Modifié le 16 septembre 2019 à 11:16

Nombre de concertistes prennent des bêtabloquants contre le trac

Entre 20 et 30% des musiciens professionnels auraient recours à des bêtabloquants pour gérer leur stress.
Entre 20 et 30% des musiciens professionnels auraient recours à des bêtabloquants pour gérer leur stress. 19h30 / 2 min. / le 15 septembre 2019
Si le sujet est tabou parmi les musiciens professionnels, entre 20 et 30% d'entre eux prendraient des bêtabloquants avant chaque concert pour supprimer les effets du trac. Mais les conséquences à long terme peuvent être très néfastes.

"Une de mes profs m'a parlé des bêtabloquants pour arrêter de trembler. Il faut prendre un huitième de la toute petite pastille et ça va calmer le cœur. Ça faisait un peu drogue suspecte au début, ça fait un peu peur, et du premier coup ça a été magique. D'un coup, on est détaché de ce tremblement des mains sur l’archet. Donc, dès qu'il y avait un gros truc sujet au stress, je prenais un huitième. Je n'osais surtout pas dépasser par peur que ce soit trop extrême."

Ce témoignage recueilli par le 19h30 est celui d'une altiste professionnelle qui prend des bêtabloquants avant chaque concert ou examen.

Disponible uniquement sur prescription, le médicament, souvent de l'Indéral, inhibe les montées d’adrénaline. Mais il est normalement prescrit comme traitement de pathologies cardiaques comme l'hypertension ou la fibrillation.

Un secret de polichinelle

Chez les musiciens professionnels, cette prise régulière de médicaments est un secret de polichinelle. Course à la perfection ou ultra-concurrence, beaucoup en prendraient, même s'il est difficile de savoir combien exactement.

>> Voir aussi l'interview d'Aurora Venturini, psychiatre aux HUG, dans le 19h30: 

Aurora Venturini, psychiatre aux HUG, alerte sur les dangers des bêtabloquants: "il ne faut surtout pas d'automédication".
19h30 - Publié le 15 septembre 2019

Physiothérapeute et psychanalyste, Aude Hauser-Mottier traite les personnes atteintes par le trac et elle estime qu'entre 20 et 30% des concertistes auraient recours aux bêtabloquants. Pour elle, "si ça devient une habitude, c'est une habitude très néfaste, parce que justement ça diminue le rythme cardiaque, la tension chez des gens qui n'ont pas les pathologies".

Et ces personnes vont ainsi se retrouver en sous-régime dans la vie courante, ce qui les plonge dans un état qui peut être dépressif à longue échéance. "Donc, je suis totalement opposée", conclut Aude Hauser-Mottier.

Des conséquences musicalement aussi

Les bêtabloquants auraient aussi des conséquences musicalement. Coupés de leur adrénaline, les musiciens joueraient sans émotion.

A la Haute école de musique, le phénomène est connu et pris en charge. L'un de ses responsables, Patrick Lehmann, confie que des cours de décontraction avec un médecin ont été mis en place. "On a d’excellents résultats: des gens qui a priori avaient des problèmes à ce niveau-là et qui réussissent des concours et gagnent des postes dans des orchestres sans l’aide de bêtabloquants."

Flore Amos/boi

Publié le 15 septembre 2019 à 21:29 - Modifié le 16 septembre 2019 à 11:16