Modifié le 28 septembre 2018 à 09:40

"Malaterre", roman graphique tragique de Pierre-Henry Gomont

Couverture de la bande dessinée "Malaterre" de Pierre-Henry Gomont.
"Malaterre" de Pierre-Henry Gomont, éd. Dargaud La chronique BD / 2 min. / le 25 septembre 2018
Une ambiance malsaine de jungle équatoriale, de famille dysfonctionnelle et d’anti-héros désagréablement sympathique. Voilà en quelques mots le résumé de "Malaterre", roman graphique du Français Pierre-Henry Gomont.

C’est l’histoire de Gabriel Lesaffre, un type qui a toujours la clope au bec. Il boit autant qu’il ment. Il se fait des ennemis partout où il passe. Il est raciste, méchant, égoïste. Bref, c’est un sale con.

Il séduit une lointaine cousine et lui fait trois gosses. Mais il s’ennuie et abandonne sa famille durant cinq ans. Puis il réapparaît et, retors comme un serpent, Gabriel va voler à son ex-femme la garde de Mathilde et Simon, ses deux aînés, et les emmener loin d’elle, en Afrique.

Récit initiatique

Là-bas, il possède un domaine forestier. C’est celui de ses ancêtres, qu’il a racheté avec l’ambition de recréer la grandeur familiale d’antan. Les deux ados vont entrer dans une demeure coloniale splendide perdue au milieu de la jungle. Ils ne vont pas y rester, car Gabriel les abandonne immédiatement. Il les envoie dans un appartement d’une ville pourrie et les laisse se débrouiller seuls. Alors les gamins vont faire avec. Ils vont rencontrer des gosses de leur âge et vivre de fêtes, de virées dans la jungle et à la plage. Quand ils voient leur père, c’est pour supporter ses sautes d’humeurs d’alcoolique et l’entendre pester sur ses problèmes financiers, engendrés par un domaine qu’il est incapable de gérer.

On entre assez vite dans ce récit initiatique de ces deux ados qui découvrent ce père singulier, personnage antipathique, plein de panache et de défauts. Un type charismatique qu’on adore détester.

Virtuosité du trait

"Malaterre" (Editions Dargaud) est un de ces livres qui vous font voyager. En Afrique équatoriale, bien sûr, avec ses paysages grandioses, ses forêts tropicales, ses pistes humides et ses nuits moites. Mais on voyage aussi dans le ventre. On ressent de la colère devant l’injustice du sort que réserve Gabriel à ses enfants et presque de l’attachement devant son égoïsme si tonitruant.

Pierre-Henry Gaumont réussit ici un savant mélange entre plusieurs histoires. Il nous offre des personnages entiers, aux aspects variés, qui existent immédiatement par leur vraisemblance évidente.

Son dessin est griffonné et demande un temps d’adaptation. Pourtant, on ne peut que reconnaître la virtuosité d’un trait rapide qui dit l’essentiel. On tombe sous le charme de ce drame familial, cette tragédie de la jungle de 192 pages.

Didier Charlet/olhor

Publié le 27 septembre 2018 à 12:00 - Modifié le 28 septembre 2018 à 09:40