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Le rock rageur d’Impure Wilhelmina propose un antidote à l’apathie

Le groupe genevois Impure Wilhelmina. [Mehdi Benkler]
Impure Wilhelmina, puissante antidote sonore à lʹapathie / Vertigo / 9 min. / le 25 mai 2021
Le groupe de metal genevois fête cette année ses vingt-cinq ans d’existence. Un anniversaire que la formation célèbre en sortant un nouvel album baptisé "Antidote". Comme à son habitude, Impure Wilhelmina y sonde les zones sombres de l’âme humaine.

Le nom même du groupe annonce la couleur, noire et rouge, comme la couverture de l’album. Wilhelmina est l'un des personnages marquants de Dracula, le roman culte de Bram Stoker. Femme naïve et soumise au début du récit, elle devient une héroïne combattant grâce à son intuition féminine le mal incarné par le vampire.

La musique du quatuor a le même charme sombre et caverneux que cet écrit culte. Elle tend à hypnotiser l’auditeur dans ses riffs amples et répétitifs, à l’entraîner dans sa cavalcade de guitares acérées.

Impure Wilhelmina est un formation de metal atypique, sa lave sonore mêlant autant des éléments de post-rock, de grunge et de math rock que de metal. Les Genevois ont débuté leur carrière au milieu des années 1990, en même temps que Knut ou Nostromo, deux autres formations majeures du genre en Suisse romande qui, comme Impure Wilhelmina, échappent aux classifications.

Michael Schindl, chanteur d'Impure Wilhelmina, revient sur les débuts du projet. "J’étais entre deux mondes, d'un côté le grunge qui explosait alors, et le metal que j’ai écouté dès mon adolescence dans les années 1980. L’envie de jouer est venue naturellement, en écoutant des groupes comme Black Sabbath ou du doom (metal plus lent et lourd). Ces groupes moins techniques nous ont laissé penser qu'on pouvait faire comme eux."

>> A voir, le clip de "Midlife Hollow":

Trop métal pour le public rock, trop hardcore pour les amateurs de métal

Dès ses premiers enregistrements, Impure Wilhelmina affirme une personnalité sonore propre, reflétant les goûts musicaux éclectiques de ses membres. Le groupe s'avère trop metal pour le public rock, trop hardcore ou post-rock pour les amateurs de metal. Au fil des albums, Impure Wilhelmina a fait de cette situation apparemment inconfortable un atout et s’est ainsi offert une liberté artistique évidente.

Cette approche très personnelle a conquis au fil des albums un public toujours plus fidèle. Dans l’aventure, Impure Wilhelmina a pu s’associer à Season of Mist, un label de renom franco-américain spécialisé dans les musiques de l’extrême metal et gothiques. Leur nouvel album "Antidote" s'aventure toujours plus vers des zones frontières entre les genres musicaux. Certains titres très instrumentaux flirtent avec le rock cathédrale de groupes tels que Mogwai, d’autres avec du hardcore lunaire ou le doom metal le plus obscur.

"On essaie de soigner les structures des morceaux"

Michael Schindl, Impure Wilhelmina

Ce qui frappe dans cet album, c’est la qualité des compositions, la précision des schémas, le travail sur la répétition. Michael Schindl n’est pas professeur de mathématiques pour rien, lui qui écrit l’essentiel des titres: "on essaie de soigner les structures des morceaux, de varier les modes, tout en restant dans les formules de la pop en fait. On n’est pas un groupe expérimental, mais la construction des morceaux nous tient à cœur."

Comme la très grande majorité des musiciens suisses, les membres de Impure Wilhelmina exercent tous une profession en dehors de leur implication dans le groupe. Mario Togni, batteur d’Impure Wilhelmina, explique: "le marché musical a beaucoup évolué ces dernières décennies, il s’est fragilisé. Si notre label actuel nous a apporté beaucoup de visibilité et de crédibilité auprès d’une scène, il faut bien dire que cela n’a pas changé notre quotidien. On a tous des boulots pour vivre et c’est bien comme cela. On y trouve notre équilibre."

Michel Masserey/ms

Impure Wilhelmina, "Antidote" (Season of Mist).

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