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Le réalisme électronique militant de la chanteuse française Suzane

La chanteuse française Suzane. [JOEL SAGET - AFP]
L'invitée : Suzane, "électro française nommée aux Victoires de la musique" / Vertigo / 20 min. / le 17 février 2021
A l’occasion de la sortie de "Toï Toï II", nouvelle version de son premier album augmenté de cinq chansons inédites, la chanteuse française "électro-réaliste" Suzane revient sur son parcours singulier.

Nous sommes le 6 avril 2016, il est 13h30. A Paris, au Café du Temple, Océane Colom s'apprête à devenir Suzane. Face à elle, Chad Boccara, son futur manager. Il s’étonne de sa jeunesse, lui qui croyait "avoir affaire à une dame, avec ce qu’il appelle ma voix 'à l’ancienne'. On communiquait par messages et on ne s’était jamais vus!".

Il lui explique l'effet sushi qu’il a ressenti à l’écoute de ses chansons: "la première fois, c’est particulier, la deuxième fois, j’étais encore intrigué et la troisième, j’étais accro". En trois ans, ils vont gravir petit à petit l’échelle du succès, jusqu'à faire d’elle l’artiste la plus programmée en festival, consacrée "Révélation scène" aux Victoires de la Musique 2020.

Désormais rousse, à la coupe au carré, habillée d’une combinaison bleue, Suzane est devenue une guerrière "en tenue de combat. Au moment où je ferme ce dernier bouton, je suis prête à affronter le public, que ce soit 500 personnes ou 30'000, ça fait flipper. Une manière de combattre mes angoisses et mon trac. C’est mon bleu de travail. Avant j’étais dans des jobs avec des petites tenues et mon nom sur une étiquette, j’avais envie de me sentir libre avec ma combi!".

>> A écouter également, l'interview de Suzane dans le "12h30":

La chanteuse française Suzane. [JOEL SAGET - AFP]JOEL SAGET - AFP
L’invitée du 12h30 - Suzane, auteure-compositrice-interprète française / Le 12h30 / 9 min. / le 17 février 2021

La si humiliante "pesée du mercredi"

Ces petits jobs succèdent au départ du conservatoire de danse. Un départ brutal, causé par la mort en plein cours d’un ami. Les années passent mais le traumatisme est toujours présent. Suzane évoque également la "pesée du mercredi", ce moment "humiliant, 40 filles alignées et qui passent chacune leur tour sur la balance, devant tout le monde, pour vérifier qu’elles n’ont pas pris quelques grammes".

Le rêve de ballerine s'envole mais le désir de scène et de chanson est de plus en plus présent avec les années. Elle raconte: "J’étais serveuse dans ce restaurant, Elvis passait sur les écrans toute la journée. Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de pression, j’avais mes hamburgers dans les mains, j’ai regardé ces télés et je me suis demandé ce que je faisais là, et pourquoi je ne me battais pas pour faire ce que j’aime!".

Une démission plus tard, la voici en route pour Paris avec un aller simple, enchaînant les petits boulots mais écrivant à chaque instant de liberté quelques lignes, quelques phrases. "J’avais l’impression d’être une éponge, je ressentais une urgence à raconter. Et donc j’ai commencé à écrire, entre un cabillaud et un faux-filet, au coin du bar".

J’ai toujours voulu faire ce métier pour monter sur scène.

Suzane

Impressionnante présence physique

Le lieu de tous les possible, les planches sur lesquelles elle explose. Une présence physique détonante qu'elle doit à ses années de danse classique - le pied monte très haut! – et à la pulsation de sa musique électro. Chorégraphiée par Nicolas Huchard, que l’on a pu voir avec Madonna ou Angèle, Suzane serait-elle plus proche de la danse contemporaine que de la "dance mondialisée" calibrée pour les clips? "Absolument, la danse est mon premier amour, mon corps, le premier instrument. Je ne fais pas tout le temps de la danse ultra-millimétrée, j’aime aussi improviser sur scène et être dans ce lâcher prise, que le public se dise que si je suis dingue, il peut l’être aussi!".

Et que lui reste-t-il de cette école "psycho-rigide" de la danse classique? "J’y ai appris la rigueur et le respect de la scène. Il faut le mériter! Je fais un peu la police avec mes équipes qui n’ont pas le droit de fumer sur scène, par exemple. La scène est un endroit magique et sacré!".

>> A voir, Suzane, "Il est où le SAV?":

Son récent album "Toï Toï II" rassemble les chansons phares de l’artiste ("La flemme", "Ptit gars", "Il est où le SAV?") ainsi que cinq titres inédits, dont un duo avec Grand Corps Malade. Toujours dans cette veine électro-réaliste, ces textes directs et militants qui sont la marque de fabrique de Suzane.

Pierre Philippe Cadert/mh

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