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Creams, la voix hantée de la jeunesse géorgienne

Natia Chichinadze, alias Creams. [DR]
Creams, lʹégérie pop de Tbilissi / Vertigo / 7 min. / le 15 février 2021
Natia Chichinadze, alias Creams, est une jeune chanteuse et productrice de Tbilissi qui vient de sortir "Sleep On Me", son premier EP. Elle incarne le visage d’une jeunesse féministe et progressiste dans un Caucase gangréné par l’autoritarisme et la corruption.

La Géorgie est en pleine mutation. Ce changement se manifeste bien sûr dans sa scène culturelle. Récemment, le film "And Then We Danced" faisait sensation à l’international. Il suit la romance de deux jeunes danseurs essayant de trouver leur voie dans un pays confit dans un machisme mortifère.

Bassiani, le club de la rupture

Quelques années plus tôt, c’est un club qui a incarné la révolte d’une nouvelle génération. Bassiani, un espace devenu mythique, occupant une ancienne piscine soviétique. Le club devient le lieu de convergence d’une jeunesse combattant les valeurs figées de l’orthodoxie tant politique que religieuse.

Bassiani fait aujourd’hui partie de la culture géorgienne. C’est devenu un lieu quasi touristique, parce que tout le monde a entendu parler de ce club. Quand on entre dans cet immense espace, l’effet est impressionnant. A cause du public mais aussi de la qualité de la musique et de la sonorisation. Et quand tu rentres chez toi, tu ne peux être qu’inspirée, que transformée.

Natia Chichinadze, alias Creams

En 2018, les autorités font fermer Bassiani. S’en suit un mouvement de protestation qui aboutit à de vastes manifestations dans le pays. Le pouvoir se voit obligé de revenir sur sa décision. La jeune génération a remporté le bras de fer, et en son sein figure une jeune chanteuse, Natia Chichinadze, qui deviendra Creams et va incarner le visage d’une jeunesse féministe et progressiste dans un Caucase gangréné par l’autoritarisme et la corruption.

Quand je vois de gens protester dans la rue, dénoncer l’agressivité du système, je ne peux pas rester simplement chez moi. C’est mon devoir de m’exprimer. Vous savez, lors des grosses manifestations qui ont eu lieu en Géorgie pour soutenir Bassiani, on était tous dehors. Parce que l’on savait que les autorités allaient s’attaquer à d’autres clubs, à d’autres artistes ensuite. Il faut laisser les gens faire la fête et s’exprimer, lorsqu’ils ne font rien de mal.

Natia Chichinadze, alias Creams

Cette expérience a nourri Creams. Autant que la musique électronique résolument minimale, caractéristique du club, c’est l’esprit d’ouverture vis-à-vis de toutes les minorités qui a séduit une jeunesse géorgienne, en rupture avec une idéologie rétrograde.

De l'électro minimale au métal US

Cette artiste nourrie tant par le rap d’Eminem que par les expérimentations de la chanteuse et productrice FKA Twigs sort son premier mini album. Sa musique mais aussi ses textes, directs et parfois cassants, font mouche. Creams n’hésite pas à parler d’expériences personnelles douloureuses. Elle aime décrire son univers comme une boîte de Pandore qui, une fois ouverte, libère des émotions fortes, des esprits sombres et séduisants.

Creams réveille les fantômes des musiques gothiques, des métalleux de Slipknot dont la chanteuse a été une grande admiratrice lorsqu’elle était adolescente, alors que la scène électronique de Tbilissi connaissait ses premiers émois.

>> A voir, le clip de "Sleep On Me" de Creams:

Icône de la pop en Géorgie, Natia Chichinadze séduit par sa musique mais aussi par ses clips très efficaces. Passionnée de mode, elle maîtrise les codes visuels avec une liberté étourdissante.

Michel Masserey/sb

Creams, "Sleep On Me".

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