Publié le 23 décembre 2019 à 15:25

Rétrospective: cinq disques classiques qui ont marqué 2019

La soprano Emöke Baráth.
La soprano Emöke Baráth. [DR - Warner Classics]
Un nouvel ensemble, une grande voix sur une nouvelle marque et un compositeur redécouvert ont fait vibrer, en 2019, Benoît Perrier, spécialiste musique classique pour la RTS.

Jupiter foudroie Vivaldi

Où la fine fleur des jeunes musiciens baroques (la mezzo Lea Desandre et le claveciniste Jean Rondeau, entre autres) s’unit sur un premier album pour dynamiter joyeusement et de combien belle façon trois concertos de Vivaldi et quelques airs de ses opéras. Sous la houlette du luthiste Thomas Dunford, Jupiter enchante par sa verve presque rock et ses timbres flamboyants. (Jupiter, "Vivaldi", Alpha, 2019).

>> A écouter, la critique de cet enregistrement:

La pochette de l'album "53" de Jacky Terrasson.
Blue Note, 2019
Magnétique - Publié le 29 octobre 2019

Patricia Kopatchinskaja assemble un rituel funéraire

La pochette de l'album "Time & Eternity" de Patricia Kopatchinskaja et la Camerata Bern. La pochette de l'album "Time & Eternity" de Patricia Kopatchinskaja et la Camerata Bern. [Alpha Classics, 2019] Avec la Camerata de Berne dont elle assure la direction artistique, la violoniste moldave propose un programme dont le contenu s’apparente à un requiem. Au centre, le sublime mais déchirant "Concerto funèbre" du compositeur allemand Karl Amadeus Hartmann. Composé en 1939, il dénonce la terreur nazie. Qu’ajouter après un tel monument? "Polyptique" de Frank Martin, six scènes de la passion du Christ entrecoupées de chorals de Bach. Sombre mais lumineux. (Patricia Kopatchinskaja/Camerata Bern, "Time & Eternity", Alpha, 2019).

>> A écouter, la critique de cet enregistrement:

La pochette de l'album "Time & Eternity" de Patricia Kopatchinskaja et la Camerata Bern.
Alpha Classics, 2019
Magnétique - Publié le 05 novembre 2019
 

Josef Mysliveček redécouvert par Clare Hammond

La facilité et l’élégance. S’il est un peu oublié aujourd’hui, le compositeur tchèque Josef Mysliveček (1737-1781) n’en connut pas moins le succès en Italie avec ses opéras. Il fut surtout familier de la famille Mozart et, à l’écoute de ses concertos pour pianos, la filiation est manifeste. Un brillant prédécesseur défendu avec vivacité par le toucher versatile de la pianiste britannique Clare Hammond.(Clare Hammond, "Josef Mysliveček: Complete Music for Keyboard", BIS, 2019).

>> A écouter, la critique de cet enregistrement:

La pochette de l'album "Finding Gabriel" de Brad Mehldau.
Nonesuch, 2019
Magnétique - Publié le 05 mars 2019

Venise, XVIIe siècle avec Emöke Baráth et Barbara Strozzi

La soprano hongroise Emöke Baráth n’est pas une nouvelle venue mais sa carrière a encore franchi un palier avec la parution de son premier disque pour le label Erato, abrité par Warner. "Voglio cantar" où l’accompagne l’ensemble Il Pomo d’Oro met à l’honneur la musique de la Vénitienne Barbara Strozzi (1619-1677). Beau tremplin pour une voix au mat recherché, au potentiel dramatique maîtrisé. (Emöke Baráth et Il Pomo d’Oro, "Voglio Cantar: Barbara Strozzi, Cavalli, Cesti, Marini, Merula", Erato, 2019).

>> A écouter, la critique de cet enregistrement:

La pochette de l'album "Fyah" de Theon Cross.
Gearbox, 2019
Magnétique - Publié le 05 mars 2019

 

Avec Marie Ythier, Schumann et Murail vont en bateau

Le dialogue est-il possible entre le romantisme de Robert Schumann et la musique spectrale de Tristan Murail, compositeur bien vivant? Oui, et la conversation est fertile grâce au violoncelle fiévreux de la Française Marie Ythier qui cherche les couleurs chez Schumann et le lyrisme chez Murail. Cerise sur le gâteau, les "Scènes d’enfants" du premier, arrangées avec malice et gourmandise pour violoncelle, flûte et piano par le second. Impeccable direction artistique. (Marie Ythier, "Une rencontre: Schumann, Murail", Métier, 2019).

>> A écouter, la critique de cet enregistrement:

La pochette de l'album posthume "Rubberband" de Miles Davis.
Rhino/Warner, 2019
Magnétique - Publié le 01 octobre 2019

Benoît Perrier/olhor

Publié le 23 décembre 2019 à 15:25

Et s’il ne fallait citer qu’un concert? Julia Fischer en majesté

C’est une chose de savoir qu’une violoniste figure parmi les meilleurs interprètes de la planète, une autre de le vérifier en personne au concert. Le 4 octobre dernier à Genève, Julia Fischer donnait le concerto de Brahms avec l’Orchestre symphonique de Vienne dirigé par Philippe Jordan. La soliste, de bout en bout, s’est montrée indéniable d’intelligence, incontestable de sensibilité.

Des superlatifs à la mesure de sa performance charpentée, pensée et ressentie. Remarquable en un mot. Et la soliste de confier que, le lendemain à Berne, le surlendemain à Zurich, elle rejoindrait l’orchestre après l’entracte pour jouer dans le rang, humblement, la quatrième symphonie de Schumann. "Parce que j’aime, vraiment, l’orchestre, et que j’apprends énormément de cela".

On l’attend en début d’année: Mozart relu par Asli Erdogan

Nouveau joli coup pour Aviel Cahn, directeur du Grand Théâtre de Genève: du Mozart, oui; son "Enlèvement au Sérail" dont l’argument fleure bon l’orientalisme (un prince espagnol s’introduit dans un harem pour libérer sa bien-aimée), oui; mais le tout dans une version revue et corrigée par l’écrivaine turque Asli Erdogan et le metteur en scène Luk Perceval.

A l’heure où l’on se demande s’il faut et à quel point l’on peut modifier les œuvres qui choquent une sensibilité contemporaine, on est impatient de juger sur pièce cette relecture de la "turquerie" lyrique de Wolfgang Amadeus. Ce sera possible au Grand Théâtre de Genève, du 22 janvier au 2 février 2020.