Modifié le 31 juillet 2019 à 19:14

50 ans de Woodstock: être sur scène face à un demi-million de personnes

Une vue de la foule, en immense majorité blanche, de Woodstock.
Esprit de Woodstock, où es-tu? (3/3): sur la scène, face à la foule Tout un monde / 8 min. / le 31 juillet 2019
La chanteuse Melanie Safka et Jocko Marcellino du groupe Sha NaNa racontent leur expérience sur la scène de Woodstock, face à un demi-million de personnes. Rencontre avec des artistes marqués par cet évènement musical majeur.

Woodstock a ravi non seulement le public, mais surtout de nombreux artistes, marqués par ces trois jours de festivités. Devant une foule de près d’un demi-million de personnes, l’enjeu était immense.

Melanie Safka, l’une des trois artistes femmes à s’être produite au festival, s’en souvient: "J’étais tellement terrifiée de me retrouver en face d’une telle foule. Ils m’ont amenée par hélicoptère et je me suis retrouvée totalement seule. J’étais jeune, je débutais, je n’avais aucune expérience. Ils m’ont dirigée vers une tente. Le sol était boueux. A un moment donné, quelqu’un est arrivé et m'a dit:  C’est à toi juste après !".

A la lueur des bougies

Lorsqu’elle monte sur scène, Melanie ne sait pas encore ce qu’elle va chanter. Elle décide de suivre son instinct: "Je venais d’écrire "Birthday of the Sun". Comme il pleuvait, je crois que la chanson s’est imposée."

Les instants qui s'en suivent la marquent pour toujours. Elle est seule, assise sur une chaise avec sa guitare. Dans la pénombre, les lumières s’allument. Elle commence à chanter et la foule la suit. Les briquets et les bougies s’allument. "Un instant absolument magique, presque comme une explosion".

Je chantais "Beautiful People" et 500’000 personnes résonnaient avec moi. A ce moment, la foule me suivait. Et j’ai vu la lumière des bougies face à moi. C’était quelque chose de vraiment symbolique.

Melanie Safka

Une opportunité pour les groupes peu connus

La foule lors du premier jour du festival de Woodstock, le 15 août 1969.
La foule lors du premier jour du festival de Woodstock, le 15 août 1969. [Clayton Call - Redferns/Getty Images]
 

Jocko Marcellino, un autre artiste qui a participé au festival, était avec son groupe Sha NaNa à Woodstock. Ils ont joué juste avant Jimi Hendrix. Le festival les a aidés à se faire un nom: "On traînait à New York durant l’été 69, pour essayer de percer. Un jour, mon manager vient et me dit: 'Il y a ces gars qui organisent un truc qui va s’appeler Woodstock'. J’en avais déjà entendu parler à la radio, Et je savais que ça allait être quelque chose de gros et d’unique. Donc je lui ai dit: Go, on y va!".

Le groupe a ensuite tourné avec John Lennon, James Brown ou les Ramones, puis un certain Bruce Springsteen faisait les premières parties de leurs concerts dans les années 70.

Boue, drogues et rock’n’roll

Les Sha NaNa arrivent samedi au festival, pour jouer le soir même. Ils joueront finalement le lundi au petit matin. L’absence de toilettes et de douches se fait sentir: "Ça ressemblait à un camp de réfugiés le lundi matin. C’était juste un champ de boue. On était venus avec notre petit van, et ça s’est avéré être une bonne idée car on a pu dormir à l’intérieur. Pour le reste, on se lavait dans l’étang comme tout le monde". Le musicien mentionne aussi brièvement avoir pris "des trucs hallucinogènes".

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Il est également reconnaissant envers les habitants de la petite ville de Bethel où s’est déroulé Woodstock. Ils auraient permis "d’éviter que ça soit un désastre. Parce qu’on était toujours à la limite, à un pas d’un désastre."

On a signé au dernier moment. C’était trop tard pour apparaître sur l’affiche. On a reçu 350 dollars qu’on n’a jamais pu encaisser. Mais ça a vraiment lancé notre carrière. On a ensuite signé un contrat d’enregistrement, on est passés à la télévision.

Jocko Marcellino

D’une improvisation à l’hymne d’une génération

Lorsque le festival débute le vendredi, la plupart des musiciens sont en retard, coincés dans les bouchons. Richie Havens, qui joue en premier, doit prolonger son set. Il jouera près de trois heures. Lorsque son répertoire est totalement épuisé, il décide d’improviser avec sa guitare sur des morceaux de blues. Le résultat de cette improvisation est "Freedom", liberté.

Ce morceau devient l’un des hymnes de Woodstock.

Aujourd’hui, les téléphones portables ont remplacé les briquets et les bougies. Mais cette scène mythique continue de se propager, 50 ans plus tard, dans les concerts de rock.

Raphaël Grand/ms

Publié le 31 juillet 2019 à 19:12 - Modifié le 31 juillet 2019 à 19:14