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Les chansons brutes au charme insidieux de Lous and The Yakuza

Lous and The Yakuza sur scène à Liège, en Belgique, le 19 février 2020. [VIRGINIE LEFOUR - BELGA/AFP]
Lous and The Yakuza sur scène à Liège, en Belgique, le 19 février 2020. [VIRGINIE LEFOUR - BELGA/AFP]
La chanteuse belge Lous and The Yakuza, nouvelle révélation de la scène hip-hop soul francophone, sort son premier album, "Gore". Elle y explore des thématiques graves et fortes entre prostitution, cancer ou agression sexuelle.

Révélée voilà un an par le morceau "Dilemme" (plus de six millions de vues sur Youtube) et un passage sur scène aux Transmusicales de Rennes, Lous and The Yakuza a vu son existence s'accélérer à grande vitesse. La chanteuse belge Marie-Pierra Kakoma de son vrai nom, qui est encore mannequin à ses heures, voit aujourd'hui son talent récompenser par un premier album original, "Gore".

>> A voir, le clip de "Dilemme":

En dix titres entre soul et hip-hop produits par l'Espagnol El Guincho, qui a oeuvré pour la chanteuse avant-gardiste de flamenco Rosalia, Lous and The Yakuza évoque des thématiques qui dénotent, comme la prostitution, le cancer ou l'agression sexuelle. Les chansons "Solo", "Courant d'air" et "Quatre heures du matin" s'inspirent ainsi de ses conversations avec des prostituées et proxénètes croisés la nuit sur le bitume lorsqu'elle s'était retrouvée par deux fois à la rue. "Quatre heures du matin" allant jusqu'à aborder la question du viol en se mettant à la fois dans la peau de la victime et de l'agresseur.

Charme insidieux

Ailleurs, sur "Amigo", elle préfère parler de cancer plutôt que des liens d'amitié attendus. Un sujet qui la touche en raison de son entourage frappé par la maladie. Dans ses surprenantes chansons sans fard, la chanteuse de 24 ans de mère rwandaise et père congolais qui a quitté la République démocratique du Congo à l'âge de 4 ans, se pique aussi de références historiques. A l'image d'un Stromae auquel elle fait parfois songer sur certains titres aux mélodies plus pop.

>> A voir, le clip de "Tout est gore":

Reste que Lous and the Yakuza, dont le patronyme vient du verlan de "soul" et d'une fascination pour la culture japonaise et particulièrement les mangas et le shintoïsme, affiche une singularité brute des plus hybrides, où la sobriété du chant malgré la gravité du propos et les mélanges de styles musicaux charment aussi insidieusement que durablement.

Olivier Horner

Lous and The Yakuza, "Gore" (Columbia/Sony Music).

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