Publié le 06 février 2018 à 13:37

"Le Persil", journal romand et littéraire, traque les mots volages

Couverture d'un numéro de la revue littéraire "Le Persil" consacré à la poésie, mars 2016.
Couverture d'un numéro de la revue littéraire "Le Persil" consacré à la poésie, mars 2016. [Facebook.com/journallitterairelepersil]
Rues, murs, scènes, écrans, la littérature est partout et se joue des formes et des supports. Une vingtaine de créateurs présentent leurs expériences langagières dans la dernière livraison du journal romand "Le Persil".

"La littérature hors du livre", voilà le titre de ce triple numéro et la piste empruntée par l'écrivain Daniel Vuataz pour traquer les mots qui s’échappent des carcans afin de tenter d’autres aventures. L’affaire ne date pas d’hier. Dadaïstes, surréalistes, Raymond Queneau et les autres sont là pour nous le rappeler. "Homère" aussi, sourit le jeune auteur, membre du collectif AJAR (Association suisse de jeunes auteures romandes et auteurs romands) au micro de la RTS.

>> Ecouter l'émission "Versus-lire" consacrée à la dernière livraison de la revue "Le Persil":

Couverture du dernier numéro - Le Persil
DR - facebook.com/ journallitterairelepersil
Versus-lire - Publié le 05 février 2018

L’affaire cependant prend une ampleur inédite avec internet, les réseaux sociaux et le surgissement de logiciels de plus en plus performants et imaginatifs. Ainsi Pierre Thoma. Le compositeur, passé de la musique instrumentale à la musique électroacoustique, s'est lancé dans la poésie sonore et l’improvisation par ordinateur en temps réel.

Dialogue entre l'homme et la machine, porte ouverte au hasard et aux possibilités infinies. Il n’y a pourtant, précise le contributeur, "pas une once d’aliénation, de cessation de pouvoir ou de dérobade de l’artiste devant la machine (...) Dans toute création, il appartient à l’artiste de décider qui donne du sens à son travail."

De l’implication du public

Couverture du dernier numéro - Le Persil Couverture du dernier numéro - Le Persil [DR - facebook.com/ journallitterairelepersil] Slam, rap, chanté-parlé, spoken words, performances dans la rue, sur la scène ou sur les réseaux sociaux, les différentes pratiques ont en commun de s’adresser directement au public, voire de le faire participer. Il s’agit d’agir, d’ailleurs certains parlent de poésie-action. Bousculer, faire rêver, s’engager, politiser, polémiquer, là encore le champ est vaste, soutenu par le rythme de la parole lancée et, souvent, de la musique. Mais alors, sommes-nous toujours dans la littérature?

Carla Demierre, écrivain et professeur à la HEAD (Haute école d’art et de design de Genève) en convient, elle qui écrit dans "Le Persil": "Nous sommes peut-être de moins en moins dans la littérature et de plus en plus dans autre chose". Une chose mouvante, créative, qui échappe aux servitudes et qui se renouvelle sans cesse. Donc foin de définitions.

Un espace entre les langues

La littérature hors du livre se pratique en solo, comme Narcisse, ou en groupe. Les collectifs Bern ist überall, Hétérotrophes et Caractères mobiles en témoignent. Heike Fiedler, poète et performeuse, pratique les deux et s’exprime entre les langues, regrettant toutefois l’écho moindre qui lui parvient de Suisse romande.

Reste que le spoken word, ou la poésie sonore, pose joyeusement et concrètement les liens qui unissent notre pays en faisant vivre non seulement côte à côte mais en les mélangeant, nos langues et nos dialectes. Un projet d’écriture peut aussi faire surgir une autre langue ou tout du moins la transformer. Caroline Bernard, professeure à l'Ecole nationale supérieure de la photographie d'Arles, en a fait l'expérience. Un an d’échanges sur les réseaux sociaux avec un jeune rappeur "flambeur, en mouvement permanent" (pour ne pas dire violent?), originaire de Roumanie, a dessiné les contours d’une novlangue et dévoilé un autre monde. Une "chimère littéraire" qui a intéressé le metteur en scène Karim Bel Kacem après avoir été exploitée au sein du "Labo" de la RTS Espace 2.

Hors du livre

La littérature hors du livre n’a pas fini de nous surprendre. Mais si certains voient l’espace-livre comme une contrainte, une censure ou une prison et parlent de libération, d’autres, à l’instar d’Antonio Rodriguez, fondateur du site poesieromande.ch, affirment que "ni le Poète ni le Livre ne sont morts; mais la poésie les dépasse selon des pratiques multiples, sur tous les plans de la société (...) Aujourd’hui, le pouvoir de la poésie est rendu à ceux à qui il appartient, c’est-à-dire à tous ceux qui en font quelque chose, qui proposent des actions à partir de ce mot".

Anik Schuin/mh

"La littérature hors du livre", dernier numéro du journal "Le Persil", janvier 2018.

Publié le 06 février 2018 à 13:37