Publié le 27 janvier 2018 à 14:09

L'éditeur indépendant genevois de BD Atrabile séduit Angoulême

Quelques publications de la maison d'édition Atrabile.
En direct du Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême Pony Express / 25 min. / le 26 janvier 2018
Benoît Chevallier et Daniel Pellegrino, fondateurs des éditions genevoises Atrabile, sont présents depuis 20 ans au Festival de la bande dessinée d'Angoulême. Cette année, deux de leurs auteurs figurent en compétition.

"Depuis que nous éditons des livres, nous ne sommes venus que deux fois sans  avoir un livre en compétition", dit Daniel Pellegrino, contenant sa satisfaction derrière une modestie nonchalante.

Des visiteurs sur un stand de la 45e édition du festival BD d'Angoulême, le 25 janvier 2018.
Des visiteurs sur un stand de la 45e édition du festival BD d'Angoulême, le 25 janvier 2018. [MEHDI FEDOUACH - AFP]

Les éditions Atrabile, leur bébé, s’est forgé une solide réputation dans le secteur de la bande dessinée indépendante. En témoignent "Big Kids" de Michael DeForge et "Des bâtisseurs" de Yannis La Macchia, deux ouvrages qui figurent dans la sélection officielle 2018. Et pourtant, les éditeurs reviennent de loin.

>> À lire également: Angoulême, grand-messe de la BD, a ouvert sous le signe des autrices

Au début, il y avait une envie

Amateurs de bande dessinée, Benoît Chevallier et Daniel Pellegrino fondent Atrabile en 1997. En ces temps-là à Genève, il n'existe plus tellement de structure qui mette en valeur la scène locale. Les deux compères montent une revue, Bile Noire, qui fait découvrir des planches de Frederik Peeters, Tirabosco, Nadia Ravisconi, Isabelle Pralong, Ibn Al Rabin et bien d’autres. Une création dans l'air du temps puisque en parallèle apparaissent B.ü.L.b comix et Drozophile (du sérigraphe Christian Humbert Droz), deux autres acteurs de BD indépendante au bout du lac.

Encouragés par cette émulation, Benoît Chevallier et Daniel Pellegrino se lancent dans la cour des grands et éditent les premiers albums de Frederik Peeters et de Tom Tirabosco.

Enfin la reconnaissance

Benoit Chevallier s’occupe du graphisme, qu'il soigne aux petits oignons et Daniel Pellegrino s’occupe de tout le reste. Et la reconnaissance ne tarde pas à arriver. En 1998, ils passent à une diffusion professionnelle. On trouve alors des livres Atrabile dans toute la France et on commence à parler d’eux dans la presse.

Puis en 2000 arrive "Persepolis", ouvrage publié par la maison d'édition de bandes dessinées l'association. Cette autobiographie graphique de Marjane Satrapi marque les débuts de l’âge d’or de la bande dessinée indépendante.

En 2001, Atrabile publie "Pilules Bleues", le best seller La cover de la BD "Pilules bleues". La cover de la BD "Pilules bleues". [ - atrabile.org] de Frederik Peeters. Il donne aux Genevois un vrai livre de fond, qui se vend par milliers d’exemplaires. Dès lors, ils ne font que monter. Ils signent des auteurs qu'ils vont chouchouter, comme Jason, leur premier auteur international, Alex Baladi, ou encore dernièrement Nicolas Presl et Michael DeForge.

En 2008, Atrabile engage ses premiers salariés.  En 2010, Daniel Pellegrino commence enfin à se payer, après 13 ans à la tête de la maison d'édition. L’année 2011 est celle de la consécration, puisqu’Atrabile obtient le Fauve d’or du festival d'Angoulême avec l’album de Manuele Fior, "Cinq mille kilomètres par seconde".

Pas épargnés par la crise de l'édition

Malheureusement, la crise de l’édition les rattrape à grands pas et les plonge dans les chiffres rouges. En 2012, proche de l’asphyxie, Daniel Pellegrino et Benoît Chevallier songent à mettre la clef sous la porte. Le milieu de la BD se mobilise et une association est fondée, les amis d’Atrabile. Avec cette aide et celle de certains libraires, ils parviennent juste à se maintenir à flot. Sous perfusion, ils continuent coûte que coûte à publier des auteurs.

Ils seront sauvé par la Ville de Genève (en la personne de Patrice Mugny) qui leur offre une subvention non sollicitée. C’est une surprise qui vient à point et les met définitivement hors de l’eau. Ils adoptent alors un nouveau statut: d'éditeurs indépendants, ils deviennent un acteur culturel genevois. "On a envie de sortir un livre parce qu'il doit être fait. Le succès commercial n’est pas un élément déterminant dans nos choix éditoriaux", confie Benoît Chevallier, la flamme de la passion toujours vive.

En 2017, Atrabile a édité neuf livres et continue d’offrir une plateforme pour des livres de qualité aux auteurs suisses et étrangers.

Didier Charlet/mh

Publié le 27 janvier 2018 à 14:09