Modifié le 08 juillet 2019 à 14:42

Bon Iver, folk du troisième type au Montreux Jazz Festival

Le chanteur Bon Iver, ici le 6 juin 2019 à Aarhus au Danemark. L'Américain a refusé les  photographies de son concert au Montreux Jazz Festival.
Le chanteur Bon Iver, ici le 6 juin 2019 à Aarhus au Danemark. L'Américain a refusé les photographies de son concert au Montreux Jazz Festival. [Helle Arensbak / Ritzau Scanpix / Ritzau Scanpix - AFP]
Le chanteur américain Bon Iver se produisait dimanche soir à Montreux en tête d'affiche. Il conjugue désormais sa folk au futur en injectant de l'électronique et des dissonances dans ses complaintes mélancoliques.

Casque sur les oreilles, guitare en bandoulière et voix de tête plaintive, Justin Vernon fait front. Dimanche soir à l'auditorium Stravinski, la scène ressemble à un capharnaüm futuriste organisé, des spots disséminés partout, deux batteries surélevées et deux autres zones dévolues aux guitares, basses et saxophones devant un grand écran qui diffuse des visuels cryptiques ou colorations abstraites.

Bienvenue dans le monde aussi tourmenté qu'enchanté de Bon Iver, petit prince américain d'une folk du troisième type qui se conjugue désormais volontiers au futur, injectant de l'électronique ou des beats tribaux dans ses complaintes éperdues. Le chanteur entame son concert de la même façon que son dernier album, en enchaînant l'electro-folk spectrale traversée d'un saxophone de "22 (OVER S**N) " et le martial et dépressif "10 dEAThbREasT", deux de ses dernières expériences soniques aux titres cryptés où la robotique se mêlent aux lignes robotiques. Autant d'harmonies fracturées et vocodées qui font comprendre ses collaborations avec James Blake ou Kanye West.

Métamorphose et perte de repères

Depuis qu'il avait enregistré voilà onze ans son premier album durant quelques mois dans une cabane isolée du Wisconsin, Bon Iver semble avoir fait décoller sa folk de la nature à l'espace, d'une atmosphère pastorale à la bande sonore d'une science-fiction. Et quand il trafique sa voix, passant d'une innocence de conte de fée à celle brouillée d'un effrayant rançonneur anonyme, il souligne davantage encore sa récente métamorphose, soit celle d'un artiste dont le succès foudroyant a mené au gouffre de la dépression. Une perte de repères qu'il a traduit dans des chansons en forme d'éclats intrigants, pièces musicales parfois courtes où toute l'instrumentation semble mouvante.

Reste que malgré de cette débauche de machines et de modernité, l'émotion parvient encore à affleurer par moments. Presque subrepticement quand sa voix se mue en divine plainte cristaline ou qu'il revient à ses racines folk avec le dépouillé "Calgary" joué guitare-harmonica-voix. Un éclair de luminosité au coeur d'un nuage opaque de dissonances et d'échappées orchestrales qui extirpe brièvement l'audience de sa torpeur. En guise de rappel, il choisi le récent "Hey, Ma" qui matérialise une ultime plainte mélancolique aux atmosphères déshumanisées. Signe que Bon Iver a définitivement changé d'ère et peut-être même de planète.

Olivier Horner

Publié le 08 juillet 2019 à 11:56 - Modifié le 08 juillet 2019 à 14:42