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Le Norient Film Festival ausculte le monde à travers le son

Une scène du documentaire "Don't Rush" d’Elise Florenty et Marcel Türkowsky. [Norient Film Festival - DR]
Une scène du documentaire "Don't Rush" d’Elise Florenty et Marcel Türkowsky. [Norient Film Festival - DR]
Evénement biennal axé sur la musique et le son, le Norient Film Festival diffuse la deuxième session de sa programmation en streaming à partir de ce vendredi jusqu'à dimanche.

Réfléchir à la question de la migration à travers le rebetiko, capter les influences des musiques gnawa et berbère dans des chansons judéo-marocaines, écouter le son de notre environnement ou se glisser dans un magasin légendaire de disques new-yorkais sur le point de fermer. Si ces thématiques titillent votre curiosité, rendez-vous au Norient Film Festival (NFF) dont la dixième édition se tiendra en ligne du 19 au 21 février.

Fondé en 2010 à Berne par l’ethnomusicologue, journaliste musical et cinéaste Thomas Burkhalter et le vidéaste Michael Spahr, le festival est issu d’une plate-forme, Norient.com, qui décrypte le monde contemporain par le prisme de la musique, des sons et des bruits. Sur le site de Norient, on prend le temps de découvrir un écosystème unique composé d’une multitude de publications (articles, podcasts, vidéos) réalisées par des artistes, cinéastes, chercheurs et journalistes du monde entier.

A l’image de cette plateforme, le Norient Film Festival déroule une programmation foisonnante qui repose sur douze blocs thématiques. Des villes sonores aux pionniers d’autres musiques, en passant par le pouvoir des chansons, le "field recording" et le son au cinéma, les films ethnographiques, documentaires et expérimentaux de cette dixième édition entraînent mélomanes et cinéphiles aux quatre coins du monde et aux confins de la planète son.

Dis-moi ce que tu joues, je te dirai qui tu es…

Le son comme élément constitutif d’une histoire, qu’elle soit familiale, culturelle ou politique, irrigue de nombreux films du NFF. Dans "In Your Eyes, I See My Country" de Kamal Hachkar, on suit un jeune couple de musiciens israéliens, Neta Elkayam et Amit Haï Cohen, durant leur voyage au Maroc où ils interrogent leur identité judéo-marocaine à travers les rencontres musicales et l’histoire de leur famille. En conversant en arabe marocain (la langue de leurs grands-parents) et en jouant des morceaux imprégnés de traditions musicales juives, arabes, berbères et gnawa, Neta et Amit s’affranchissent des barrières culturelles et identitaires pour rêver à un monde où la paix se négocie non pas par l’action politique, mais par la communication entre les êtres humains.

>> A voir, la bande-annonce de "In Your Eyes, I See My Country":

Chants des exilés

Le reflet du passé dans le présent transparaît également dans le documentaire "Don't Rush" d’Elise Florenty et Marcel Türkowsky. Par une chaude nuit d’été, dans une maison sur une île grecque, Giannis, son frère et leur cousin écoutent du rebetiko, genre musical né au sein des communautés grecques d’Izmir et diffusé dans les années 1920 par les exilés dans les bas-fonds d’Athènes et du Pirée. La caméra s’attarde sur Giannis, animateur sur une radio pirate qui consacre une émission spéciale à ce genre musical. A travers des enregistrements historiques, il évoque les artistes et les paroles des chansons où il est question d’amour, d’exil, de liberté et des plaisirs provoqués par la consommation d’alcool et de drogue.

Rappelant que le rebetiko était aussi contestataire que "le punk dans les années 1970", Giannis relève le message atemporel des chansons, en faisant un parallèle entre les exilés d’hier et les migrants d’aujourd’hui. "Il est de notre devoir, dit-il, de prendre position, de lutter aux côtés des réfugiés, de faire tomber les centres de détention, de combattre le racisme, le fascisme et l’idéologie du système dans lequel nous vivons, qui marginalise les gens et les tue au nom du profit. Les réfugiés sont nos frères".

Sélection de courts-métrages

Aux trente films de la programmation, s’ajoutent une sélection de courts-métrages commandés à dix artistes qui imaginent l’année 2021, utopique ou cauchemardesque. Des rencontres en ligne avec des cinéastes et des interprètes viennent compléter cette dixième édition du NFF, dont l’audience, à l’instar de ses sons, promet de dépasser largement les frontières.

Anya Leveillé/olhor

Le Norient Film Festival se tient en ligne du 19 au 21 février.

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