Publié le 08 juin 2017 à 11:19

Sous la plume de Raphaël Jerusalmy, la guerre devient terrain de liberté

La couverture du livre "Evacuation", de Raphaël Jerusalmy.
Raphaël Jerusalmy: "Evacuation" Versus-lire / 39 min. / le 06 juin 2017
La vie de Raphaël Jerusalmy ressemble à un roman d'aventures. Son parcours imprègne discrètement ses romans et explique son goût pour les destins inattendus. La preuve dans son dernier livre, "Evacuation".

Né à Montmartre en 1954, Raphaël Jerusalmy étudie à "Normale Sup", s'engage dans l'armée israélienne et travaille pour les services du renseignement pendant quinze ans avant de se tourner vers l'humanitaire, puis de devenir marchand de livres anciens et écrivain à Tel-Aviv.

L'art pour sublimer le tragique

Dans ses précédents romans, Raphaël Jerusalmy s'était attaché aux pas de François Villon et d'Apollinaire, célébrant la vie, la poésie et la musique sur fond de champs de bataille.

Dans son dernier livre, "Evacuation" (Actes Sud), le conflit armé lui sert une fois encore de terrain d'écriture, confirmant qu'à ses yeux "la guerre est une aubaine pour les rimailleurs". Une manière de faire éclater la vie, l'amour de l'autre et la confiance en l'avenir, malgré l'effroi et les drames.

Un trio de résistants

L'évacuation, c'est celle de la population de Tel-Aviv, sommée par les dirigeants de quitter la ville menacée par les missiles d'un ennemi jamais nommé. Mais quelques rares refusent d'obéir et en voici trois qui ne veulent pas "consentir à la guerre". Saba, le grand-père rescapé de l'Holocauste, Naor, l'étudiant en cinéma et Yaël, sa compagne peintre et idéaliste. Le trio se réfugie dans l'appartement d'un ami parti au front, ce qui n'empêche pas les expéditions en ville, souvent rocambolesques, comme le cambriolage d'une boutique de fringues de luxe, il faut bien se vêtir.

Saba, Naor et Yaël investissent la ville qui se transforme peu à peu en décor de cinéma, sous l'œil du téléphone portable de Naor qui filme une fiction inventée au fur et à mesure par les membres de ce petit groupe fantasque qui se font acteurs. Récit d'une ville en guerre et pourtant "insouciante et indolente", le texte de Raphaël Jerusalmy prend les allures d'un conte joyeux. Encore faut-il être "plus malins que les missiles".

Anik Schuin/ld

"Evacuation" de Raphaël Jerusalmy (Actes Sud).

Publié le 08 juin 2017 à 11:19