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Angel Olsen tout en maîtrise plutôt qu'en lâcher-prise au festival Antigel

La chanteuse américaine Angel Olsen sur la scène de l'Alhambra à Genève, dans le cadre du festival Antigel, le 28 janvier 2020. [amdophoto  - Antigel 2020]
La chanteuse américaine Angel Olsen sur la scène de l'Alhambra à Genève, dans le cadre du festival Antigel, le 28 janvier 2020. [amdophoto - Antigel 2020]
La chanteuse Angel Olsen s'est produite mardi soir à l'Alhambra de Genève dans le cadre du festival Antigel. L'Américaine, entourée de six musiciens, y a décapsulé un répertoire folk-rock plus lustré que d'habitude, avec force cordes et maîtrise.

On savait qu'Angel Olsen avait mis en sourdine la folk dépouillée, intimiste et lacrymale de ses débuts pour se réinventer l'an dernier dans un quatrième album pop-rock mélancolique et richement orchestrés, baptisé "All Mirrors". Mais on ne se doutait pas que cette inclination perdrait un peu sur scène de sa spontanéité brute passée au profit d'une maîtrise qui laisse affleurer moins d'émotions.

C'est d'ailleurs par "All Mirrors" que l'Américaine à la voix de braise débute son concert mardi soir à l'Alhambra. Un morceau prenant dont l'amplitude et la luxuriance, entre cordes et synthétiseurs, laisse augurer une prestation intense et bouleversante à la mesure de son propos empli des éclats d'un coeur brisé. Devant une image en fond de scène d'un escalier surplombé de deux balcons défraîchis d'un ancien théâtre ou immeuble, la chanteuse vêtue d'une robe noire aux franges tombant sur les bras et les jambes semble en symbiose avec sa catharsis sentimentale.

Soubresauts sentimentaux

La chanteuse américaine Angel Olsen sur la scène de l'Alhambra à Genève, dans le cadre du festival Antigel, le 28 janvier 2020. [amdophoto  - Antigel 2020]La chanteuse américaine Angel Olsen sur la scène de l'Alhambra à Genève, dans le cadre du festival Antigel, le 28 janvier 2020. [amdophoto - Antigel 2020]Angel Olsen revient ensuite à quelques morceaux moins enlevés, où le clair-obscur domine (la balade "Spring") quand ce n'est pas la noirceur (le délétère "Impasse"), une excessive ferveur ("Lark) ou une mélancolie inouïe ("Tonight", sa "chanson préférée de l'album", confesse-t-elle). Son groupe, impeccable et majoritairement féminin,  s'engouffre dans ses soubresauts amoureux avec une belle adresse. Une copie si parfaite qu'elle manque parfois ainsi de supplément d'âme. Tout comme les réaccordages de guitare incessants d'Angel Oslen entre deux titres nous extirpent de l'atmosphère habitée et chagrine que la formation tente de créer. Reste qu'à défaut de continuum langoureux, quelques impulsions pleines de spleen émerveillent.

C'est finalement lorsque l'ex-choriste de Bonnie "Prince" Billy se plonge dans son répertoire plus ancien, plus brut, plus folk-rock, que la chanteuse fait davantage mouche. "Shut Up Kiss Me" et "Forgiven/Forgotten" ravivent ce lâcher-prise qui lui correspond peut-être mieux. Sur "Sweet Dreams", ses intonations façon crooner (on songe à Chris Isaak) dans ses envolées vocales ardentes stupéfient carrément.

On aurait ainsi voulu un concert de sanglots longs mais on repartira avec des larmes intermittentes. Et une légère déception devant une prestation trop maîtrisée pour pleinement toucher.

Olivier Horner

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