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Lil Nas X, l'émancipation transgressive d'une nouvelle star de la pop

Le chanteur et rappeur américain Lil Nas X sur la scène des MTV Video Music Awards à New York, le 12 septembre 2021. [ANGELA WEISS  - AFP]
Le chanteur et rappeur américain Lil Nas X sur la scène des MTV Video Music Awards à New York, le 12 septembre 2021. [ANGELA WEISS - AFP]
Le jeune chanteur-rappeur de 22 ans vient de sortir son premier album, "Montero". Il y réaffirme son homosexualité et pourfend le racisme à coup de textes et clips sulfureux qui choquent l'Amérique puritaine, mais en font une nouvelle star aussi anti-conformiste que marketée de la pop.

Lors de la dernière cérémonie des MTV Video Music Awards mi-septembre, Lil Nas X a remporté le prix le plus important de la soirée, celui de la vidéo de l'année, pour "Montero (Call Me by Your Name)", après une performance sensuelle. Moins d'une semaine avant la sortie de son premier album éponyme annoncé sur Instagram avec des autoportraits où il se représentait enceint, le jeune chanteur américain de 22 ans a marqué à nouveau les esprits.

"Merci à l'agenda gay!", a-t-il alors déclaré, après avoir déjà emballé les réseaux en dissertant en ligne avec un gouverneur américain qui s'était insurgé contre le clip lascif dans lequel l'artiste fait une lap dance sur les genoux du diable.

Montero Lamar Hill pour l'état civil, né à Atlanta et habité à dynamiter le puritanisme des Etats-Unis, fait désormais partie des superstars des musiques urbaines. Après avoir été révélé par son tube "Old Town Road", mariage sidérant de hip-hop, de country, de rock et de pop dans un décorum de Far West aussi romanesque qu'en proie à la ségrégation entre Noirs et Blancs, devenu depuis peu le titre le plus vendu de l'histoire de la musique en partie grâce à la caisse de résonance du réseau social TikTok, le chanteur-rappeur n'en finit plus d'affirmer son insolent talent.

>> A voir, le clip de "Montero (Call Me by Your Name)":

Manifeste queer

Tutoyant les cimes tout en déclenchant les polémiques, Lil Nas X réussit à asseoir à travers "Montero" un manifeste queer qui ferait presque oublier la tenue de cow-boy qu'arborait le jeune musicien afro-américain gay dans le clip de son succès planétaire liminaire. Une provocation pour le milieu blanc et ultra-conservateur de la country qui a participé à l'intronisation éclair d'un Lil Nas X qui a depuis fait son coming out.

Pourtant, aucun scandale artistique n'est à débusquer dans ses quinze nouveaux morceaux sensibles où apparaissent aussi des invités de marque comme Elton John ou Miley Cyrus. Le répertoire très pop de "Montero" n'a rien à envier à celui de ses aînés Drake et Kanye West dévoilés deux semaines plus tôt. Sauf que Lil Nas X affirme son inclination à se montrer bien davantage chanteur (sublimes "Tales of Dominica" ou "Sun Goes Down") que rappeur, sans abus d'autotune..

Sexualité et kitsch assumés

Brassant les esthétiques de la folk au trap, assumant tant sa sexualité que ses élans kitschissimes, c'est désormais surtout dans ses visuels qu'il se montre provocateur et sulfureux. A l'image de ceux accompagnant "Montero", où une prison dominée par la couleur rose devient par exemple le temple de la débauche avec des détenus dansants en tenue d'Adam ("Industry Baby") et un vestiaire masculin de football américain (avec des joueurs aux maillots roses évidemment) devient le théâtre d'ébats très torrides ("Thats What I Want").

>> A voir, le clip de "Thats What I Want:

Autant d'érotisations à outrance ou outrancières, c'est selon, que chérit plus que jamais Lil Nas X, malgré les injures homophobes et racistes dont il est continuellement victime. Une fierté qu'il va jusqu'en revendiquant être un "power bottom", soit le concept désignant dans la sexualité gay le fait de prendre le pouvoir tout en étant pénétré... Des actes aussi frondeurs que transgressifs qui lui ont permis d'être propulsé nouvelle idole de la jeune communauté LGBT+. Lil Nas X incarne en tout cas une émancipation artistique et des moeurs des plus anti-conformistes qu'une certaine science du marketing ont su métamorphoser en or.

Olivier Horner avec afp

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