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Rétrospective: les douze albums pop-rock marquants de 2019

Maarten Devoldere et Jinte Deprez, les deux têtes pensantes du groupe belge Balthazar. [https://www.facebook.com/balthazarband - RTS]
Maarten Devoldere et Jinte Deprez, les deux têtes pensantes du groupe belge Balthazar. [https://www.facebook.com/balthazarband - RTS]
Spécialiste des musiques actuelles pour RTS Culture, Olivier Horner revient sur les douze albums qui l'ont enthousiasmé durant l'année écoulée, où l'on retrouve à la fois de jeunes pousses et des valeurs sûres.

Balthazar, "Fever" (PIAS)

Les Belges de Balthazar ravivent leurs ardeurs mélodiques pop au long de ce quatrième album toujours écrit et chanté par la paire constituée de Maarten Devoldere et Jinte Deprez. Pour onze titres qui oscillent entre nonchalance et exaltation, langueur et ferveur, gravité et allégresse, sobriété et déglingue. Dans une veine plus enjouée que mélancolique et gagnant tant en profondeur que chaleur.

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Bertrand Belin, "Persona" (Cinq 7/Wagram Music)

Le chanteur breton publie un sixième album aux propos souvent graves que des lignes musicales plus claires allègent. En quinze ans, Belin est passé maître dans l’art de générer l’évasion malgré un canevas plombant, l’échappée belle atmosphérique. La chanson de traverse continue ici de constituer sa prouesse. Il y poursuit sa quête d'épure textuelle aussi, même s'il se montre moins sibyllin que par le passé et aligne ainsi les chansons mouvantes et ambiguës, dont le mouvement rythmique équilibre la mélancolie du propos.

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Nick Cave and The Bad Seeds, "Ghosteen" (Ghosteen Ltd)

Il convoque "l'esprit adolescent", le "Ghosteen". A savoir celui de son défunt fils Arthur, tombé tragiquement voilà quatre ans d'une falaise de Brigthon, et dont le souvenir hantait déjà le sublime "Skeleton Tree" publié l'année suivante par Nick Cave aux côtés de ses Bad Seeds. Le travail de deuil se perpétue sur ce dix-septième album du chanteur australien, 62 ans, qui prend des formes musicales rock de plus en plus lancinantes et atmosphériques. En onze chansons au désespoir aussi sublimé que dépassé, comme autant de quêtes méditatives, Nick Cave privilégie les supplications plutôt que les prêches habituels.

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Billie Eilish, "When we all fall asleep, where do we go?" (Darkroom/Interscope)

A 18 ans, la chanteuse américaine s'est offert une fulgurante et sidérante entrée en matière musicale. A travers un premier album pop d'une facture aussi luxuriante que déliée mélodiquement, la Californienne excelle dans les mélancolies ciselées que n'aurait pas renié Lana Del Rey. Télescopant habilement pop, hip-hop, électro, ballade, ukulélé ou lignes gothiques dans des morceaux nonchalants. Sacrée meilleure révélation interprète de la meilleure chanson ("Bad Guy") aux derniers MTV Awards, sa cote de popularité n'a cessé de croître au fil des mois. Avec un air désenchanté, Eilish chante la déprime, le suicide, le Xanax, l'homosexualité avec des caresses pop ouatées dans la voix.

Fat White Family, "Serfs Up" (Domino Recording)

Depuis six ans, cette famille musicienne de blancs becs britanniques a chanté des histoires sordides, s'est vautrée dans les drogues les plus dures aussi au fur et à mesure d'un succès grandissant. A l'heure de leur troisième album pourtant, Fat White Family se montre moins extrême et se montre ami des rondeurs pop dans sa radicalité rock'n'roll en injectant des cordes là où l'électricité tapageuse était reine. Et "Serfs Up!", avec son clin d'oeil au "Surf's Up" des Beach Boys, de se montrer plus sage avec des morceaux luxuriants et captivants qui n'ont pourtant que peu à voir avec les lames de rasoir garage rock passées.

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FKA twigs, "MAGDALENE" (Young Turks Recordings)

Elle a un sens indéniable des vertiges. Dans son deuxième album en forme d'hybride pop, l'Anglaise FKA twigs atteint des sommets vocaux et musicaux rares. Avec une fantasmagorique modernité, souvent proche du chaos et de l'étrange, cette Björk 2.0 fait souffler le chaud et le froid au fil de morceaux électro-pop aussi mystiques que futuristes flirtant parfois avec le r'n'b. Sa voix, qui va souvent chercher les aigus, chante les amours blessées et contrariées avec une majesté sidérante. Son répertoire est une symphonie mélodramatique inouïe.

Fontaines D.C., "Dogrel" (Partisan Records)

Ce jeune quintet de Dublin, à l'accent et au phrasé traînants qui rappelle par moment ceux de Shane MacGowan des Pogues, est déjà passé maître d'un rock infusé au punk qui alterne habilement morceaux mélodiques et agressifs. Leur premier album figure parmi les révélations de l'année. Fans sans doute d'Iggy Pop et des Stroke, ayant sans doute écouté The Fall ou le Gun Club, Fontaines D.C. ne révolutionne pas la grammaire rock mais son électrique énergie et sa fibre mélodiques se distinguent aisément. Une sensibilité à fleur de peau dans un esprit brut.

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Angel Olsen, "All Mirrors" (Jagjaguwar)

L'Américaine a laissé tomber le folk dépouillé et intimiste de ses débuts pour ce quatrième album pop-rock et orchestré, où les anxiétés passées n'ont pas pour autant disparu de son propos. On pense souvent à la même mue opérée voilà quelques années par Cat Power. Entre cordes augustes, synthés anxiogènes, guitares libératrices et échos en cascade, la chanteuse trentenaire qui a été un temps choriste de Bonnie "Prince" Billy s'offre même une prodigieuse renaissance vocale. Avec des élans d'intensité stupéfiants.

Philippe Katerine, "Confessions" (Cinq 7/Wagram Music)

Pour ses 50 ans, le fantasque chanteur français s'offre dix-huit "Confessions" pleines d'extraversions textuelles et d'hybridations sonores. Le chanteur français y réactive les excentricités et loufoqueries qu'il a érigé en art majeur depuis près de trente ans. Katerine y adjoint cette fois un groove stupéfiant, des sons empruntant au hip-hop américain, des invités de marque (Gérard Depardieu, Lomepal, Angèle, Camille, Gonzales ou Dominique A), sa voix dédoublée à souhait et des sujets qui abordent l'air du temps et son époque trouble avec une jouissive dérision.

Michael Kiwanuka, "KIWANUKA" (Polydor Records)

Le chanteur anglais réactive ses beautés soul-folk sur ce troisième album d'un raffinement racé. Il y affirme ses racines ougandaises, son nom et sa couleur de peau autant que des mélodies solaires et apaisées au coeur de titres intemporels plus orchestrés et chauds qu'habituellement. Il y trouve un bel équilibre entre spontanéité et sophistication qui confèrent un supplément d'âme à son répertoire sentimental qui ravive les heures de gloire de la soul.

Rachid Taha, "Je suis Africain" (Naïve)

Le chanteur franco-algérien Rachid Taha décédé le 11 septembre 2018 revit le temps d'un album posthume aux airs vagabonds et vivifiants. "Je suis africain", onzième album en solo, lui ressemble par ses libertés formelles métisses et son énergie. Un album plein d'énergie, de voyages, de nuits festives, de guitares rock et d'electro, de musique gnawa et de violons orientaux. En français, arabe et anglais, il joue encore avec les mots, déclare sa flamme à Marlene Dietrich ou son respect pour Shakespeare ("Happy End") et s'offre un duo avec la chanteuse romande d'origine algérienne Flèche Love ("Wahdi").

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The Young Gods, "Data Mirage Tangram" (Two Gentlemen)

Le trio rock suisse aux trente-cinq ans d'existence publie un douzième album studio d'une liberté formelle captivante et qui brise un silence discographique de près de neuf ans. Fruit de sessions live réalisées au Cully Jazz Festival au printemps 2015, ce répertoire neuf est le plus délié du trio. En sept morceaux composés comme un tangram et hors format, les Gods propulsent via un puzzle sonore le psychédélisme sixties dans le futur. En mêlant aux expérimentations électroniques des accents blues, gospel, des sonorités arabisantes ou jazz et des guitares rock, The Young Gods parvient à dispenser de redoutables syncopes ainsi que des moments en forme de suspensions atsmosphériques.

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