Photo promotionnelle de 1966 du groupe américain The Doors avec, de gauche à droite, John Densmore, Robby Krieger, Ray Manzarek et Jim Morrison. [Elektra Records - DR]
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Jim Morrison, les cinquante ans de la mort d'un mythe du rock

>> Le chanteur et musicien américain Jim Morrison est décédé à Paris il y a cinquante ans, le 3 juillet 1971. Il est désormais l'un des célèbres locataires du cimetière du Père Lachaise.

>> Porte-voix magnétique de The Doors et icône sexuelle, il a été retrouvé mort dans une baignoire, aux numéros 17 à 19 de la Rue Beautreillis, dans le 4e arrondissement parisien.

>> Sa disparition sonne alors comme l’ultime coup de glas du flower power, après les décès successifs du guitariste Jimi Hendrix, de la chanteuse Janis Joplin et de Brian Jones, l'ex-guitariste des Rolling Stones. Tous font tristement ainsi partie du fameux club des disparus de l'histoire du rock à l'âge de 27 ans.

>> Aujourd'hui, l'image du charismatique Jim Morrison continue de hanter les nuits et les jours de la pop culture. Retour sur un mythe rock'n'roll célébré ces jours par des documentaires, albums et même une pièce de théâtre.

>> The Doors figure au rang des plus populaires et influentes formations de l'histoire du rock. Leur style entre blues et envolées lyriques, incluant une passade avec le psychédélisme ambiant, séduit toujours.

Sujet radio: Ellen Ichters

Adaptation web: Olivier Horner

Décès de Jim Morrison à l'âge de 27 ans

3 juillet 1971, 6h du matin. Jim Morrison, iconique chanteur de The Doors est retrouvé mort dans une baignoire au coeur d'un appartement du 4e arrondissement de Paris. Il avait rejoint sa compagne Pamela Courson dans le quartier du Marais quelques mois plus tôt. Il n’y aura jamais d’autopsie puisqu'à cette époque, en France, il n'y avait pas d'obligation légale en la matière. Une version officielle que contredit toutefois depuis quelques années le journaliste et écrivain Sam Bernett. Il affirme dans ses livres que l'icône rock a fait une overdose dans les toilettes d'une boîte de nuit parisienne, le Rock'n'Roll Circus, dont Morrison était le gérant.

>> A écouter, un sujet du 12h30 sur les cinquante ans de sa mort:

 

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Jim Morrison est décédé il y a 50 ans / Le 12h30 / 1 min. / le 3 juillet 2021

Sa disparition sonne en tout cas à l'époque comme l’ultime coup de glas du flower power, avec les décès successifs de plusieurs figures du rock. En septembre 1970, neuf mois plus tôt, Jimi Hendrix a quitté la partie, étouffé dans son vomi après la prise de barbituriques. Le 4 octobre 1970, Janis Joplin est retrouvée morte dans sa chambre dans des circonstances qui font encore débat. Plus d'un an avant, le 3 juillet 1969, Brian Jones, ex-guitariste des Rolling Stones, était pour sa part retrouvé mort au fond de sa piscine, les poumons pleins d’eau et le foie chargé de substances chimiques illicites. Tous font partie du tristement fameux Club des 27, ces disparus de l'histoire du rock à l'âge de 27 ans.

Ces trois morts rapprochées vont susciter nombre de réflexions et de suppositions. Et c’est avec la mort de Jim Morrison que va émerger pour la première fois le concept du Club des 27. Et si le métier de musicien était maudit, si il était plus dangereux que les autres ?

Mais pour l’heure, en 1971, au moment du décès de Jim Morrison, cette notion de club reste vague et l'intérêt se porte plutôt sur les théories du complot. Morrison aurait orchestré sa mort ou aurait été victime, comme Hendrix, Joplin ou Jones, d’un sinistre projet secret visant à éliminer les icônes du rock’n’roll un peu trop influentes.

Une lucrative carrière posthume

Si la disparition de Jim Morrison marque la fin d’une période, elle signe par ailleurs le début d’une carrière posthume très lucrative. Au milieu des années 2010, les revenus annuels générés par les Doors ont été estimés à quelque trois millions de dollars, alors qu'au milieu des années 1960, personne n’aurait osé avancer un tel chiffre.

Au moment où les Doors se forment, ils sont perçus comme les rigolos de service. 
En Californie, la musique est en pleine effervescence grâce notamment au LSD, propagé à haute dose dans les milieux artistiques. San Francisco est alors la ville préférée des critiques musicaux, en raison du brio de groupes comme Jefferson Airplane ou The Grateful Dead.

A Los Angeles, la musique se vit plutôt sur le Sunset Strip. Et dans les clubs comme le Whisky A Gogo ou le Viper Room, les groupes se battent pour jouer, de Frank Zappa à Led Zeppelin en passant par The Byrds.

A la sortie de leur premier album éponyme en 1967, les Doors sonnent différemment grâce à une sorte de mélange entre rock garage et poésie béate, estime l’auteur Barney Hoskins. Mais ils sont considérés comme totalement ringards et le grand producteur Lou Adler va jusqu'à dire qu’il n’y a rien à récupérer dans cette musique.

>> A voir, "Break On Through" en live:

Malgré tout, la collaboration entre Jim Morrison et Ray Manzarek, futur clavier des Doors, est solide. Après avoir écumé les scènes des bars les plus pourris du Sunset Strip, les Doors sont quand même parvenus à peaufiner un show et ont très laborieusement réussi à séduire les critiques qui pensaient que Morrison n’était qu’une "version merdique de Mick Jagger". Pour marquer le coup, Morrison se fait tailler un costume de cuir sur mesure, prêt à incarner son personnage.

Le mythe rock'n'roll

Jim Morrison est le client idéal pour entrer dans la mythologie du rock. Enfant surdoué et incompris, il avait déjà englouti la moitié des livres de la bibliothèque de son école à l’adolescence, plus particulièrement ceux du rayon ésotérisme et démonologie.

Morrison est indubitablement un homme qui sait manipuler et dire les mots. Ce don, alimenté par quelques buvards de LSD et dopé par son physique d’Apollon, va d’une certaine manière lui ouvrir les portes de l’immortalité. Avec les services des journalistes aussi, que le chanteur savait très bien utiliser.

A l'évocation de son nom, les images qui viennent souvent en tête sont celles d'une séance de photos en noir et blanc de 1967 prises par Joel Brodsky, baptisées "The Young Lion Photoshoot". Jim pose nu et nous fixe, le regard ailleurs car il était saoul. Il a l’air de venir d’un autre monde et semble prêt à nous faire entrer dans la part la plus obscure de Los Angeles dans une danse chamanique. Mais peu importe, l’effet recherché est atteint: ces photos vont illustrer plusieurs albums des Doors et devenir iconiques.

Photographie de Jim Morrison prise par la police de Miami le 20 septembre 1970 pour " comportement indécent", "nudité publique", "outrage aux bonnes mœurs" et "ivresse publique". [Dade County Public Safety Department - DR]Photographie de Jim Morrison prise par la police de Miami le 20 septembre 1970 pour " comportement indécent", "nudité publique", "outrage aux bonnes mœurs" et "ivresse publique". [Dade County Public Safety Department - DR]

L’alcool, c’était un peu le meilleur compagnon de route de Jim Morrison. Il arrivait ivre sur scène et aux enregistrements, ses excès devenant peu à peu le centre de l’attention. Pendant la session d'enregistrement de "The End" par exemple, il balance un poste de télé par la fenêtre et arrose intégralement le studio avec la mousse d’un extincteur d’incendie.

Certains ont toutefois estimé que Morrison jouait un personnage, voulait simplement se créer une image, celle d'un "Roi Lézard" adepte des outrages scéniques, des roulades par terre, des provocations d'émeutes, des confrontations avec la police. Reste que tout cela ne l'a pas empêché de véritablement sombrer dans l’alcoolisme. Une addiction qui va le mener tout droit à ce fameux voyage à Paris.

>> A écouter, un épisode de l'émission Spectrum consacrée à Jim Morrison:

Logo Spectrum, l'émission [RTS]RTS
Spectrum / Le Freak ! / 12 min. / le 24 juin 2021

De "L.A. Woman" à Paris via le cinéma

La fin des sixties est très incertaine pour les Doors. Jim Morrison, visiblement dépité par l’échec du flower power, se réfugie dans l’alcool, au point que les membres du groupe doivent engager quelqu’un pour le surveiller. Visiblement, celui qu’on va surnommer Jimbo n’a plus aucun intérêt pour la musique, qui n’est désormais plus qu’une activité lucrative.

Autant la décennie qui se ferme s'est révélée catastrophique, autant celle qui s’ouvre s'avère prometteuse. Car en 1970, Morrison reprend du poil de la bête et a plein de projets: une adaptation d’un roman au cinéma, la publication de poèmes et l’enregistrement d’un album, "L.A. Woman", qui sera considéré par la critique comme le meilleur album des Doors.

C’est donc un Jim Morrison apaisé qui s’installe à Paris en 1971, avec Pamela Courson: on voyage, on s’aime, on en profite pour arrêter de trop boire, et perdre quelques kilos. Mais voilà, le 3 juillet, cette nouvelle vie prend fin. Les zones de flou qui entourent le décès de Jim Morrison participent à la création d'une mythologie rock, alimentée encore par le cinéma.

En 1979, Francis Ford Coppola utilise "The End" comme bande sonore de son film "Apocalypse Now", et permet au groupe de revenir sur le devant de la scène et sur les radios. Les ventes de la discographie des Doors doublent en une année. Dans les années 1980, Jim Morrison devient le poète maudit de toute une génération.

Dans les années 1990, Oliver Stone réalise quant à lui "The Doors", un biopic approximatif mais marquant qui relance encore les ventes du groupe. Et finira d'inscrire le visage de Jim Morrison parmi les membres légendaires du Club des 27 désormais complété par la mort de Kurt Cobain, le leader de Nirvana.

Des documentaires pour asseoir le mythe

La vie des Doors aura été capturée dans plusieurs documentaires, dont les marquants "Feast of Friends" de Paul Ferrara en 1968 et "When You're Strange" de Tom DiCillo en 2010.

Devant la caméra de Paul Ferrara, ami du groupe, la vie en studio des Américains se dévoile dans ce qu’elle a de plus intime et de passionnant. Film expérimental mythique, il est tourné quand le groupe enregistre son troisième album studio, "Waiting For the Sun". Il est devenu une véritable banque d’images des Doors.

Dans "When You're Strange", Tom DiCillo nous plonge dans l’Amérique des années 1960 et n’utilise que des images d’archives dans un récit historiquement rigoureux porté par la voix de Johnny Depp. Avec, au coeur du film, l'ascension et la chute du charismatique Jim Morrison.

Y apparaissent aussi des séquences d'un film expérimental tourné par Jim Morrison dans les années 1970 avec des amis. Ex-étudiant, le chanteur a laissé quarante-cinq minutes de film où on le voit traverser le désert en voiture décapotable, des images qui constituent le fil rouge du documentaire.

La pièce de théâtre "Morrisonʹs Blues"

Au Théâtricul de Chêne-Bourg (GE), le metteur en scène Dominique Ziegler rend hommage à la mythique voix des Doors avec sa pièce "Morrisonʹs Blues".

La création dʹun fan qui ne néglige pas les ombres et incohérences de ce mythe du rock.

>> A écouter, le sujet sur le spectacle diffusé dans "Vertigo":

L'affiche du spectacle "Morrison's Blues" de Dominique Ziegler. [DR]DR
Morrisonʹs Blues / Vertigo / 8 min. / le 28 juin 2021