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Philippe Jaroussky, quarantaine spirituelle avec "La Vanità del Mondo"

Le contreténor Philippe Jaroussky le 20 avril 2018 à Paris. [YOAN VALAT - Keystone]
Philippe Jaroussky, quarantaine spirituelle / L'écho des pavanes / 38 min. / le 11 novembre 2020
Le plus célèbre des contre-ténors français s'éloigne de l'opéra pour chanter des arias extraites d'oratorios baroques. Fraîchement sorti, son album "La Vanità del mondo" recèle quelques pépites enregistrées pour la toute première fois.

Philippe Jaroussky a, depuis l'an dernier, plus de quarante ans, mais sa voix ne s'en ressent aucunement. Tout juste le contre-ténor change-t-il un peu de répertoire sur "La Vanità del Mondo", son nouvel album. Il s'y éloigne en effet de l'opéra pour chanter des arias extraites d'oratorios baroques, des œuvres à sujets religieux.

La ligne vocale de ces compositions d'Antonio Caldara, Benedetto Marcello ou encore Alessandro Scarlatti est moins acrobatique et peut-être plus solennelle que celle des airs de Vivaldi ou de Haendel, dont le chanteur était coutumier jusque-là. Maturité et respiration ou écart ponctuel? "Ce qui m'a intéressé dans ce projet, c'est de voir ce que les compositeurs, eux, changeaient dans leur écriture quand ils ne sont plus dans l''opera seria', au service des chanteurs de l'époque, notamment des castrats. Dans les oratorios, il y a une forme de distanciation et d'élévation, comme une quête spirituelle. Et le chanteur est parfois plus au service de la musique que l'inverse".

>> A voir, Philippe Jaroussky interprète "Esiliatevi pene funeste":

Première mondiale

Pour ce nouveau disque, enregistré avec son ensemble instrumental Artaserse, le chanteur a sélectionné des airs de la fin du 17e et du début du 18e siècle. "J'ai construit un programme autour de trois-quatre airs que je voulais absolument enregistrer dans ma vie, complété d'autres que je ne connaissais pas auparavant. Sur cet album, il y a plusieurs airs enregistrés en première mondiale: je fais partie de ces chanteurs qui adorent faire leurs recherches eux-mêmes. Car, souvent, pendant des recherches sur un disque me vient l'idée du disque suivant. Ma passion pour défendre de la musique inédite ou de grands chefs-d'oeuvre est intacte depuis plus de 20 ans, et c'est une grande richesse".

>> A écouter, l'entretien de Philippe Jaroussky, invité de Vertigo:

Philippe Jaroussky. [Loic Venance - AFP]Loic Venance - AFP
L'invité: Philippe Jaroussky, "La vanità del mondo" / Vertigo / 24 min. / le 17 novembre 2020

Tout d'abord violoniste, puis pianiste, Philippe Jaroussky débute le chant à l'âge de 18 ans. Mais le jeune homme est doué et sa carrière décolle rapidement. "Peut-être que Vivaldi a été mon meilleur agent car il m'a propulsé au devant de la scène. Certaines de ses pièces restent mes tubes", dit-il aujourd'hui.

Sa voix cristalline et le répertoire baroque souvent méconnu qu'il exhume et aborde dans ses disques séduisent un nombreux public. Pas toujours pour le meilleur.

On a souvent qualifié ma voix d'angélique, à mon grand désespoir. A l'opéra, avoir une voix d'ange ne suffit pas.

Philippe Jaroussky, contre-ténor

"Il faut exprimer plein de passions, la jalousie, la trahison, le désespoir. Il y a dans la musique baroque des choses très dramatiques. Et cela, en revanche, m'a demandé énormément de travail. Je travaille encore beaucoup dessus car la voix change avec l'âge, le corps aussi. Et si parfois je sens ma voix peut-être légèrement moins flexible qu'avant, je pense avoir gagné dans l'expression des sentiments".

Enregistrement salutaire

L'enregistrement du disque avec l'ensemble Artaserse devait se tenir en avril 2020. Il a été reporté en juin et a constitué un moment joyeux et salutaire, une "bouffée d'oxygène", dit le chanteur, qui dirige également les musiciens. Aujourd'hui, ce sont la tournée et les concerts qui sont mis en péril. "Mais le plus difficile, c'est l'incertitude. On essaie de prendre les choses au jour le jour".

Même confiné, Philippe Jaroussky n'est pas du genre à se reposer sur ses lauriers. Il profite de ce moment de pause pour "rebattre les cartes, remettre les choses à plat techniquement et trouver de nouvelles couleurs dans la voix pour être prêt à repartir sur les routes et retrouver une forme de fraîcheur vocale". Même si cela passe par des cours de chant via Skype, tous les jours, avec sa professeure.

Propos recueillis par Benoît Perrier

Adaptation web: Melissa Härtel

Philippe Jaroussky, "La Vanità del mondo" (Warner Classics/Erato).

Concert de Philippe Jaroussky & Emőke Baráth, jeudi 12 novembre 2020: reporté au jeudi 1er juillet 2021, 20h00, Victoria Hall de Genève.

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