Publié le 06 avril 2020 à 11:50

Daniel Melingo, une oasis canaille en plein confinement argentin

Le musicien, auteur-compositeur-interprète et acteur argentin Daniel Melingo.
Melingo, son "Oasis" argentin L'écho des pavanes / 17 min. / le 13 octobre 2016
Le musicien et chanteur Daniel Melingo boucle une trilogie avec son album "Oasis". Tango? Rebetiko? Rock psychédélique? Plutôt de l’opéra de chambre, répond malicieusement ce timbre de caillasse depuis son appartement de Buenos Aires.

Ce qui frappe d’emblée, c’est son physique. Acteur italien? Personnage des aventures de Corto Maltese? Clochard magnifique? Filou du jeu de cartes? Daniel Melingo porte magnifiquement chapeau feutre et veston noir. Il pourrait incarner à lui seul l’âme d’un Buenos Aires de légendes. Où se croiseraient migrants méditerranéens et aventuriers venus d’Europe centrale.

Melingo joue de la clarinette depuis toujours, de la guitare électrique depuis les années 80 (celles de la Movida espagnole où il a vécu en exil) et du baglama depuis une paire d’albums en hommage à un grand-père, El Turco, né à Trieste et grandi au pied de l’Acropole avant de mettre le cap, comme tant d’autres, vers l’Argentine.

>> A écouter, un extrait de concert de Daniel Melingo:

Librettiste d'opéra

Melingo est un chat. Il rôde entre les styles musicaux et compte déjà plusieurs vies. Musicien pop rock, chanteur de tango canaille mis en lumière par les musiciens du Gotan Project et aujourd’hui librettiste d’opéra. Des opéras qui doivent plus à Kurt Weill (celui de quatre sous) ou à Eric Satie qu’à Mozart. Des opéras des villes et du monde interlope. On y rencontre des prostituées, des voyous, des esprits farceurs et quelques fantômes.

Avec "Oasis", Daniel Melingo boucle une trilogie entamée avec "Linyera" et "Anda". On y retrouve son personnage, sorte de clochard magnifique, baptisé du nom de Linyera. On y retrouve quelques complices issus de sa famille de sang et de sa famille d’élection. Dont le chanteur italien Vinicio Capossela avec qui l’Argentin partage une passion, le rebetiko, le blues des bas-fonds de Thessalonique. Oui, avec Melingo, la boussole s’affole.

Artiste mûr

Gamin, Daniel Melingo a joué dans un groupe nommé les Grands-pères du Néant (Los Abuelos del Nada, mythiques en Argentine). Jeune, il faisait partie de Los Muertos (culte en Espagne). Artiste désormais mûr, le voici errant dans son propre labyrinthe musical tel un Orphée cherchant son Eurydice aux Enfers. Il y a du Tom Waits dans la voix rocailleuse de Melingo. Et du Paolo Conte dans cette manière d’envisager chaque chanson comme une petite nouvelle.

Aujourd’hui, tout comme nous, Melingo vit confiné dans son appartement de Buenos Aires. Sa tournée repoussée prévoit une halte au Moods de Zurich le 26 septembre avec une étape lyonnaise la veille. C’est loin. D’ici là, on peut se consoler avec le bien nommé "Oasis" et son formidable tube voyageur "Camino y hablo solo". Une ligne de vie.

Thierry Sartoretti/mh

A écouter: Daniel Melingo, "Oasis", Buda Musique.

Publié le 06 avril 2020 à 11:50