Modifié le 02 novembre 2017 à 12:05

Sorj Chalandon: "Quand je mens, peu souvent, je bégaie"

Sorj Chalandon.
Sorj Chalandon, journaliste et auteur "Le jour dʹavant" Ed. Grasset Entre nous soit dit / 56 min. / le 31 octobre 2017
Le journaliste et écrivain vient de publier "Le Jour d'avant" (Ed. Grasset), où il se décharge d'une colère ancienne. Il parle de son bégaiement, de son père et de Serge July, dont il découvre sur les ondes de la RTS un secret d'enfance.

Chacun de ses romans est né d'une blessure personnelle: la haine du père violent, la trahison d'un ami, l'enfance malheureuse. Sauf le dernier, "Le Jour d'avant" (Ed.Grasset) qui raconte la catastrophe minière de Liévin-Lens qui, le 27 décembre 1974, a fait 42 morts.

L'encre de la colère

Si Sorj Chalandon ne l'a pas vécu directement, l'événement l'a révolté jusqu'à ce jour. "Ce sont des gens qui sont morts pour aller travailler; leur boulot est devenu leur tombeau, dit-il au micro de la RTS. C'étaient des gens simples qu'on a ensuite abandonnés. Dans quel monde vit-on pour qu'on accepte la mort au travail?".

Cette colère, il sait aussi qu'elle peut devenir violence. Il dit qu'il ne cesse de "se battre contre la barbarie qui est en lui".

Trop de mots partout

L'ancien reporter de guerre est volubile et courtois. Il revient sur son bégaiement d'enfant," le seul handicap qui fait rire" et son angoisse face aux mots commençant par "r". Rouge, par exemple. "Je craignais tellement de devoir le prononcer que je cherchais des synonymes, grenat, vermillon, garance, et même jaune s'il le fallait."

Etre bègue et écrivain, ça oblige à avoir un vocabulaire immense.

Sorj Chalandon, journaliste, correspondant de guerre et écrivain

Cette expérience de l'évitement lui apprend autre chose: il y a toujours trop de mots partout dont beaucoup ne servent à rien, sinon à affaiblir le sens général. "Un viol abominable, par exemple, qu'est-ce que cela veut dire? Un viol, c'est abominable!" D'où le désir de Sorj Chalandon d'aller à l'os, d'ôter le superflu, le redondant: phrases courtes, mots simples.

Moins il y a de mots, plus est grande l'émotion.

Sorj Chalandon

La sienne d'émotion sera audible à l'antenne quand il entendra Serge July, son ami et patron de Libération, parler de son enfance et de son double prénom. Serge, petit, se faisait appeler Patrick, comme aimait le dire sa mère. "A treize ans, explique l'homme de presse, j'ai dit à ma famille: vous allez m'appeler Serge." C'est ainsi qu'il s'est émancipé.

>>> A écouter l'extrait où Sorj Chalandon découvre un secret de son ami de longue date, Serge July:

Sorj Chalandon.
Jean-François Paga - grasset.fr
Entre nous soit dit - Publié le 31 octobre 2017

Sortir de la violence

Ce témoignage fait écho, mais écho inversé, à la propre histoire de Sorj Chalandon, né Georges. "A l'époque, seuls les prénoms du calendrier étaient autorisés". Pour l'auteur du "Jour d'avant" (Ed. Grasset), c'est en reprenant son prénom d'enfance qu'il s'est affranchi de sa famille et de sa violence.

Propos recueillis par Mélanie Croubalian/Adaptation web: Marie-Claude Martin

Publié le 01 novembre 2017 à 12:13 - Modifié le 02 novembre 2017 à 12:05