Grand Format

Radu Lupu, pianiste hors du commun

Introduction

S'il est un pianiste qui ne ressemble à nul autre, c'est bien Radu Lupu. A 73 ans, le pianiste roumain vit plus que jamais dans son monde, presque détaché de tous, conférant une poésie très personnelle aux œuvres qu'il joue.

Chapitre 01

Un jeu unique

Le pianiste Radu Lupu fait partie de ces musiciens dont chaque concert ou récital est une fête, mais une fête quelque peu mystérieuse. Car à 73 ans, le pianiste roumain vit plus que jamais dans son monde, comme un sage qui n'a plus rien à prouver, mais qui a tant de choses à dire et à raconter.

"Sous ses doigts, le piano ne joue pas, il vit… sans la moindre volonté d'interpréter", peut-on lire sous la plume d'un critique.

Radu Lupu est sans conteste l'un des plus grands pianistes de sa génération. Un véritable poète, intense et exigeant.

Radu Lupu tutoie les sphères avec son piano, matérialise le vague d'airs chers à Lamartine. Il a une barbe de gourou, le regard absent de l’ermite, l’attention du calligraphe. (...) Une sonorité lumineuse, quasi surnaturelle, une imagination sonore infinie, une main qui énonce et l’autre qui commente, une intelligence suprasensible, créatrice d’atmosphère.

Un critique musical à propos de Radu Lupu

Autant de termes dithyrambiques qui reviennent comme des leitmotivs sous la plume des critiques musicaux pour définir le jeu unique de Radu Lupu.

Un interprète inspiré qui, dans l'unique interview accordée à un journaliste, confiait ceci: "Tout le monde raconte la même histoire différemment, mais cette histoire devrait être racontée de manière irrésistible et spontanée. Si ce n'est pas le cas, elle est sans valeur".

Perfectionniste, il sait prendre ses distances par rapport au piano. Quelques heures de pratique quotidienne seulement. La réflexion et l'écoute, constituent l'essentiel de son approche.

>> A voir: Radu Lupu joue le Concerto pour piano n°23 K488 de Mozart en 1991

Chapitre 02

Un élève d'Heinrich Neuhaus

Radu Lupu est né à Galati en Roumanie le 30 novembre 1945. Il commence le piano à l'âge de six ans et donne son premier concert à douze ans avec un programme qui ne contient que des pièces de sa propre composition. Il continue ses études pendant plusieurs années à Bucarest.

En 1961, une bourse d'études lui permet d'aller se perfectionner au Conservatoire Tchaikovsky de Moscou où il travaille pendant sept ans auprès d'Heinrich Neuhaus, célèbre pédagogue qui a formé d'innombrables virtuoses, dont Emil Gilels et Sviatoslav Richter.

Durant ses années de formation dans la classe de Neuhaus, Lupu participe à des concours de piano et décrochera des premiers prix dans les trois plus importants de la scène musicale: le Van Cliburn en 1966, le Prix George Enescu en 1967 et en 1969, celui de Leeds.

Ce triple couronnement lui ouvre tout grand les portes de la scène internationale et désormais le jeune pianiste est invité dans le monde entier.

>> A écouter, l'émission "Quai des Orfèvres": "Radu Lupu, "Der Dichter spricht"

Le pianiste Radu Lupu en 1969.
Erich Auerbach - Getty Images
Quai des orfèvres - Publié le 18 février 2019

Le pianiste et professeur soviétique Heinrich Neuhaus (1888-1964) en 1962.
Le pianiste et professeur soviétique Heinrich Neuhaus (1888-1964) en 1962. [Mikhail Ozerskiy - Sputnik/AFP]

De l'enseignement d'Heinrich Neuhaus, Radu Lupu semble avoir intégré l'esprit plus que la technique. La virtuosité russe n'intéresse pas Lupu mais Neuhaus est beaucoup plus que cela.

Il disait: "Les difficultés de l'instrument se résolvent en se basant sur la musique elle-même". Et d'encourager ses élèves à côtoyer la peinture, la littérature, les arts. On dit de Lupu qu'il est un peintre au clavier.

Chapitre 03

Ses compositeurs fétiches

Beethoven est avec Schubert l'un des compositeurs de prédilection du pianiste roumain. Son sens de la sonorité et de la respiration y font merveille. Contrairement à certains de ses illustres contemporains, Lupu ne joue pas nécessairement toute l'œuvre pour piano de tel ou tel compositeur, il préfère choisir ce qu'il a vraiment envie de jouer.

Seules exceptions à ce tableau, les concertos de Beethoven qui figurent tous à son répertoire et à sa discographie. Lupu a commencé par enregistrer le 4e concerto avec Zubin Metha en 1977. L'aventure fut une telle réussite qu'il a bien voulu continuer sur la lancée et enregistrer deux ans plus tard tous les autres concertos. Le label Decca les a réédités en 2005 dans un coffret compilé à l'occasion du 60e anniversaire du pianiste.

>> A écouter, l'émission "Quai des Orfèvres": "Radu Lupu, aimez-vous Schubert?"

Moulage des mains du pianiste Radu Lupu.
Fondation Pierre Gianadda, Martigny
Quai des orfèvres - Publié le 19 février 2019

Chapitre 04

Un homme de concert

En concert, dès son entrée sur scène, on se rend compte que le pianiste roumain est dans son monde. Il a, paraît-il, un trac monstrueux, mais qui s'efface au moment où il s'assied au piano. Radu Lupu demande toujours une chaise avec un dossier au lieu de l'habituelle banquette, ce qui donne à ses bras une liberté beaucoup plus ample.

Le pianiste roumain est un maître dans l'art de créer des atmosphères, souvent très intimes. Ses pianissimi sont incroyables et témoignent d'une hypersensibilité exceptionnelle.

"Radu Lupu", écrit Alain Lompech au lendemain d'un récital "murmure son Schubert à l'oreille du public à qui il demande une telle concentration qu'il s'en libère au premier silence venu en toussant, bougeant sur son siège grinçant, laissant tomber son programme."

Radu Lupu divague avec la musique, chemine dans des dédales qu'il ne maîtrise pas toujours, tant ses doigts le trahissent quand, au bord de l'effacement sonore, il perd le fil du chant. On perçoit alors des fantômes de phrases portées par une harmonie qui se délite peu à peu.

Lupu se trompe beaucoup, pas dans les passages difficiles, souvent dans les plus simples, les plus nus. Le pianiste est là sur scène et se livre sans aucune défense, sans l'énergie qu'il faudrait pour vaincre.

Mais entendre le pianiste en concert est émouvant, étreignant parfois, avec des moments d'une beauté irréelle, détachés du monde.

>> A écouter, l'émission "Quai des Orfèvres": "Radu Lupu en toute intimité"

Le pianiste Radu Lupu à Rome en 1991.
MARCELLO MENCARINI/Leemage - AFP
Quai des orfèvres - Publié le 20 février 2019

>> A voir: Radu Lupu joue le concerto pour piano n°1 de Johannes Brahms

Chapitre 05

Un homme discret

Le pianiste Radu Lupu. Le pianiste Radu Lupu. [Ellen Mathys - DR]

Radu Lupu est un homme discret. Il choisit avec soin les salles dans lesquelles il se produit et préfère souvent jouer dans des petites villes plutôt que dans de grands centres musicaux.

Le pianiste n'a plus donné d'interviews depuis de nombreuses années. Non par coquetterie, mais parce qu'il lui est impossible d'exprimer par les mots la vie intérieure, la nature sans cesse mouvante de la musique, cette musique qui part du silence.

En 1994, il abandonne les studios d'enregistrement après les avoir pratiqués pendant 23 ans. Les premiers enregistrements d'un coffret de 28 CDs datent de 1971, les derniers de 1994.

La présence des micros le paralyse. A ses amis, il dit "le micro me rend idiot". Aussi ses concerts et récitals ne sont-ils jamais radiodiffusés.

Je ne me fie pas aux mots, mais seulement à la musique.

Radu Lupu, pianiste roumain

Crédits

  • Une proposition et des textes de:

    Catherine Buser

  • Réalisation web:

    Andréanne Quartier-la-Tente

  • RTSCulture

    Février 2019