Modifié le 15 octobre 2018 à 15:29

Daniel de Roulet raconte la folle épopée de 10 Jurassiennes anarchistes

"Les dix petites anarchistes" de Daniel de Roulet.
Ni Dieu, ni maître ni mari! Nectar / 53 min. / le 10 octobre 2018
Ni Dieu, ni maître, ni mari! Avec "Les dix petites anarchistes", Daniel de Roulet livre dix portraits de femmes résolues dans la société du Vallon de St-Imier, à la fin du XIXème siècle.

Pour échapper à la misère ou par conviction anarchiste, dix Jurassiennes embarquent en 1873, avec enfants et bagages, pour une vie meilleure à l'autre bout de la terre. Comme seule richesse, elles emportent des montres oignons, avec lesquelles elles pourront négocier.

Dans "Les dix petites anarchistes", le romancier et essayiste Daniel de Roulet livre dix portraits de femmes résolues et indépendantes qui avaient comme principe: ni Dieu, ni maître, ni mari! Il dessine du même coup la société du Vallon de St-Imier, à la fin du 19e siècle, les hauts et les bas de son industrie horlogère et ses réseaux de lʹInternationale anarchiste à travers le monde.

Il y a 150 ans, la Suisse était très pauvre

Même si l'histoire est basée sur des faits réels, "Les dix petites anarchistes" est un roman. Certains personnages sont inventés, d'autres pas. "Il y a quatre ans, j'ai fait un voyage de la Patagonie jusqu'à l'Alaska, sur les traces des émigrés suisses, volontaires ou expulsés de leur régions, au cours du 19e siècle. En Suisse, il y a 150 ans, c'était vraiment la misère", explique Daniel de Roulet qui a passé une partie de son enfance à St-Imier.

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Daniel de Roulet.
Gaëtan Bally - Keystone
Forum - Publié le 13 octobre 2018

Mais avant de partir pour son périple, l'écrivain a consulté pendant des mois des livres, des archives ou des journaux sur l'émigration suisse. Il découvre que dès 1850, des centaines de milliers de Suisses surnuméraires sont transformés en migrants pour échapper à la pauvreté. Evidemment, ils n’ont jamais eu la vie qu’on leur promettait.

Ces terribles échecs migratoires sont rarement documentés par ceux qui les ont vécus. Ceux qui ont échoué, morts de maladie, morts de faim, assassinés, sont à peine mentionnés. Je voulais leur rendre hommage.

Daniel de Roulet, écrivain et essayiste

Le titre du livre est une référence au roman d'Agatha Christie. Comme lui, il est préfacé par la seule survivante de l'épopée. Une épopée qui voit disparaître - ou renoncer - une femme à chaque étape.

St-Imier, un pivot entre les cultures

Mais le livre est tout autant une fresque historique du Vallon de St-Imier au 19e siècle. On y retrouve par exemple cette figure marquante de la région, le médecin juif Hermann Basswitz, fondateur de l'hôpital du district en 1844, soutenu par la population locale alors que le gouvernement bernois veut le chasser et lui retirer ses papiers en 1851.

Comme le rappelle la gardienne du Centre international de recherches sur l'anarchisme à Lausanne, Marianne Enckell, St-Imier fut un pivot de l'Internationale anarchiste où Bakounine avait tenu congrès et un pivot entre différentes cultures libertaires. Et si la même historienne décèle quelques anachronismes dans le texte de Daniel de Roulet, elle salue son sens du récit, cette façon romanesque de raconter l'histoire et d'en éclairer les faces les plus sombres.

Echos contemporains

Pour autant, Daniel de Roulet ne voulait pas d'une histoire pathétique et si tout le monde meurt, toutes ces femmes ont été portées par l'espérance et l'expérience. L'auteur qui  aime "l'attitude anarchiste" voit en elles les pionnières d'un mouvement comme Occupy Wall Street.

"Dix petites anarchistes", de Daniel de Roulet. Ed Buchet/Chastel

Propos recueillis par Marlène Métrailler.

Réalisation web Marie-Claude Martin.

Publié le 15 octobre 2018 à 15:06 - Modifié le 15 octobre 2018 à 15:29