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Billie Holiday mise à nu dans un documentaire foisonnant et fascinant

La chanteuse américaine de jazz Billie Holyday dans le documentaire "Billie" de James Erskine. [MARINA COLOURISED/Getty Images - L'Atelier d'images/DR]
La chanteuse américaine de jazz Billie Holyday dans le documentaire "Billie" de James Erskine. [MARINA COLOURISED/Getty Images - L'Atelier d'images/DR]
Dans le documentaire "Billie" de James Erskine sorti mercredi, la mythique chanteuse de jazz, interprète de l'insoumis "Strange Fruit" notamment, se redécouvre à travers des extraits d'interviews inédits recueillis pour une biographie inachevée et des archives colorisées.

Documentaire kaléidoscopique qui retrace le parcours de la "la plus grande chanteuse de jazz du monde", "Billie" est basé sur les témoignages inédits recueillis à la fin des années 1960 par la journaliste Linda Lipnack Kuehl. Charles Mingus, Tony Bennett, Sylvia Syms, Count Basie, les amants, les avocats, les proxénètes et même les agents du FBI qui ont arrêté Billie Holiday sont interviewés pour une biographie officielle qui restera hélas inachevée.

Le réalisateur James Erksine exhume ici les bandes sonores exceptionnelles de la défunte journaliste pour reconstituer le portrait de la première icône de la protestation contre le racisme, décédée en 1959 à l'âge de 44 ans d'une cirrhose, qui a changé le visage du jazz et de l'histoire de la musique. Celui d'une voix de la vérité qui en a payé le prix, laisse d'ailleurs entendre le sous-titre du documentaire.

>> A voir, la bande-annonce du film "Billie":

Reste que la mythique et déchirante interprète de "Strange Fruit" ("Les arbres du Sud portent d'étranges fruits/ Du sang sur les feuilles, du sang sur les racines" qui évoque le lynchage des Noirs dans le sud des Etats-Unis) a autant connu la gloire que la misère et la déchéance, laissant dans son sillage sensuel et gracieux quantité de zones d'ombres. Un destin hors-norme et dramatique que ce film dense aux belles images d'archives colorisées tente de condenser quitte à perdre parfois le spectateur par sa profusion.

Née en 1915 à Philadelphie, Billie Holiday grandit entre un père absent, une mère qui cumule les petits boulots et se voit tôt confrontée à la violence, la prostitution et au viol. Elle révélera toutefois tout aussi rapidement, à l'âge de 13 ans, son talent vocal dans les clubs de Harlem, à New York, où elle a rejoint sa mère. Celle que la saxophoniste Lester Young, puis le monde entier, va surnommer Lady Day y rencontre le producteur John Hammond qui va lancer sa fulgurante carrière dans les années 1930. Période durant laquelle elle collabore avec le pianiste Teddy Wilson, le trompettiste Roy Eldridge, l'orchestre d'Artie Shaw au sein duquel elle devient la première femme noire à travailler avec un groupe blanc mais aussi où elle va subir ses premières humiliations raciales.

>> A écouter, le débat cinéma consacré au film dans "Vertigo":

La chanteuse américaine de jazz Billie Holyday dans le documentaire "Billie" de James Erskine [MARINA COLOURISED/DON PETERSON - L'Atelier d'images/DR]MARINA COLOURISED/DON PETERSON - L'Atelier d'images/DR
"Billie" de James Erskine / Vertigo / 5 min. / le 30 septembre 2020

Première grande chanson contestataire

On découvre justement aussi dans le film ses tournées dans les Etats sudiste américains, où la violence de la ségrégation raciale et du Ku Klux Klan lui inspire "Strange Fruit", son chef d'oeuvre interprété pour la première fois durant sa résidence de neuf fois au Café Society, à New York, et devenu l'hymne du mouvement des droits civiques. "C'est la première grande chanson contestataire, elle dénonçait les lois racistes devant une audience mixte pour la première fois", affirme le réalisateur britannique James Erskine.

Mais si Billie Holiday s'est taillé une place de choix dans le monde de la note bleue, la vie de la jeune chanteuse est loin d'être rose. Elle multiplie les liaisons chaotiques, sombre dans une dépendance à un cocktail d'alcool et de drogue et effectue même un séjour en prison pour possession de stupéfiants qui lui ôte le droit de se produire par la suite dans les clubs new-yorkais.

Après une tournée européenne en 1954, plusieurs enregistrements notoires et une autobiographie, "Lady Sings the Blues", la chanteuse s'éteint la même année que paraît son ultime album, rongée par les excès et la maladie. Mais sa voix lui survit avec le plus bel aplomb enroué.

Olivier Horner

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