute avec une économie de vocabulaire remarquable. Une sobriété qu'il explique en ces termes: "C'est vrai que je me satisfais rapidement des forces en présence dès lors que je mets quelques accords, une harmonie, un rythme, un peu de mélodies... Et j'écris des textes assez clairsemés qui sont mon empreinte, ma façon de m'exprimer en chanson".

Dans la chanson "Que dalle tout", il chante "Je viens d'une longue lignée d'ivrognes, trouble-fête, gâcheurs de noce, épouvantails d’abribus, maîtres de chien, desquels j’ai hérité, de tout, et de rien", où il ne parle pas de lui mais évoque en réalité le conditionnement social, l'héritage de l'ascendance. "Ce sont des situations générales, le fait de vivre avec des fantômes et une ribambelle d'ancêtres. J'ai grandi dans un milieu où l'ivrognerie était une aristocratie. Et c'est intéressant de voir avec le temps qu'il y a des choses perçues comme des folklores alors qu'en réalité ce sont des marqueurs de situations sociales fragiles".

>> A voir, le clip de "Que dalle tout":

Groove rentré

Un titre up tempo aussi hypnotique que mécanique que Belin accompagne d'autres morceaux pleins de groove électronique rentré. A l'image de "Carnaval" dans lequel le chanteur qui s'est aussi distingué comme acteur chez les frères Larrieu ("Tralala") ou Dominique Choisy ("Ma vie avec James Dean") et comme romancier décèle "l'envers de l'homme". Ailleurs, il est aussi question de masque dans "La comédie", de tête dans "T'as vu sa figure" ou de mort dans le formidable "Alleluia" dont la dimension liturgique passe autant par l'Angélus que le phallus...

En équilibre entre hyperréalisme, surréalisme et absurde parfois, le crooner lettré à la voix basse cite ainsi au passage, l'air de rien, Samuel Beckett ("En attendant Godot") et prend le contrepied de René Magritte ("Ceci est une pipe") dans une même chanson baptisée "Pipe". Il chérit aussi les répétitions, à l'image de "National" qui s'offre des variations sur un même thème lexical (fête nationale, journal national, figure nationale, échelle nationale, intérêt national, effort national, hommage national, deuil national...).

Dans l'éventail de sons, de sens, de doutes et pulsations vitales qui apparaissent dans ce "Tambour vision" enregistré dans le home studio de Belin en banlieue parisienne et produit par Renaud Letang, les mots comme les motifs rythmiques sont d'une précision chirurgicale qui ont pourtant des vertus chaleureuses.

Propos recueillis par: Yves Zahno

Adaptation web: Olivier Horner

Bertrand Belin, "Tambour vision" (Cinq7/Wagram Music).

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