Publié le 16 mars 2020 à 16:47

Anne Sylvestre: "Je suis plus à l’aise sur scène que dans la vie"

Anne Sylvestre.
L'invitée: Anne Sylvestre, la fabuleuse! Vertigo / 47 min. / le 11 mars 2020
A bientôt 86 ans, l’auteure-compositrice continue de monter sur scène et de faire des disques. Anne Sylvestre, féministe joyeuse, a toujours eu de l’avance sur son époque. En 1975 déjà, elle anticipait le mouvement #MeToo.

Jamais on n’imaginerait son âge, tant la voix est claire et l’esprit affûté: Anne Sylvestre, 85 ans, 60 ans de carrière, 400 chansons pour adultes, 18 albums pour enfants et toujours un trac monstrueux avant de monter sur scène. "La première fois, c’était en 1957, à la Colombe, j’ai cru mourir de trouille. Aujourd’hui, j’ai toujours la peur au ventre. Chanter, c’est se mettre à nu, offrir son âme, si les gens n’aiment pas, c’est une grande peine d’amour", dit-elle au micro de la RTS.

Pudique, Anne Sylvestre livre peu de sa vie privée. Pour savoir qui elle est, le mieux est peut-être de lire son unique livre, "Coquelicot", qui rassemble les mots qu’elle aime et dont elle raconte l’histoire en quelques pages. Entre "frangipane" et "marelle", "baldaquin" et "pavane", "s’esclaffer" à "capodastre", l’auteure-compositrice évoque des mots doux à son cœur, à son enfance et à ses souvenirs, esquissant ainsi une sorte d’autoportrait délicat et poétique.

J’ai un grand amour pour la langue, les dialectes et les patois, mais aussi pour des mots plus rares, en voie de disparition. Pour les sauver, je les mets dans mes chansons.

Anne Sylvestre

Féministe joyeuse

Alors parlons-en de ses chansons. Un thème parcourt son répertoire, l’histoire des femmes, leurs combats, leurs quotidiens, leurs intimités. Féministe joyeuse, Anne Sylvestre a souvent été en avance sur son temps en traitant de sujets de société, ignorés de la chanson française: l’homosexualité, le viol, l’écologie, l’amour de la nature, les questions de genre dans "Xavier" ou le harcèlement sexuel dans "Bergère" (1975), une comptine écrite bien avant #metoo, qui se rit des harceleurs et de leur pathétique vanité.

Car chacune des chansons d’Anne Sylvestre est une petite histoire, avec une chute souvent drôle, du moins inattendue. "Plus les sujets sont graves, plus il faut les habiller d’humour. On découvre souvent le sens de mes chansons plusieurs années après leur création" dit celle qui réfute le terme de chansons engagées, "ce ne sont ni des théories, ni des manifestes".  

Si ces fabulettes lui ont assuré un public toujours renouvelé, sa coïncidence avec l’époque plaît énormément à la jeune génération d’auteurs-compositeurs qui lui rend régulièrement hommage. Renan Luce, Agnès Bihl, Aldebert, Vincent Delerm, Jeanne Cherhal ou Zaz ont repris ses chansons. Certains lui en ont même écrites. Par exemple Gauvain Sers qui lui a offert "Il n’y a pas de retraite pour les artistes" et qu’elle chante en duo avec lui. Un titre programmatique pour celle qui travaille à un nouvel album qu’elle produira elle-même, comme elle le fait depuis plusieurs décennies.

Propos recueillis par Laurence Froidevaux

Adaptation web: Marie-Claude Martin

Publié le 16 mars 2020 à 16:47