Modifié le 20 février 2018 à 09:42

Ivan Jablonka livre avec "En camping-car" une réflexion sur la liberté

La couverture du livre d'Ivan Jablonka.
Ivan Jablonka: "En camping-car" Caractères / 1h00 / le 18 février 2018
Après "Laëtitia", Prix Medicis 2016, l'historien romancier Ivan Jablonka signe "En camping-car" (Seuil), un récit qui plonge le lecteur dans les souvenirs d’enfance de l’auteur et lui fait revivre les années 80.

La couverture du livre donne le ton: on y voit deux véhicules arrêtés sur une bande de sable, toit à soufflet déplié, et l’on aperçoit, attablés, quelques estivants vêtus comme on peut l’être au bord de la mer.

A droite, un jeune garçon en shorts. La photographie, argentique, appartient aux archives personnelles d’Ivan Jablonka.

Un Combi mythique

"En camping-car" raconte les vacances d’été et la route qui a mené les Jablonka, au gré des vacances estivales, de la Grèce au Maroc, de l’Espagne à la Turquie. Un road trip joyeux et familial à bord d’un bus VW.

Et c’est à partir de ce Combi devenu mythique qu’Ivan Jablonka tire les fils de son livre, récit de formation qui s’inscrit dans l’histoire collective des années quatre-vingt et dans une configuration familiale héritière d’un lourd passé.    

Le Combi fut la victoire et l’orgueil de mon père, le retournement de sa condition d’enfant paumé en père prodigue, pourvoyeur de bonheur, sauveur sauvé par ses enfants, capable de les guérir comme il l’avait été après la guerre

Ivan Jablonka, dans "En camping-car" (Seuil)

Ivan Jablonka, historien et professeur d’université revendique le "je" en sciences sociales, tout en restant très strict sur les questions de méthode. Il fait partie, souligne son éditeur Maurice Olender, d’une nouvelle génération d’auteurs qui se sont nourris de Perec, Vernant, Tabucchi ou encore Lydia Flem.

Jablonka approuve, lui qui se sent aussi une parenté avec Annie Ernaux. Car il ne faut pas confondre roman, fiction et littérature. L’écriture soigne le tempo, la construction narrative, l’atmosphère et le portrait.

Ce qui a sans doute valu à l’auteur – très surpris- le prix Médicis catégorie roman en 2016 pour "Laëtitia ou la fin des hommes", enquête qui revient sur les circonstances du meurtre sauvage de la jeune fille, en janvier 2011 à Pornic, en Loire-Atlantique.

Derrière le soleil, la part d’ombre

Enfants abandonnés, destin de ses grands-parents assassinés dans les camps nazis, fait divers tragique, les thèmes qui occupent Jablonka sont plutôt sombres. "En camping-car" se tourne vers la lumière et les conditions qui ont fait de ses vacances des moments de bonheur et de liberté.

Soyez heureux! Mon père est tourné vers nous, le visage écarlate, les traits déformés par la colère. Son hurlement nous fait sursauter. L'ordre qu'il vient de rugir a une démesure à laquelle notre vie ne peut résister. Nous sommes suspendus entre terreur et sidération, figés dans l’attente, prêts à être anéantis

Ivan Jablonka, dans "En camping-car" (Seuil)

Derrière le soleil pourtant, il y a la part d’ombre. L’injonction paternelle la révèle. Il s’agit d’un devoir de mémoire, d’une obligation au bonheur en hommage aux disparus. "Pour eux, pour moi, être vivant c’est aussi la joie d’avoir survécu, la gratitude du miracle", explique Ivan Jablonka au micro de la RTS.

Le gamin qu’il était, fils d’un orphelin et petit-fils de la Shoah, a porté le poids de la revanche sur l’histoire. Toute l’œuvre de Jablonka, et l’on pense encore une fois à Georges Perec, tourne autour de la disparition, du vide et du silence.

De "l’histoire des grands-parents que je n’ai pas eus" jusqu’à "En camping-car", récit d’une société aujourd’hui disparue qui porte en creux le souvenir des absents.

Anik Schuin/aq

Publié le 20 février 2018 à 08:42 - Modifié le 20 février 2018 à 09:42