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Omar Khorshid, le pharaon de la guitare électrique égyptienne

Le musicien égyptien Omar Khorshid. [AFP]
Omar Khorshid, pharaon de la guitare électrique / L'écho des pavanes / 11 min. / le 16 avril 2021
Le label WeWantSounds réédite un album mythique, "With Love" d'Omar Khorshid. Sa guitare a accompagné les plus grandes voix de la musique arabe. L'Egyptien a même joué à la Maison Blanche. Portrait d'un génie de la six cordes entre musique arabe et pop psychédélique.

Nous sommes au début des années 1970 et la musique orientale vit un tournant. Les orchestres des divas égyptiennes ou libanaises deviennent énormes. Une seule chanson emplit un 33 tours entier et les arrangements se transforment en véritables concertos. Pauvre joueur de luth face à ces déferlantes de violons et ces mélopées de plus en plus luxuriantes signées Mohamed Abdelwahab ou Baligh Hamdi. C'est dans ce contexte qu'apparaît un jeune surdoué de la six cordes, Omar Khorshid.

>> A voir, une vidéo d'Omar Khorshid (dans un décor de carton-pâte):

Des Petits Chats de boîte de nuit

Omar Khorshid s'est assoupli les doigts dans un conservatoire grec du Caire, faute de pouvoir apprendre la guitare dans une école égyptienne où cet objet barbare ne fait alors pas partie du programme. En 1966, ce guitariste épris de pop et de yé-yé français rejoint le groupe Les Petits Chats (en français s'il vous plaît). Les matous hantent les boîtes de nuit, reprenant les tubes du moment, Shadows ou Beatles. C'est de là que vient son style de guitare si particulier: un son empli d'écho et de réverbération entre psychédélisme, instrumentaux surf et musique orientale.

Le chanteur Abdelhalim Hafez – le Sinatra de la musique égyptienne – repère Khorshid et l'engage dans son orchestre oriental. Ce qui ne va pas sans heurts. Les plus conservateurs protestent et les autres musiciens n'apprécient guère ce gominé qui joue plus fort que tout le monde. A cette époque, la mode est aux sonorités occidentales. Debussy ou Michel Legrand pour les cordes, Ennio Morricone pour la guitare. Une Fender Stratocaster au sud de la Méditerranée? C'est un juste retour de balancier. Tube américain énorme des années 1960, l'instrumental "Misirlou" (oui, celui qu'on entend dans le film "Pulp Fiction") pompait sans vergogne les musiques greco-léventines.

>> A écouter, "Ahwak" de Omar Khorshid:

Un Egyptien à la Maison Blanche

Gueule d'ange, sourire de playboy, Omar Khorshid a su jouer la carte du cinéma, tournant au Liban, en Syrie et en Egypte. Partageant le haut de l'affiche, notamment avec Sabah, la chanteuse libanaise aux 1001 maris. Il a beau être resté muet sur ses disques, Omar Khorshid a du tout de même s'éloigner du Caire pour des motifs politiques lors des années qui ont suivi le décès du président Nasser. Revenu en grâce, il a été invité à la Maison Blanche par le président Anouar El-Sadate qui venait de signer les accords de paix avec Israël à Camp David. Nous sommes alors en 1979 et la légende veut que Jimmy Carter ait demandé à Omar Khorshid ses plans de guitare.

>> A voir, Omar Khorshid en 1972:

Une guitare modifiée aux quarts de ton

Comment jouer de la musique orientale avec un instrument formaté pour le rock'n'roll? La gamme occidentale connaît les tons et demi-tons alors que la gamme orientale grimpe à coup de quarts de ton. Khorshid aurait modifié les cases de son manche de guitare… Pas évident à vérifier sur ses photos de scène ou les nombreux clips disponibles sur Youtube. Sur la pochette de "With love", Khorshid arbore même une guitare Vox douze cordes que n'aurait pas reniée Brian Jones des Rolling Stones.

Dans une captation de concert avec Oum Kalsoum, un jeune Omar Khorshid transi par la présence de l'ombrageuse diva, adapte la hauteur de ses notes avec le vibrato de sa Stratocaster. Manière d'attraper ces fameux quarts de ton et suivre les subtilités des mélismes…

>> Omar Khorshid avec Oum Kalsoum:

Mort comme un rocker

Omar Khorshid est mort comme un rocker. Tué à 36 ans dans un accident de voiture. Il aimait le monde de la nuit, les voitures de sport, la vitesse. A peine revenu d'une tournée australienne, il a heurté un lampadaire sur l'interminable boulevard El Haram qui relie les pyramides au centre du Caire. Son épouse survit, lui pas, éjecté de sa voiture et décédé sur le coup.

Comme il était une idole, son décès s'entoure aussitôt de mystère. Certains prétendent qu'il aurait été assassiné. Pourquoi? Par qui? Personne n'avance d'hypothèses et la rumeur se poursuit encore de nos jours sur le web.

Aujourd'hui, le répertoire du guitariste est devenu culte en Orient comme en Occident. Le label américain Sublime Frequencies a publié un live de ses ultimes concerts australiens de 1981. Ses albums libanais de bellydance ou d'hommage à Oum Kalsoum et Farid El Atrache se voient réédités en vinyle et "With Love" est la dernière pierre apportée à la pyramide musicale du pharaon de la guitare égyptienne.

Thierry Sartoretti/mh

Omar Khorshid, With Love, label WeWantSounds

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